‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 4)Chapitre 1 sur 21 · TABLEAU HISTORIQUE DES CROISADES · texte numérisé non relu

TABLEAU HISTORIQUE DES CROISADES

1 l n'est point , dans tout le cours du moyen âg<5 , de période plus féconde en grands évéu mens et en grands caractères, plu^ attachante pav la singularité des institutions et des moeurs, plus remarquable par la disproportion des causes et des ré ultat- , que celU- des deux s èctes mémorables dont la durée presque eritièrfe fut rempli par les Croisades : mais aussi n'en est-fl point dont l'i.istore, plus épineuse par l'abondance même des documens contemporains, ait été rendue pins obscure par la contrariété des op nions modernes. Et pourtant qui n'aime à suivre, d'un esprit plus libre et d'un coup d'oeil plus rapide, la marche de ces expéditions lointaines, qui , pour le prix de tant de flots du sang le plus pur de 1 Occident veraé dans les plaines de la Syrie, rapportèrent de l'Orient les germes abondans d'une culture nouvelle, et quelques

débris non moins précieux de la civilisation antique; qui, par l'agitation extraordinaire qu'elles produisirent en Europe, firent cesser enfin le sommeil léthargique dans lequel elle était plongée; et qui , par les suites mêmes de ce mouvement général imprimé aux esprits comme aux corps, étendant leur influence par-delà leur siècle, et bien plus luin que leur théâtre, préparèrent l'heureuse et dernière renaissance de la raison et de la liberté des peuples.

Cependant, ce n'est qu'assez tard que cette influence des Croisades a été reconnue-, ce n'est même que de nos jours, qu'éclairés par une critique plus saine et par des réflexions plus profondes, des écrivains ont présenté sous leur véritable aspect les résultats de ces guerres. Lorsque la philosophie irréligieuse du dernier S'ècle essaya de les apprécier, elle n'y ■vit qu'un texte de déclamations contre la piété de nos pères -, et même , parmi les prédicateurs de l'évangile, quelquesuns , effrayés sans doute par les revers de saint Louis, plutôt que séduits par les opinions de Voltaire, affectèrent, dans le panégyrique du martyr de la croix, de ne considérer les Croisades que comme

(3) 3es entreprises dont tous les motifs furent également insensés, et toutes les suites également funestes. D'autres , au contraire, par un zèle non moins aveugle t quo:que plus respectable dans ses erreurs, crurent l'honneur de la religion intéressé à l'apologie des guerres saintes, et ne craignirent pas de préconiser ce qu'il eût fallu souvent se contenter de plaindre.

Nous n'aurons point de peine à nous défendre de ces préventions si opposées ; nous jouissons des résultats salutaires des Croisades, sans avoir à redouter le fanatisme qui les produisit. Nous vivons dans un siècle où la distinction entre les intérêts de la vérité et ceux de la religion est solidement établie, où les droits de l'une et de l'autre peuvent se séparer Bans se nuire ; et quand nous décrivons les effets heureux et malheureux des Croisades , nous ne craignons ni l'anatbème des dévots , ni le mépris des philosophes.

Quelle nation devait moins que la nôfre porter des Croisades un jugement hasardé, et à qui mieux qu'à des Français convenait-il de réformer sur ce point les opinions extrêmes en tout sens que l'Europe en avait conçues? Quel autre peuple

(4) se signala dans le cours des guerres sainte* par des exploits plus brillans, ou par des vertus plus héroïques? Quel autre peuple y donna-t-il au monde l'exemple d'un courage plus supéneur aux revers, et d'une constance plus éprouvée par le malheur ? C'est en France et à la voix d'un Français, que s'allument les premières flammes d un incendie qui devait bientôt dévorer l'Europe et l'Asie. L'éloquence grossère et pathétique de Pierre l'Ermite excile dans toutes les âmes le dé ir de combattre ou de mourir pour la délivrance du saint Sépulcre. C'est en France, et par l'organe d'un pape français , que la première expédition d'outremer reçoit la sanction de l'autorité divine. Le concile de CI: rmont offre le spectacle à gainais mémorable d'un pontife .inatLématisant son prince dans ses proj i\s états, et dans le même tems où. il appelât les sujets de ce prince à une guerre é rangera . La Croisade est résolue, et cVt à des gu rriers français que la direction en est confiée Les noms de Godefroi de Bouillon , de Baudouin , de Bayrnj id, de Hugues-le-Grand , dé Boh* mond , de Tancrède. ers noms qu'ont immortalisés à l'euvi la poésie et l'his •

toirc, rappellent encore à notre admiration ce que la noblesse française eut jamais de plus illustre, et l'esprit chevaleresque de pins héroïque. Enfin Jérusalem est conquise, et c'est un prince français qui monte le premier sur un trône cimente ,de tant de s;ing français, et destiné, par le double éclat de son élévation et de sa chute, à porter au plus haut degré dans l'Orient la gloire et la compassion du nom Français.

La part que prit notre nation dans les expéditions suivantes ne fut pas moins considérable, et surtout mon. brillante. Un roi de France, T^ouis VII, dirigea, de concert avec l'empereur d'Allemagne, la seconde Croisade, qui se fi t plus remarquer aux yeux des contempoiams et de l'histoire, par les malheurs des sujets que par l'habileté des souverains. C'^st encore un roi de France qu'on d.sl ngqe parmi les chefs de la troisième guerre ; mais ici du moins le monarque est digne de la cause qu'il défend et des héros qu'il commande : c'est Phil-ppe- Auguste , c'est le noble rival de Frédéric i,r , el surtout de ce Richard , au nom duquel s'éveillent tant d'idées valeureuses, et se rattachent tant de souvenirs romanesques. Les chré-

tiens avaient enfin trouvé un adversaire capable d'iionorer également leur triomphe et leur défaite; et la valeur des guerriers de l'Occident sut encore se surpasser en succombant Suiis la fortune de Saladin. Après la retraite de Richard-Cœur-de- Lion , que suivit à peu de distance la mort de Sala' lin, les faibles colonies chrétiennes de l'Orient n'élaient plus protégées que par la terreur qu'inspirait le nom du prince anglais, et surtout que par les guerres intestines qui divisaient l'empire du sultan d'Egypte. L'Europe, récemment instruite., par l'exemple de ses trois plus puissans souverains, des difficultés attachées à la conquête de Jérusalem, semblait peu disposée à prodiguer encore une fois ses trésors et ses armées dans cette sainte et périlleuse entreprise. C'est en de telles circonstances que l'empereur d'Allemagne, Henri VI, prit la croix, à la prière du pape Célestin III. Il est permis de croire que ce prince était plutôt animé par des vues politiques que par des intentions religieuses. Les trois ai"mées qu'il envoya au secours de la Terre Sainte, et qu'il dirigea de loin sans quitter l'Europe, lui servirent à la fois d'instrument et de prétexte pour l'accom-

