‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 3)Chapitre 3 sur 29 · III. a · texte numérisé non relu

III. a

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bonheur les enivre, et l'univers s'anéantit.

Je n'entreprendrai pas de peindre ces instants ; ceux même qui en jouissent, le pourraient-ils? JN'est-ce pas là une de ces émotions si vives qu'elle se refuse au langage 7 et que c'est pour l'ame qui l'éprouve une sorte de tourment de ne point trouver d'expressions pour la rendre ? Ce sont les grandes passions, sans doute, qui ont enfanté 1 énergie de l'éloquence; mais poussées à un certain point , elles la dépassent ? et se taisent quand elles touenent aux cieux.

On imagine facilement qu'auprès de Malvina , Edmond oubûa bientôt qu'il était attendu chez mistriss Birton ; il ne pouvait se lasser de contempler cette femme chérie dont la généreuse tendresse n'avait pas craint de rentrer dans une maison dont on t'avait chassée , ni de braver , pour lui , mistriss Birton et la mort. Quand le premier délire de leur joie fut un peu calmé , ils épanchèrent mutuellement leur cœur

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oppressé ; ils se plurent à rappeler les instants où Edmond avait été sur le point de reconnaître son attentive garde; elle expliquait les motifs de son silence, son amant les approuvait tous , elle-même applaudissait aux différents mouvements qu'il avait éprouvés. Dans cet instant, ils n'auraient su rien blâmer ; tout leur paraissait bien , ils se trouvaient si heureux , qu'il leur semblait qu'aucun autre enchaînement de circonstances n'aurait pu leur donner un si grand bonheur.

Ils se quittèrent cependant , mais c'était pour se revoir : sans se l'être dit^ ils sentaient qu'ils ne pouvaient plus vivre séparés. Mille obstacles s'opposaient sans doute encore à leur union ? mais ils étaient sûrs de les renverser 7 crar il n'y avait plus pour eux d'impossible que de vivre l'un sans l'autre. En rentrant , sir Edmond eut à essuyer les reproches hautains de mistriss Birton, les tendres plaintes de plusieurs femmes , et le silence dédaigneux de lady Sumerhillj mais il ne fit attention à

ïô malvina:

rien , il ne répondit à personne , tout lui semblait indiffèrent, il avait fini de vivre pour ce jour-là, il ne devait voir Malvina que le lendemain.

Chaque jour il revient auprès d'elle, et le charme d'être ensemble s'est tellement augmenté par les peines qu'ils ont endurées, qu'ils ne pensent plus à rien qu'à en jouir. Heureux de se voir, de s'aimer, de se le dire, dans cette douce occupation , le temps passe pour eux sans qu'ils y songent, et ravis de la félicité dont ils jouissent, ils ne pensent pas aux moyens de la ren-dre durable.

Cependant, tout absorbée quVtait Malvina par son amour, limage de Louise la poursuivait souvent; elle ne pouvait oublier l'étonnante situation de cette femme infortunée , et plus d'une fois ce pénible souvenir vint altérer le plaisir qu'elle prenait aux discours passionnés d'Edmond : enfin , ne pouvant pas lui cacher plus longtemps combien cette idée l'occupait , elle se résolut un jour à lui en parler.

En l'écoutant, il rougit, il hésita 9 puis , tenant les deux mains de son amie contre son cœur : « \ous saurez tout, lui dit-il, ce n'est pas à vous cjue je veux rien cacher désormais ; mais, Malvina, en me voyant tel que je fus jadis, n'oubliez pas ce que vous m'avez lait maintenant ; n'oubliez pas qu'Edmond, épris de Malvina, n'est plus ce volage , ce parjure, cet insensible Edmond que vous allez retrouver dans le passé. O ma Malvina ! grâce, grâced'avance pour des torts dont vous m'avez si bien guéri. Que me demandez-vous , et que pouvez-vous craindre, Edmond ? répondit-elle en soupirant; rie savez-vons pas jusqu'où va la faiblesse de ce cœur tout à vous ? Hélas ! quels que soient les torts que vous allez m'avouer , ils pourront m'afïliger beaucoup , sans doute, mais non pas m'empêcher de vous aimer. — Songez encore , Malvina , continuait-t-il, que c'est aux yeux de celle dont l'estime m'est la plus précieuse , que je vais avoir le courage de me montrer coupable ; que, pour satisfaire la vérité,

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je me résous à encourir votre mépris , et qu'enfin c'est pour vous mériter davantage que je m'expose peut-être à vous perdre pour toujours — Edmond, interrompit-elle en souriant, qu'avez— vous besoin de chercher à séduire votre juge ? Ah ! fiez-vous à ma tendresse du soin de vous défendre ; c'est elle qui saura atténuer toutes vos fautes, excuser toutes vos erreurs ; qui sera plus ingénieux que moi à vous justifier et à découvrir les moyens de vous croire innocent ? qui désire davantage de vous trouver tel ? personne, pas même vous-même. »

Alors Edmond, sûr de son pouvoir, s'assit aux pieds de Malvina, et les yeux fixés sur les siens , afin de pénétrer jusqu'aux moindres sensations qu'allait faire naître son récit , il commença en ces termes :

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