CHAPITRE VIL
JLiA princesse de Jérusalem était trop étrangère à cette paix qui régnait dans l'âme de Mathilde, pour qu'il lui fut possible de goûter le même repos. Les tourmens de l'orgueil et ceux d'une conscience effrayée, fermaient son cœur à ses sentimens de contrition , qui seuls soulagent etfortifient le pécheur abattu: plus irritée deshumilations que sa faute lui causait, que repentante de l'avoir commise, elle n'éprouvait que des remords arides et sans larmes, et une sorte de haine universelle qui s'étendait également et sur l'amant qui la méprisait , et sur la bienfaitrice qui consentait à la sauver, et sur le Dieu auquel elle s'était donnée, et sur celui qu'elle avait
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abjuré, et sur l'innocence de cette vierge qu'on lui préferait-, mais plus encore (et c'étai t là le pire de ses tourmeiis)sur ellemême, qu'elle ne pouvait s'empêcher d'accuser seule de l'état honteux où elle se voyait réduite. En vain cherchaitelle à se fuir, elle ne pouvait s'échapper ; la douleur de sa honte s'accroissait par le souvenir de sa célébrité , et cette nécessité irrévocable qui laliait à sa pensée et la forçait à vivre avec elle-même , la jetait dans des accès de désepoir, auprès desquels la folie et la mort eussent été de grands biens. Si quelquefois l'image de Malek Adhel venait la détourner de sa propre image , ce n'était que pour lui présenter un nouveau malheur; car non seulement elle se voyait dédaignée par l'homme auquel elle avait sacrifié le inonde et l'éternité , mais elle allait en
être séparée, et il allait y consentir
A cette pensée , la plus cruelle de toutes les pensées pour une âme que la passion brûle encore, l'infortunée Agnès qui , durant cette longue nuit, n'avait pu trouver un moment de sommeil , laissa échapper un cri si perçant et si doulou-,
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reux , qu'il retentit aux oreilles de Mathilde et l'éveilla en sursaut; elle se lève, regarde autour d'elle; le jour commençait à éclairer l'Orient de ses premiers feux; elle n'aperçoit rien; mais elle écoute d'où peut venir le bruit qui l'a frappée, et elle distingue de sourds gémissemens qui partent de la chambre d'Agnès : elle y court aussitôt, et là trouve debout , marchant à grands pas dans la chambre, pâle, éperdue, criant de douleur, mais ne pleurant pas. « Que me veux<tu, s'écria -t-elle, à l'instant qu'elle aperçut la vierge ? Pourquoi ton aspect angélique vient-il me présenter la vue de tout ce qui me manque, et accroître le trouble qui me dévore? — Vos plaintes sont venues jusqu'à moi , répondit Mathilde, j'ai cru que vous étiez malade, et j e venais vous offrir mes soi ns. — Malade, reprit Agnès en la regardant fixement: je le suis en effet, et beaucoup; mais que m'importent tes soins , penses-tu qu'ils me guériront? Ab! si tu veux soulager les horribles tourmens que tu me causes, rends-moi le cœur que tu m'as pris, rends-moi l'amour de
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Malet Adhel , rends-moi mon amant.
— Grâce au ciel , répondit la princesse en rougissant , le cœur de cet infidèle n'est point à moi et je n'en dispose pas.
— Que n'as tu dit vrai , interrompit Agnès, en lui saisissant la main avec une brusque vivacité, je donnerais ma vie pour le croire un instant; mais écoute, s'il te l'offrait jamais, ce cœur dont la possession est le premier bien de la terre et du ciel, ne l'accepte pas, car tu tomberais bientôt dans l'état où, tu me vois? Mais cet état affFeux dont mon âme est épouvantée , reprit doucement Malhilde , ne pouvez-vous pas en soi tir? ne ponvez-vous pas fuir le prince?