{)lîs«ement de ses projels ambitieux sur e royaume des deux Sicilcs. La conquête de ce royaume fut l'ouvrage d'une armée croisée, comme, à une époque voisine, la prise de Constantinople devint l'objet et le résultat d'une expédition du même gemre. Cette Croisade, qui fut la cinquième dans l'ordre des téms, est la première peut-être, par le nombre et par l'importance des résultats politiques qu'elle produisit : l'alliance des Vénitiens et des Français, l'attaque et la prise de Zara, les deux sièges de la ville impériale, la chute tle l'empire grec, et la fondation d'un nouvel empire, qui, pendant près de soixante ans, fit fleurir la langue, les moeurs et les institutions des Latins dans les provinces enlevées à la dynastie des Comnènes; le courage et le génie du doge Henri Dandolo, le caractère et la puissance du pape Innocent III ; les relations différentes de Nicétas, de Villebardouin, qui nous découvrent, dans un même événement, les sentimens opposés du sénateur de Byzance et du maréchal de Champagne : tout se réunit ici ponr exercer le talent et la sagacité de l'historien , pour exciter l'attention et l'intérêt de* lecteurs. La sixième Croisade comprend

(8) l'espace de plus de trente années, et s'étend drpuH l'époque où la faible escorte du loi de Jérusalem , Jean de Brienne, vînt tenter une conquête qu'elle n'exécuta point, jusqu'à l'époque où l'empereur Frédéric II abandonna la Palestine, qu'il avait momentanément délivrée du joug <*t de la présence des infidèles. Cependant, pendant le cours de cette longue période, diverses entreprises furent formées par différens princes de la chrétienté; et ces entreprises, indépendantes les unes des autres, quoique dirigées toutes en apparence vers un même but, ne peuvent être considérées comme faisant partie d'un même ensemble d'opérations. Ainsi la Croisade de Jean de Brienne, qui n'aboutit à aucun résultat; celle du roi de Hongrie, André II, qui ne produisit qu'une expédition également infructueuse sur le mont Tabor ; celle des pèlerins allemands, hollandais , frisons et autres nations germaniques qui reconnaissaient pour chef Guillaume, comte de Hollande , et qui, après avoir comhaltu et vaincu les Maures en Portugal , unis ensuite aux chrétiens de Syrie , portèrent dans l'Egypte le théâtre de la guerre 6ainte , y signalèrent leur

valeur par le siège et la prise de Damiette, et leur imprude-uce par une expédition en Egypte, qui n'aboutit qu'à la perte de Dainietle et à une honteuse retraite -, la Croisade, ou plutôt le pèlerinage de Frédéric II, qui ne fut qu'une longue suite de négociations mystérieuses, et pendant la durée de laquelle ou mil, de part et d'autre, en campagne plus d'ambassadeurs que de soldats -, enfin, les impuissans efforts tentés successivement par des guerriers français, sous la conduite de Thibaut, roi de Navarre, et des ducs de Bretagne et de Bourg gne, et par des pèlerins anglais que commandait un frère de Henri III, Richard, comte de Cornouailles. C'est ici le lieu de faire observer que tous ces événemens, qui n'ont entre eux aucune liaison nécessaire, et dont le seul rapport est dans une issue également inutile ou funeste à la cause des chrétiens d'Orient, ne doivent point être réunis sous un titre, commun, ni confondus sous une même époque. Nous sommes arrivés au tems où les invasions des Mongols renouvelèrent la face de l'Asie orientale, et commencèrent a entretenir avec les chrétiens de la Palestine des relations de guerre 01,1

d'alliance qui influèrent puissamment sur la direction et sur l'issue des Croisades. Des détails approfondis sur l'origine et les progrès de cette puissance, devront désormais trouver place dans tout ouvrage qui aura pour objet de retracer un tableau fidèle de l'histoire des Croisades j c'est une des omissions les plus graves qu'on ait à reprocher à tous ceux qui jusqu'à ce jour ont écrit sur cette époque.

L'as Ire qui avait présidé à la naissance des Croisades commençait à pâlir, lorsqu'il semble se ranimer tout à coup el reprendre , avec la monarchie française, un éclat auparavant inconnu. D'incroyables succès et de plus incroyables revers signalent le séjour de saint Louis en Orient. Une seconde expédition, conduite par ce grand roi , offre au monde des exemples encore plus inouis de vertus et de malheurs, et le fanatisme des Croisades, condamné par de si grands dé- i sastres, s'éteint enfin dans le même tombeau où venait d'être enseveli l'amour:

et l'honneur de la France.

Si la France se montra plus dévouée aux Croisades qu'aucun autre état de; l'Europe, elle en recueillit aussi des fruits

plus abondans et plus heureux. L'Italie , où le pouvoir sacerdotal menaçait de tout envahir; l'Angleterre, où le régime féodal était encore dans toute sa vigueur ; l'Allemagne , que la lutte de l'aristocratie et de l'empire livrait à d'interminables querelles, ne participèrent que lentement aux salutaires effets des Croisades; en France, ils.se firent sentir dans le cours même de la première. Le petit-fils de Hugues-Capet, que ne recommandait aucun mérite personnel, et que les censures ecclésiastiques tenaient encore dans un état d'abaissement , parvient cependant à étendre sa puissance et à agrandir ses domaines. Toys ces guerriers turbulens qui désolaient l'état pour exercer leur valeur, s'étaient enrôlés sous la bannière du Christ : dèslors l'autorité royale, débarrassée d'une foule d'entraves, put s'occuper avec succès du bonheur public , en travaillant pour elle-même Tandis que les barons versaient leur sang et leurs trésors dans la Palestine, en France, le peuple des villes et des campagnes, affranchi du joug de ces petits tyrans, goûta les premières douceurs de l'indépendance et de la fortune. Les nobles motifs de piété et à'hoa?

ûeur qui avaient présidé à la Croisade , exerce! eut une égale influence sur le sort des dernières classes de la société. Le Cœur de ces maîtres superbes, que rien jusqu'alors n'avait pu fléchir, s'adoucit en faveur d'hommes associés aux mêmes travaux et destinés aux mêmes récompensés : plusieurs seigneurs affranchirent leur? serfs en présence du saint Sépulcre; ces utiles exemples se multiplièrent au retour de la Croisade. Les mains qui avaient délivré le tombeau d'un Dieu, pouvaient-elles reprendre les marques de la servitude, et la religiou eut-elle pu souffrir encore des esclaves parmi ceux qu'elle proclamait ses vengeurs? Ainsi les droits de la victoire servirent ici les intérêts de l'humanité , et le titre de soldat de Jésus-Christ fit honorer le caractère de l'homme. Bientôt l'institution des communes , qui donnèrent aux peuples de l'Europe les premières idées de liberté et de patrie, et l'introduction du! luxe oriental, qui fit prendre un nouvel i essor à l'industrie et au commerce, achevèrent d'établir l'existence des citoyens! sur des bases tout à la fois plus solides et plus honorables ; et la plupart de ces bienfaits, qui précédèrent eu Fraiife le

départ de la seconde Croisade, avaient acquis tout leur développement dans lô cours des expéditions suivantes.

C'est une erreur bien commune, et quelquefois bien funeste, que celle qui , faisant servir les mêmes termes à exprimer des choses différentes, tend ainsi, par l'abus des mots, à opérer la confusion des idées ; mais dans aucun casr peut-être cette méprise n'eut des inconvéniens aussi graves qu'en ce qui concerne les Croisades; ejle a influé sur l'opinion qu'ont eue de ces guerres les générations contemporaines; et lorsqu'on en suit les traces dans les écrits du moyen flge, on reconnaît qu'elle n?a guère moins égaré le jugement des modernes. Les Croi- .••ades , destinées d'abord à délivrer les lieux saints du joug et de la présence des infidèles, changèrent bientôt d'objet, sans avoir changé de nom; elles devinrent, entre les mains des pontifes, des armes fatales au repos de l'Europe , comme dans les mains des croisés euxmêmes, les instrumens dune ambition toute mondaine; et dès-lors elles perdirent, avec le caractère sacré qui leur avait attiré la vénération des peuples r le succès qui les avaient- couronnées. C»

( 1*) mol de Croisade, qui, dans les premiers transports d'une pieuse ferveur, avait fait lever des nations entières depuis la Baltique jusqu'aux Pyrénées; ce cri de guerre qui avait ouvert aux compagnons de Godefroi de Bouillon les portes de la Cité sainte, ne produisirent en Europe qu'un sentiment mêlé d'horreur et d'effroi , lorsque les chefs de la religion et de l'état n'en firent plus que des applications profanes et des usages impies; lorsqu'on vit le signe révéré de notre foi invoqué contre des peuples catholiques, et surtout lorsque les revers qui illustraient encore les armes chrétiennes en Orient , semblaient à des hommes prévenus de l'idée des jugemens de Dieu, la réprobation la plus manifestr de ces expéditions lointaines. La Croisade prècliée par Innocent III, et qui, terminée à la conquête de Byzance , n'eût ainsi d'autre résultat que la ruine d'un empire chrétien; la Croisade, plus funeste encore, qui extermina les Albigeois et créa l'inquisition ; une foule d'autres guerres du même genre et décorées du même nom , dirigées successivement contre tous les souverains de l'Europe ; guerres désastreuses ; dans le cours des-

(i5) quelles éclatèrent ces deux phénomène»

d'une cruauté froide et réfléchie : le massacre des vêpres siciliennes et l'assassinat juridique de Conradin ; tant d'excès ccninis ou autorisés par les Croisades , firent tomber, avec l'acci ption primitive de ce mot, la puissance magique qui y avait été attachée. Tandis que les guerres qu'il avait servi à désigner, changeaient incessamment de direction et de principes, on continuait toujours de s'en servir, et l'Europe lui imputait encore ses malheurs , quand il n'avait déjà plus le pouvoir de les produire; comme si le passions qui , pendant un siècle , avaient cherché à 9e couvrir , plutôt qu'à s'honorer de ce nom, n'étaient pas les mêmes et, ne se signalaient pas dans tous les teins par les mêmes effets !

Qa'y avait-il cependant de plus facile que de réduire la question des Croisades à ses véritables élémens? Quiconque a étudié sans prévention les monumens du siècle qui les vit éclore , avouera sans peine que , de toutes les causes qui les produisirent , le zèle religieux fut la première, la plus efficace et la plus durable. Or, quelqu'aveugle qu'ait été ce zèle chez les contemporains de Godefioi de

Bouillon , peut-on tirer d'un pareil principe toutes les conséquences qu'on en a déduites? N'est-ce pas étrangement se méprendre sur la nature du cœur humain, que de trouver dans ce dévoûment généreux, dans cette patience héroïque, dans ce renoncement sublime à lous les intérêts temporels, qui caractérisèrent les premiers travaux des croisés., le germe des forfaits commis par leur»

successeurs; et n'est-ce pas le plus déplorable abus d'une fausse philosophie, que d'attribuer un même principe à des actions si différentes, et de faire en quelque sorte dériver d'une source commune toutes les vertus et tous les crimes? Si l'ambition fanatique d'un Grégoire VII, en concevant la première idée des Croisades, entrevit l'usage qu'on en pouvait faire pour l'exaltition du siège pontilîca! ; si l'agibition plus éclairée d'un Innocent III , achevant l'ouvrage de ses prédécesst nrs , ébranla tous les trônes av c cette arme sacrée, doit-on imputer lis mêmes vues à lous les guerriers ligués pour la même cause? et ce résultat des guerres saintes, qui, après quelques anné> s d'une faible domination en Asie^ ne firent qu:établir solidement en Eu-

ropc la puissance des papes, doit-on le regarder comme un effet nécessaire et inévitable de ces guerres? Est-il probable que tant de princes engagés sous la bannière de la croix, n'aient eu d'abord intention que de fournir à ces pontifes des armes contre eux-mêmes? Et ce Raymond de Toulouse, qui déploya le premier son drapeau contre les infidèles , prévoyait-il qu'un jour une Croisade serait prêchée dans ses propres états , coutre sa propre famille ? Les eboses étaient arrivées au point que tout périssait en Europe, si quelque violente secousse ne fut venue rendre la vie à ce grand corps épuisé-, et il fallait que les symptômes d'une destruction imminente fussent bien nombreux et bien frappatiSj puisqu'ils excitèrent l'attention et la crainte des hommes mêmes d'un âge si ignorant et si grossier. Les bruits si généralement répandus au commencement du X". siècle, et depuis, à différentes époques, de la fin prochaine du monde , ne venaient point d'une autre source-, et l'on sait combien cette opinion , et les terreurs superstitieuses qui se propageaient à sa suite, contribuèrent à multiplier le nombre et à enflammer

( i8) ïe zèle des défenseurs delà Terre Sainte. Les Croisades opérèrent seules le mouvement qui sauva la société en la renouvelant toute entière. Si les papes en profitèrent pour affermir et pour étendre leur puissance, on peut dire que dans leurs mains tout autre moyen eût également servi au même objet. Dans l'état où se trouvaient alors les croyances et les intérêts de l'Europe, il était impossible que le clergé, depuis long-tems affranchi de l'autorité temporelle , ne finit par s'en rendre maître ; puisque les coupables excès et les honteuses dissolutions delà cour de Rome au Xe. siècle, n'avaient pas entièrement ruiné son empire, il fallait bien qu'elle devînt souveraine au XIIe. ; et ce résultat, quoique produit par les Croisades , était bien moins dans la nature de ces guerres, que dans la nature même des choses.

Si donc les Croisades , par un effet purement accidentel de la disposition des esprits, devinrent un instrument actif de l'ambition pontificale , si Ton peut avec raison leur imputer une partie des malheurs que cette ambition a causés au monde, il est juste aussi de reconnaître qu'elles furent, dans leur principe, étran-

gères aux motifs qu'on leur attribua depuis, et par conséquent innocentes des crimes qu'on leur fit commettre; qu'elles n'exercèrent une influence funeste que lorsqu'on leur donna une direction différente, et qu'enfin, au prix de quelques calamités passagères , elles ont produit des avantages aussi nombreux que durables. Des écrivains qui affectaient le plus vif intérêt pour notre espèce , semblent s'être plu à nous offrir l'effrayant calcul des générations que la guerre sainte avait moissonnées -, et sans doute de pareilles recberebes ont dû plus covi- 1er à leur humanité , qu'elles ne font honneur à leurs lumières. Ces écrivains, en effet, ne devaient-ils pas considérer que les Croisades ont plutôt favorisé qu'affaibli la population de l'Europe, en transportant dans d'autres climats le théâtre de ces guerres, qui, depuis l'établissement du régime féodal, désolaient chaque royaume, chaque province, chaque ville, chaque bourgade? Quelque vide que laissassent dans la grande famille européenne ces émigrations, dont les flots ne cessaient de s'écouler vers l'Orient, n'avait-elle pas des pertes encore pins nombreuses à déplorer dans le

#ours de ces longues dévastations, de ces éternels brigandages qui couvraient son sein de sang et de ruines? C'est un fait généralement attesté, et qui doit presque conserver à nus yeux le caractère du miracle qu'il eût aux yeux d'un siècle crédule, qu'aussi tôt que la guerre sainte eût été proclamée, l'Europe demeura tout à coup dans une paix profonde; les haines privées, les inimitiés nationales furent au même instant suspendues dans toute l'étendue de ce vaste continent; on n'y connut plus qu'un seul objet d'ambition, on n'y entendit plus qu'un seul cri de guerre, la délivrance du saint Sépulcre; et la trêve de Dieu , ce frein si faible que l'église imposait quelquefois aux passions , ne fut exactement observée qu'à la suite de ces émigrations, qui ne laissaient plus dans tout l'Occident, ni de prétextes mx querelles, ni de bras pour les soutenir. En supposant même que le nombre des victimes fût plutôt accru que diminué par ces expéditions lointaines, on ne saurait nier qu'elles n'aient produit un bien inestimable; c'est qu'alors les calamités de la guerre s'étendirent uniquement sur ceux qui y prenaient une part active et volontaire j

an lieu que, dans ces dissensions civiles qui enveloppaient tout un peuple , une loule de citoyens périssaient pour une cause qui leur était étrangère. Du moins, quand l'Orient était en feu , l'Europe entière respirait. Le bruit des armes qui retentissait au loin sur les plages asiatiques, ne venait pas troubler la sécurité de l'Occident, et le signal des combat» n'était fatal qu'au repos des Sarrazins.

Un autre avantage également certain , c'est que l'esprit de guerre, de tout tems si cher et si funeste aux peuples de l'Europe, prit alors un essor plus 'élevé et un caractère plus noble. Au lieu de ces brigands faibles et cruels qui se disputaient la possession d'une terre ou d'un château, comme des vautours acharnés Bur une vile proie , on vit d'illustres guerriers armés pour la cause de Dieu, et combattant en son nom. Ce n'étaient plus ces guerres domestiques , ces querelles obscures où l'on s'égorgeait pour de misérables intérêts, où la défaite était sans consolation, et la victoire sans honneur. Ici, du moins, la vertu guerrière pouvait se déployer vers un but et sur un théâtre dignes d'elle, et l'héroïsme a\ait <le6 juges et des rivaux. La gloire

présentait ses palmes, la religion ses recompenses aux soldats qui triomphaient ou qui souffraient pour elles. Ici, tout sang versé avait son prix , puisqu'il cou lait sous les yeux d'un Dieu; la victoire s'ennoblissait encore des gages de la fa veur divine , et la mort même avait des charmes pour qui la recevait comme le martyre. De là naquit la chevalerie , seule institution capable, dans les socié tés barbares du moyen âge, de les main tenir contre la corruption des moeurs et contre l'insuffisance des lois, et la seule qui , dans l'histoire de ces siècles déplo râbles, excite encore nos regrets en méritant nos éloges. Les Croisades portèrent au plus haut degré d'exaltation et d'é-l' nergie cet enthousiasme à la fois reli-i gieux et militaire, qui*,, se vouant à U défense de tous les opprimés, au soulagement de tous les mallveureux, assoi ciant, par un mélange touchant et bi-l zarre, des prodiges de valeur et d'hu r manité , des idées de galanterie et d<{ dévotion, servit avec une éga*'e ardeur i et surtout avec une égale fidélité , les troill objets de son culte : Dieu, les ro'is et le1! belles, sut mettre de la grâce jusqiie danj •es faiblesses ; et rendre ses travers .mêmj

aimables; et pour nous tenir lieu des vertus qui commençaient à nous manquer , créa l'honneur dont nous avons fait, à son exemple, un des principes les plus féconds de la morale, et l'un des plus puissans ressorts de la politique.

Malheur au peuple qui , soumettant tout au calcul, croirait apprécier assez rigoureusement la valeur des actions humaines, en ne voyant qu'une dévotion fanatique dans la pieuse charité des chevaliers sh dépouillant de leurs biens afin 3e doter des hôpitaux; qu'une faiblesse ridicule dans cette généreuse réparation les injures qui précédait le départ des croisés ; qu'un travestissement ignoble lans cette union si touchante des honneurs militaires et des soins hospitaliers, ]ui rendait la milice du Temple utile i rhuinanité autant que formidable dans les combats ! Mais écartons toute espèce l'exagération , et pour juger sainement :1e l'esprit des Croisades, ainsi que des dTels qu'elles ont produits, transportonsnous au siècle qui les vit naître, en quittant les idées du nôtre. Pans l'état où se trouvait alors la société, au milieu de celte confusion de tous les droits, de cette ignorance de tons les principes j

( 24 ) croyez-vous que la voix d'un législateurphilosophe, si elle se fût élevée seule du sein de cette effroyable cahos, eut suffi pour y ranlener tout à coup l'ordre, l'harmonie et la paix? Non-, il fallait, suivant la pensée d'un auteur contemporain, il fallait à ce monde vieilli et prêt à périr de décrépitude, 'un remèdo plus puissant et plus actif. Le fanatisme pouvait seul réchauffer des âmes que la superstition avait glacées, et élever les pensées de l'homme au-dessus de ce cercle étroit d'intérêts vulgaires qui les retenait captives. Le fanatisme pouvait seul, en agitant les nations engourdies , ouvris devant elles une nouvelle carrière, révéler l'Orient à l'Occident, et, par la rapide communication des connaissances et des idées, dissiper la longue obscuritél dont une ignorance réciproque avait cou-] vert les deux hémisphères. S'il mêla tropi souverît des forfaits affreux à des vertus .sublimes , l'excès même de ses égaremens eut toujours quelque chose de grand, qui était propre à frapper l'imagination et è. remuer l'âme-, et s'il produisit quelquefois de puissans effets par de faibleJ moyens , ne voyons que sa Force , ot d'autres seraient tentés de trouver ui

ridicule. Ces armoiries, qui ne nous représentent aujourd'hui que des symboles usés ou des énigmes inexplicables, rapj>elaient aux chevaliers les prouesses de leurs pères, bientôt effacées par leurs propres exploits. Ces signes héréditaires étaient des leçons toujours vivantes de générosité et de courage; et la langue du blason, si obscure et si justement dédaignée de nos jours , devenait sur les champs de bataille une langue aussi intelligible qu'éloquente.

En considérant ainsi l'esprit des Croisades, nous les jugerons moins sévèrement en elles-mêmes, et nous apprécierons plus sûrement les heureux effets qu'elles produisirent. Nous reconnaîtrons que , si leur influence immédiate fut factieuse pour les générations contemporaines, elle n'en fut que plus utile par ses résultats éloignés. Nous verrons enfin que, fléau nécessaire au XIP. siècle, les Croisades devinrent une source de prospérités pour tous les âges saivans. En pourrait- on dire autant de ces vastes coalitions de rois , qui , abusant de la crédulité des peuples, leur faisaient croire qu'ils ne se battaient que pour reconquérir, les droits imprescriptibles des na-

(a6> tions, tandis qu'inslrumens aveugles de la perfide ambition de ceux qui les avaient appele's aux armes , les vainqueurs semblent n'avoir brisé les fers des vaincus que pour s'en voir charges à leur tour.

Parcourons rapidement ici les principaux de ces résultats dûs aux Croisades. Dès que la trompette sacrée a donné le signal d'une guerre commune à tous les chrétiens, une foule d'hommes condamnés à la servitude par la terre même qu'ils possédaient, se précipitent dans les camps , et brisent ainsi leurs liens en quittant la glèbe-, d'autres, dont la servitude était personnelle , trouvent également la liberté dans les privilèges accordés aux soldats de Jésus-Christ. Les affranchissemens , si rares auparavant, sont prodigués par la dévotion, et même par l'intérêt. Les entraves qui avaient empêché jusqu'alors les communications mutuelles des peuples, se relâchent enfin par le continuel mélange de toutes les nations de PEurope. Pendant l'absence des seigneurs , les guerres privées sont suspendues et bientôt cessées sans retour-, la tranquillité publique guérit les plaies profondes que la population avait souf-

( *7 ) Fertes -, l'autorité royale s'affermit aux dépens de celle des barons, et à l'avantage des citoyens. Les communes se forment en achetant des privilèges des seigneurs appauvris, et quelquefois en les usurpant sur ces maîtres éloignés. A l'institution des communes s'associe presque partout celle des cours judiciaires', où le droit romain est invoqué : dès-lors les guerriers, qui ne savaient juger les différens qu'avec l'épée, et dont l'humeur impétueuse était incompatible avec l'étude des lois, abandonnent aux magistrats du peuple l'exercice de la justice; le duel est déféré plus rarement, et la liberté publique se consolide de jour en jour. Par l'extinction d'un grand nombre de familles nobles moissonnées outremer, et par la misère qui en accueillait tant d'autres au retour de ces expéditions lointaines, les grands fiefs se subdivisent en une foule de petites propriétés particulières, et le domaine public s'enrichit des débris de la fortune des seigneurs. Avec la valeur des fiefs s'affaiblissent les prérogatives qui y avaient été attachées; les barrières qui séparaient les cito)'ens s'abaissent peu à peu; plusieurs atteintes sont portées en même

feins à l'orgueil du régime féodal, et la décadence des nobles prépare la naissance d'un tiers-état.

A ces effets, qui dérivent tous d'une source unique , de l'émigration d'un grand nombre d'hommes , j'en puis joindre d'aulres , qui ne résultent pas moins directement d'une seconde cause , de la communication des peuples entre eux.

De l'Egypte et de Constantinople sans cesse visitées, et un moment asservies par les croisés, la lumière se répand dans toute l'Europe. Les monumens des anciennes études excitent d'abord l'étonnement, et bientôt après l'émulation des guerriers de l'Occident , et le bienfait permanent de la civilisation répare les maux d'une conquête passagère. Le code de Justinien et les écrits dAristote sont deux trésors déjà connus, que l'Europe recueillit plus entiers à la prise de Constantinople. De longs voyages et des découvertes successives enrichissent le domaine des sciences naturelles , et les bornes des connaissances géographiques se reculent à chaque inslant devant les regards des croisés Des moines pénètrent pour la première fuis dans les déserts immenses de la Tartarie; l'instinct ds

la curiosité, joint à l'appât du gain, conduit un marchand vénitien jusqu'aux frontières de la Chine, et le» guerriers chrétiens s'applaudissent devoir le théâtre de leurs exploits s'agrandir à chaque nouveau trophée qu'ils y élèvent. Les sciences, qui firent l'orgueil de l'an tiqua Babylone et de la moderne Bagdad, abandonnent les heureux climats de l'Asie pour fleurir dans l'Occident; l'université de Salerne rivalise avec les disciples d'Averrocs et d'Avicenne. Bientôt les histOrriens se multiplient, leur langue s'épure, et leur caractère s'ennoblit : Guillaume deTyr, en racontant, dans, l'idiome de Tite-LWe, des exploits dignes des premiers siècles de Rome, s'élève quelquelois à la hauteur de son sujet et de son modèle ; Jacques de Vitry rappelle en plusieurs endroits l'énergie et la véhémence de Salluste-, Villehardouin et Joinville , dans un langage plein de naïveté, et souvent de grâce , offrent le premier essai d'une littérature, dont leur plume et leur épée contribuèrent également à étendre lesconquêtes. D'autres écrivainsdonts'honorèrent alors* d'autres nations, et faits pour honorer un autre siècle, un Othon de Frisingue, un Guillaume de Malme»;

( 3o) bury, Saxo, l'annaliste du Nord; Matthieu Paris et Rigord, l'un Anglais et l'autre Français, dignes rivaux, en qui déjà se manifeste l'animosité nationale ; l'illustre fille d'Alexis Comnène , et toute cette foule de Byzantins, parmi lesquels plusieurs eurent à la fois de la célébrité et du talent, rendent le siècle des Croisades presque aussi recommandable par ses historiens que par ses héros. La muse du chant se réveilla , et la poésie prit un nouvel essor; au lieu de ces exploits fabuleux des paladins d'Arthur et de Charlcmagne, les troubadours eurent à raconter des exploits plus réels, et surtout plus attachans , des Godefroi , des Tancrède; et un chantre du XIIe. siècle, en célébrant la délivrance de Sion , avait déjà préparé dos couleurs au génie du Tasse. L'amour de la renommée , qui prenait toutes les formes, s'était glissé dans tous les rangs : on vit alors des empereurs et des rois se mêler à la foule des poètes pour retracer leurs succès communs; on vit. un Frédério II et un Richard, ces deux héi'os des guerres saintes, exprimer, par des accens mâles ou plaintifs , les nobles tourmens de la gloire, ou les ennuis d'une longue captivité.

(Si ) Si de l'heureuse influence qu'exercèrent les Croisades sur l'état politique des citoyens et sur les progrès de la raison humaine , nous passons à examiner les effets qu'elles produisirent sur le développement de l'industrie et du commerce, nous ne les trouverons ni moins nombreux, ni moins frappans. Il était impossible qu'au milieu d'une impulsion si vive donnée à toutes les facultés de l'esprit, le commerce ne se tournât point avec ardeur vers la carrière nouvelle qui lui était ouverte, et que, débarrassé des entraves qui le gênaient au-dedans, en même tems qu'il s'enrichissait de connaissances étrangères, il ne prit point un champ plus vaste et un essor plus hardi. Jusqu'alors ses entreprises avaient été concentrées entre les mains des Grecs et des Ax'abes; toutes les richesses de l'Asie s'écoulaient par des routes presque parallèles, au nord et au midi , dans les villes opulentes de Constantinople et d'Alexandrie. La conquête de ces deux empires transporta aux Latins, avec les trésors qu'une longue paix y avait accumules , les sources mêmes qui les y avaient amenés ; et lorsque la domination des .croisés eut été détnvilc en Orient, ils

tonservèrent encore ces fruits précieux de leur puissance passagère. Les républiques rivales de Venise, de Pise et de Gênes, se disputaient le sceptre des mers de l'Inde et de l'Europe, long-tems après que le royaume de Jérusalem était retombé au pouvoir des infidèles. La ligue anséatique éleva dans le nord , à leur exemple, un empire fondé sur le commerce : ainsi, de toutes parts, régnait une généreuse émulation et une salutaire activité. L'art de la navigation fit des progrès rapides sur un théâtre sans cesse éprouvé par ses succès et agrandi par ses découvertes. Les flottes européennes qui, pendant le cours de deux siècles, voguaient presque sans interruption des ports de la Méditerrannée et de l'Océan germanique , aux bouches de l'Oronte, du Nil et de l'Euphrate, effrayèrent plusieurs fois l'Orient d'un appareil de forces maritimes depuis long-tems inconnues, et renouvelèrent dans ces parages l'an-i tique réputation de Carthage et de T3T. Un code nautique fut formé d'après les instructions des navigateurs d'outre-mer; et ce ne fut pas un des avantages les moins précieux que l'Europe retira de ses voyages. Partout les besoins du luxs

»<• multiplient a^c les moyens de le satisfaire , et de nouvelles connaissances produisent à leur tour des jouissanceg nouvelles : les étoffes de soie, d'abord avidement l'echerchées, servent à la parure des rois et à la fortune des citoyens ; le» manufactures des Grecs et des Arabe»

offrent à l'industrie de l'Europe des modèles qu'elle doit bientôt surpasser. Un& foule d'inventions utiles passent de l'Orient en Occident. L'aspect de Constantinople et de ses monumens frappe les premiers croisés d'une admiration qui n© doit pas long-tems demeurer stérile; l'architecture gothique prend , à leur retour, un style plus noble et des formes plu» savantes; le génie des arts qu'on croyait éteint en Italie, jette à Venise les premières lueurs de la vive lumière qui devait éclairer les contemporains de Michel- Ange ; et les derniers monumens des Croisades touchent au siècle de Cimabué et du Giotto. L'art militaire se perfectionne, et les fiers Sarrazins , vaincus avec leurs propres armes , s'instruisirent à leur tour aux dépens de leurs vainqueurs. Une police sévère s'introduit dans les armées; la discipline est connue, ot l'infanterie reprend insensiblement.

parmi les guerriers de*TEurope , le rang inte et la considération qu'elle avait perdus Jm1 depuis que les dernières légions ! omaines «ter avaient succombé sous les coups des bar- rtabi bares . uut

Tels sont les principaux avantages que Ot la civilisation européenne retira desCroi- irt sades; telles sont les hautes considéra- nu tions au moyen desquelles ces guerres, m utiles autant que respectables dans leur pi principe, doivent prendre à nos yeux le |ct caractère d'importance et d'intérêt qui jn en a marqué les résultats. La plupart de « ces résultais , qui sortent si naturellement des récits de l'histoire , n'auraient pu long-tems échapper même à un examen superficiel, si l'on n'eût voulu en trouver l'influence immédiate et sensible suri la génération contemporaine, au lieu del s'attacher à en reconnaître l'action lente I et progressive sur les âges suivans de la 1 société : mais alors on considérait isolé-tl ment les principales expéditions qui se| dirigèrent à différentes époques vers l'O-j rient, ce qui était la manière la plusi imparfaite d'en apprécier les effets. C'est bien moins ces expéditions purement militaires par leur objet, et souvent se-, parçcs l'une de l'autre par de longs in-

(35) •rvalles, qui eurent les suites impormtes et durables que nous leur avons ttribuées , que la communication non iterrompue, que les fréquentes relations Lablies par elles , et pendant tout le jurs de leur durée, entre l'Orient et Occident. Le fanatisme des Croisades nt, a i nsi que toutes les maladies de l'esprit umain, ses momens de lassitude et d'euisement, durant lesquels les nations urent réparer leurs pertes et oublier mrs désastres. Mais, dans l'intervalle des randes émigrations , l'Europe ne cessa as un seul instant d'être agitée, comme n voit l'Océan soulever ses vagues duant les momens de relàcbe que lui laisent de violentes tempêtes. Les chemins le la Terre Sainte une fois ouverts à la [évotion , ou même à la cupidité , se emplissaient incessamment de pèlerins, le marchands, de missionnaires; les coonies chrétiennes qui s'étaient élevées •à Asie , établissaient , d'ailleurs entre 'Occident et l'Orient, des rapports intimes et des liens nécessaires. Quel ne levait pas être, sur la raarebe de la civilisation et de l'industrie européennes, l'effet d'un mouvement si général et si prolongé, de ce choc non interrompu des

intérêts et des croyances, de cet écliang» perpétuel des arts et des lumières de deux inondes si inconnus jusqu'alors et si étrangers l'un à l'autre?

Considérés en eux-mêmes, quelle source féconde d'intérêt n'offrent pas ces événemens, où se réunissent au plus haut degré toutes les qualités qui distinguent! les siècles héroïques, dont la durée sur passe celle des plus longues catastrophes qu'ait jamais éprouvées le genre humain,, et dont le théâtre embrasse presque toutes, les parties et les nations les plus célèbre: de l'ancien monde ? Quelle prodigieusi .variété dans les exploits et dans les acci dens de cette guerre ! quelles étranges vicis situdes de succès et de revers! quel étonnan mélange , quelle succession rapide grandes actions et de grands crimes , de plus nobles vertus et des vices les plr odieux! que de contrastes intéressans que d'oppositions singulières dans les h bitudes des peuples et dans les caractèr des individus! quelle foule de noms i lustres auxquels se rattachent encore talj de souvenirs patriotiques ! que de m< | 1 narchies élevées et détruites ! que < révolutions dans les empires et dans 1 moeurs, propres à servir à, l'insfcructk

'( 37 ) déVsages et des cioyens de tons les tems! A la voix d'un simple ermite, l'Occident entier sVst ébranlé, et, suivant l'expression si souvent employée d'Anne Comnène, semble s'être arraché de ses fondemens pour se précipiter sur l'Asie. De? foules de pèlerins, rebut de l'église et de l'armée, expirent dans lescliamps de la'JThrace, ou à la vue de Constantiuople, avant d'avoi^pu se mesurer avec les ennemis du nWm chrétien 5 mais l'année des véritables croisés s'avance, commandée par des héros, sur les mêmes sentiers que d'imprudeus fanatiques ont teints de leur sang et couverts de leurs dépouilles. Qui ne connaît les noms de ces héros? un Godefroi de Bouillon, exerçant par ses vertus l'empii-e qu'aucun de ses rivaux n'accorde à la supériorité du rang; un Bohémond, réunissant dans sa personne tant de qualités diverses, et dans le cours de sa vie, tant d'aventures singulières -, un Tancrède , vrai modèle des chevaliers chrétiens, et S'Mit, au milieu de l'ambition générale, ne cherchant d'autres succès que ceux de la foi, ne possédant pour toute fortune que son épée Qui n'a entendu parler de la bataille et de la prise de Nicée, des

(38) combats liviés à travers l'Asie-Mineure et jusque sous les murs d'Antioche, de la prise d'Edessc par une troupe de chevaliers qui fondent en courant une principauté destinée à devenir le boule vart des colonies chréliennes en Orient? Qui n'a frémi quelquefois au récit des calamités essuyées par les croisés pendant le long siégu d'Antioche, des dangers imprévus qui succèdent à cette conquête inespérée, et de la victoflR merveilleuse qui couronne tant de travaux divers?

Qui pourrait se lasser d'entendre les incroyables efforts déployés sous les murs de la cité sainte par le zèle religieux et par l'héroïsme guerrier des chrétiens et des infidèles; les succès variés et l'issue mémorable de cette lutte opiniâtre j le triomphe de la croix, si cruellement acheté par le sang, et l'élection de Godefroi , qui, seule parmi tant de scène s de carnage, satisfait la justice et console l'humanité.

Les succès de la première Croisade avaient porté au plus haut point dans l'Occident le fanastime qui l'avait fait naître. Des troupes innombrables de pèlerins vont péiir dans h s vastes plaines de l'Asie*-Mineure, victimes de la per-

£dic des Grecs, ou moissonnés par le glaive d<js Turcs; mais les armes chrétiennes s'ouvrent par la Méditerranée une route à la fois plus glorieuse et plus sûre. Les Génois, les Pisans, les Vénitiens, rivaux souvent malheureux sur les mers d'Europe , ne trouvent bientôt plus sur celles d'Asie d'autres ennemis qu'eux-mêmes. Cependant, au milieu de tant de vicissitudes et de pertes, le royaume de Jérusalem s'affermit et s'étend sous le sceptre des deux Baudnoin , successeurs de la puissance de Godcfroi, plutôt qu'héritiers de ses vertus. La fameuse défaite de Rama abat un moment le courage des chrétiens , que relève bientôt la prise de Béryte, de Sidon , de Tripoli, de Ptolémaïde, et leurs succès se soutiennent malgré la discorde qui les divise, tant que leurs ennemis sont divisés eux-mêmes. Mais tout change dès que les forces musulmanes sont réunies sous la puissance de Noureddin. La chute d'Edesse donne le signal de la décadence des chrétiens en Orient; et ce signal, qui se propage et retentit au loin dans l'Occident, excite une généra'ion nouvelle à marcher sur les traces de la première. L'appel du pape Eugène III n'eut

( 4o ) peut-être pas produit sur ces contemporains l'effet qu'avait autrefois produit celui d'Urbain II, s'il n'eût trouvé dans un autre moine , dans le fameux abbé de Clairvaux,un interprète non moins zélé et plus cloquent encore que l'ermite Pierre. Un humble solitaire dominait alors tout son siècle par la puissance de la parole et par l'autorité du génie, et le disciple des chênes et des hêtres , comme il le disait lui-même , était devenu l'oracle des cours. A la voix de saint Bernard t célébrant d'avance le succès d'une expédition dont il devait bientôt déplorer les revers , deux souverains prennent la croix. On sait assez quels trist s fruits l'empereur d'Allemagne et le roi de France rapportèrent de leur entreprise mal concertée : deux florissantes armées périrent sans lésultat et sans gloire dans les défilés du Taurus ou sous Jes remparts de Damas; la valeur de Louis éclata moins aux yeux des infidèles que le scandale de sa maison; et l'Euiope sembla n'avoir armé toutes ses. forces contre l'Orient, que pour mieux lui donner toute la mesure de sa faiblesse. Mais la France, sous l'administration de ^Suger, put se consoler des revers de ses

(4i ) armées; et ce fut un double bienfait du sort, qui ménageait saint Louis au siècle suivant, que de séparer ainsi l'Henri IV et le Sully du moyen âge.

Cependant , une grande révolution avait changé la iace de l'Orient, et le trône toujours agite de Jérusalem est enfin renversé par Saladin, qui venait de détruire la puissante dynastie des Fathimyles. Au premier bruit des rapides exploits de ce héros, tout l'Occident s'était ébranlé : la fureur y fut portée au comble, quand les malheurs de la cité sainte, tombée au pouvoir des infidèles, fuient offerts à l'imagination des chrétiens dans les éloquens récits de Guillaume de Tyr , l'apôli'e et 1 historien des guerres saintes. Une troisième Croisade est résolue avec plus d'enthousiasme encore et sous de plus brillans auspices que la première. Qui ne serait ému au souvenir des grands noms qui la distinguent : de ce Frédéric Barbi-rousse, dont l'héroïsme et la mort rappellent Alexandre-, de cet impétueux Kichard, fameux par son courage, sa prison et ses vers; et de ce Philippe-Auguste, son rival, plus habile et plus heuieux, si cher encore aux Français par la victore de liouvines? Qui ne voudrait connaître

les détails et les résultats d'une lutte où tant de héros et de si puissans empires sont ligués contre un si grand homme, où la seule ville de Ptolémaïde voit plus de batailles livrées et plus de générations moissonnées sous ses murs , que n'en comptent les guerres les plus meurtrières et les plus longues ? Peu d'années sont à peine écoulées, et un autre empereur, Ilenri VI, qui s'était croisé aux prières du pape Célestin III, meurt comme son père avant d'être entré dans la carrière de la gloire-, son armée se console d'abord de l'absence et ensuite de la perte de son chef, en se couvrant de lauriers dans la Palestine. Une nouvelle Croisade, entreprise an commencement du XIIIe. siècle, amène un résultat bien différent; c'est la prise de Constantinople r et la fondation d'une dynastie nouvelle par les Latins.

Mais déjà les Croisades en se multipliant ont p; rdu de leur éclat; les efforts de Jean de Brienne, et du roi de Hongrie ,. André II, n'ajoutent qu'à leur réputation personnelle, sans aucune utilité durable pour la cause des chrétiens. Quelques hommes illustres figurent encore dans les rangs des croisés ; l'empereur Frédéric II ; qui les domine tous par l'ascendant

de son génie, aime mieux: négocier avec Mélédin que de le combattre; et cependant, avant de partir, il a recouvré Jérusalem.

Le fanatisme qui , depuis près d'un s'ècle et demi, agitait l'Europe entière, commençait à languir, lorsqu'un peuple nouveau, apparaissant sur la scène du monde , lui rend Une nouvelle énergie.

î>es extrémités de la terre qui avaient long-tems caché leur empire, Genghis- Kan et ses fils accourent, et chassent devant eux, comme la poussière, les nations qui, dans leur effroi t appliquent à ces hommes, sortis duTartare, un nom destiné à perpétuer jusqu'à nous le souvenir de leurs fureurs. Vers le même tems , l'enthousiasme des Croisades s'était rallumé dans le coeur d'un prince fait pour le concevoir, et qui, par ses revers, ne réussit enfin qu'à l'éteindre. C'est Louis IX,.

prince orné de toutes les vertus dans le siècle de toutes les erreurs, qui, dans les fers, comme sur le trôner obtint l'hommage de ses ennemis et le respect de ses rivaux, et qui n'offrit pas vainement à cet âge ignorant, le spectacle si vanté par la philosophie ancienne, d'une âme religieuse et forte aux prises avec le mal^

heur. Avec quel intérêt nous suivons dans les récit» de Joinville, le compagnon , l'ami , le confident de saint Loui.3 , les détails < 'une vie si belle, et les part culantés dt-.s deux expéditions fameuses qu en ont marqué et abrégé le cours ! Eu Oiient, les successeurs du grand Saladin oui élé détrônés par les Mamelouks, dont l'esprit guerrier change pour jamais les destinées de la Palestine; ils y portent leurs aimes victorieuses, et Ptoleiraïde, unique et faible débris d'un emp'ro chrétien, annonce par sa chute, en 1291, l.i ruine entière de la domination européenne, qui s'était soutenue près de deux s ècles sut le continent de l'Asie. Dans 1 Occident , l'esprit des Croisades avait déjà change de direction, et le fanatisme des croisés , repoussé de la Palestine, s'était acharné contre eux-mêmes. Nous voyons sous le pontificat d'Innocent III, le règne le p'us important peutêtre du moyen âge, avec quel art ce torrent détourné de sa source, inonda l'Europe de flots de sang chrétien. Nous voyons j tous les souverains, frappés successivenu nt des armes spirituelles des pontifes de Rome, se déchirer les uns les autres au nu in de la croix qu'ils outragent,, et

( 45 ) devenir les instrumens avengles du pouvoir injuste qui les écrase. Parmi les nombreuses Croisades prèc!;ées par un Grégoire IX, un Innocent IV, unCiémcntlV, en Allemagne, en Angleterre, en France, en Italie, en Espagne, en Porlugal et ailleurs , nous ne trouvons trop souvent que de grands crimes à racoiftor et de grandes calamités à- peindre; nous regrettons de Voir les fruits à peine éclos des guerres saintes avorter au milieu des guerres impies qui en avaient usurpé le nom et profané le caract re. Cependart, quelques idées de grandeur et d'utilité nous attachent encore au récit des heureux efforts qui préparent au-delà des Pyrénées l'affranchissement de l'Espagne et la puissance future du Portugal; à celui des progrès non moins salutaires de la ligue anséatique, et des exploits de l'ordre teutonique, qui, sdrti d'un hôpital de Jérusalem , va conquérir la Prusse, fonder Marieubourg, et civiliser le Nord en le subjuguant. Notre admiration n'est mêlée d'aucun sentiment pénible , en exposant l'histoire de cet autre ordre de chevaliers chrétiens , qu'on pourrait appeler une croisade permanente contre les ennemis de notre- culte, et qui a laissé de si glo-

rieux momvmens de son courage et de sa foi sur les rochers de Rhodes et de Malte. En suivant enfin jusqu'à sou dernier période le cours de cette fièvre dévorante, nous voyons le fanatisme des Croisades, vainement réchauffé par les dangers de Constantinople, expirer au pied des bucliers allumés pour les Hussiles; et si , jetant alors un coup d'oeil sur la vaste carrière que nous avons parcourue, nous avons à déplorer les longs malheurs dû genre humain, nous pouvons nous dis-r traire de ces douloureuses images, en contemplant L'aurore des beaux jours qui se préparent, en assistant, pour ainsi dire, au réveil du génie, qui se trouvant bientôt trop resserré dans les anciennes bornes de la pensée et du monde, va se frayer en tout sens des routes nouvelles par la découverte presque contemporaine de l'imprimerie et de l'Amérique.

Il n'est point d'époques, dans l'histoire moderne, qui aient produit autant d'événemens variés et de relations différentes, que celle des Croisades-, il n'en est point non plus qui aient donné lieu à des jugemens plus divers et plus opposés de la part des content parains et de la postérité. De là le grand mérite et la prin>

cipale .difficulté de cette histoire, qui consistent à faire un choix judicieux et sage entre tant de traditions qui se contrarient, entre tant d'opinions qui se combattent. La seule étude des documens originaux est déjà un travail aussi long qu'indispensable. Depuis que le premier recueil des historiens des Croisades a été publié par Bongars, sous le titre assez singulier de Gesta Dei per Francos , une foule de relations ont été recueillies et mises successivement au jour dans les compilations historiques des Allemands, des Anglais, des Italiens, et surtout des Français , qui prirent aux expéditions d outre-mer une part plus constante et plus active qu'aucune autre nation européenne. Aussi quand les sa vans éditeurs du recueil des historiens de France furent parvenus au siècle qui vit naître les Croisades, et eurent jeté les yeux sur cette immense quantité de matériaux qui s'offraient de toutes parts à leur atlention ; ils sentirent d'abord la nécessité et formèrent aussitôt le plan d'une seconde collection , réservée exclusivement aux historiens originaux des Croisades. Dans celte collection ne devait pas seulement trouver place cette multitude d'auteurs

ides différentes nations, compris sous la même dénomination de latins, à cause de la langue qui leur est commune à tous; on se proposait d'y réunir les historiens orientaux, qui, à ce qu'il semble , ne cèdent guère à ceux ci en nombre et en volume; et quoique la fidélité de leurs écrits, en ce qui concerne les événemens des Croisades, ait paru suspecte à de fort habiles critiques, notamment au savant abbé Renaudot, on ne pouvait se flatter d'arriver à la connaissance entière de la vérité, sans avoir comparé les témoignages de ces auteurs avec ceux de nos historiens, sans avoir cherché à les éclaircir et à les concilier les uns par les autres : tel était l'objet de la collection nouvelle projettée par les religieux Bénédictins; et, pour en commencer l'exécution, un d'entre eux, dom Bertliereau, fut chargé d'extraire et de traduire, dans ; les écrivains orientaux, tout ce qui avait ' rapport aux expéditions des Francs. Ce travail était déjà fort avancé, lorsque la révolution vint en interrompre le cours, et fit avorter dans son principe un? entreprise qui devait procurer un monument de plus à la gloire nationale. Heureusement le fruit des veilles de dom

Bertlicrcau n'a pas été entièrement pcrdn: ses papins ont été acquis et doivent être déposés à la bibliothèque du roii^i); et maintenant que les compagnies savantes reprennent avec ardeur leurs anciennes études, il nous est perm s de concevoir l'espérance et d'exprimer ici le vœu que

(*) Georges-François Berlhereau, né "a Bélesme , le 29 mai 1732, était entré tort jeune dans la Congrégation de Saint-Maur: d'abord professeur de grec, d'hébreu, et des dialectes de cette dernière langue, à l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvaisj et ensuite a celle de Saint-Denis, il ne quitta la carrière de renseignement que pour être associé aux travaux des religieux de sa Congrégation, chargés de la collection des bistoriens de France. Choisi pour compiler les écrivains orientaux et rapprocher leurs récits des relations qui nous sont restées de l'histoire des Croisades, il quitta l'abbaye de Saint-Denis, vint étudier l'arabe à Paris, feuilleta tous les manuscrits de la bibliothèque du roi et de Saint-Germain-ib'S-r'rés. Les extraits puisés dans les ouvrages di s plus célèbres bistoriens orientaux, tels que Makrisy , Aboùl, Mahacan, Ibn - Elastyr , Chébad - Eddyn , Kéma-Al- Eddyn, etc., peuvent se diviser en deux classes, dont la première comprend ceux qui sont relatifs aux Croisades , et la seconde, ceux d'après lesquels do ni Berthercau devait tracer, en forme de prolégomènes , l'histoire des khalyfes Fathémytes et des sullhans Avoubytes, deux dynasties célèbres qui ont eu beaucoup de rapports avec les croisés. Tous les extraits de la première classe sont accompagnés d'une traduction latine. Les extraits de la seconde classe sont traduits en français, sans être accompagnas du texte.

l'académie des belles- lettres ne laisse pas plus long-tems interrompu et incomplet le travail entrepris par les savans Bénédictins dont elle a recueilli l'héritage.

Après plus de trente années consacrées a ce travail , le savant bénédictin eut la douleur de voir que ses matériaux ne pourraient être employés utilement. On ignorait alors que l'imprimerie royale possédât des caractères arabes, et le gouvernement n'était point disposé à faire les dépenses nécessaires pour la gravure des poinçons. Lorsque ces caractères furent retrouvés, sous le ministère de M. de Breteuil , trop de troubles agitaient l'état pour qu'on s'occupât d'entreprises littéraires. Tourmenté par les infirmité», par des alarmes continuelles sur l'avenir, même parles besoins de la vie, il succomba sous le fardeau des peines du corps et de l'esprit, le 26 mai 1794. M. Micbaud, de l'académie française, a obtenu de M. le ministre de l'intérieur la communication des manuscrits de dom Berthereau , qu'il cite très-souvent dans le cours de son bistoire des Croisades.

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