— Le fuir! que dis-tu? fuir Malek Adhei! non, je ne le puis pas; non, je ne puis m'arracher aux délice3 de son amour; si tu savais quelle félicité je goûtais à oublier près de lui ma patrie, ma famille, mes crimes et mon Dieu même!... Tu frémis, Mathilde ; et jajeais tes oreilles n'ouïrent de pareils forfaits. Eh bien ! tu ne sais pas tout encore; non , tu ne sais pas jusqu'à quel excès d'impiété l'amour a pu m'entraî-
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tier. J'ai désiré l'anéantissement de l'empire du Christ, parce qu'il peut s'élever contre celui de mon amant -, j'ai désiré voir cet amant régner seul sur tous les rois et les mondes enchaînés ; j'allais le suivre à l'armée , combattre contre la cause que je soutenais autrefois, et, pour défendre une tête adorée , lever l'épée contre mon propre sang et le Dieu de mes pères... Enfin, dans ce moment même, quand Guillaume m'ouvre la voie du repentir et que mon ingrat époux m'abandonne et me hait , l'idée de le fuir, de m'en séparer à jamais, est plus terrible à mes yeux que celle de ma damnation éternelle... Et toi, barbare fille , auteur de tovis mes maux, laissemoi , et va dire à ton archevêque que je ne veux point d'un ciel qui n'a point l'amour de Malek Adhel à m'offrir. »
Pendant tout ce discours , Mathilde était demeurée immobile et tremblante; l'expression d'une passion aussi effrénée lui faisait horreur ; incapable de répondre uu seul mot à des discours si nouveaux pour elle, impatiente de s'affranchir de la honte de 1rs écouter, elle ne
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pouvait se résoudre pourtant à laisser Agnès seule en proie à son affreux délire : cependant elle sortit pour appeler se* femmes et les envoya auprès d'Agnès en ettendant qu'elle eût pu faire avertir le pieux Guillaume de l'état de la fille d'Amaury. Aussitôt qu'il en fut instruit, il vint; Mathilde,le sachant dans le palais, accourut à sa rencontre, et lui dit : « Mon père , la princesse de Jérusalem est fort mal, je ne sais quelle fièvre l'agite; mais sa raison est entièrement perdue , car elle ne parle que des ravissemens du crime, des délices de l'impiété , et Malek Adhel lui semble préférable à Dieu même... — Arrêtez, ma fille, répondit Guillaume, qu'une bouche si pure ne s'ouvre point pour répéter de pareils discours : tâchez même de les effacer de votre esprit , et gardezvous de tenter jamais de les comprendre. Maintenant , allez trouver la reine, commencez avec elle vos saintes lectures, et ne revenez point dans votre appartement avant de m'avoir vu? « A ces mots, Mathilde s'éloigne, elle marche toute rêveuse et s'efforce d'obéir au
prélat enjne cherchant point à comprendre quel est l'étrange bonheur qu'Agnès peut goûter au sein du crime; elle va dans l'oratoire, la reine n'y est point; elle passe dans sa chambre et ne l'y trouve pas; enfin elle entre dans le grand salon de jaspe , et c'est là que Bérengère est assise sur une pile de carreaux , devant une table élégamment servie et entourée d'une foule de jeunes esclaves chargées de corbeilles de fleurs. « Ma sœur, s'écrie la reine, en la voyant , le prince vient d'arriver à Damiette , il va venir incessamment nous donner des nouvelles de l'armée ; et eu attendant, il nous envoie ses femmes nous amuser parleurs jeux : venez vous placer près dejnoi et prendre partà ce divertissement. « A ces mots , la princesse rougit, son cœur palpite, elle s'assied et garde le silence : les jeunes eselaves commencent à danser au son des castagnettes , du cistreet du tambour de basque; mais il y a dans leurs chants et surtout dans leur maintien, une sorte de molle volupté quiagile lareineetalarme la vierge : elle détourne les yenx d'un
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spectacle dont sa pudeur est offensée; et , pour cesser de le voir , elle se lève , s'approche d'une croisée , entr'ouvre la jalousie, et là, enchantée de l'éclat du ciel, de la beauté de la verdure et du charme que répand dans l'air la fraîcheur du matin, elle cède au vif désir de faire une promenade solitaire, et descend dans les jardins du palais.
Elle suit le cours d'un ruisseau qui serpente sur un sable fin , bordé d'une haie de roses et de citronniers : insensiblement les arbustes s'élèvent , s'épaississent , elle se trouve au milieu d'un bois où mille routes se croisent et lui font perdre la première qu'elle a suivie: prenant au basard celle qui se présente , elle s'égare de plus en plus,; et cependant j ce lieu est si beau , tant d'oiseaux y chantent, tant de fleurs le parfument , des eaux si claires le rafraîchissent, que la vierge en se voyant seule s'émut , mais ne s'effraya pas. Bientôt, fatiguée d'avoir autant marché , elle s'assied sous un berceau de jasmin et de platanes , bientôt la paix silencieuse de celte solitude ramène le calme dans
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son cœur ; le souvenir d'Agnès s'affaiblit , et avec lui l'effroi de ses discours impies; des pensées douces, tranquille»
comme le lieu où elle se trouve', succèdent à l'agitatiou j et , vaincue insensiblement par les charmes de cette touchante nature , dont il semble qu'on ne puisse approcher sans devenir meilleur, Mathilde se laisse aller à <.elte sorte de vague rêverie où l'imagination , errante sur plusieurs objets , les quitte , les reprend , ne se fixe point , parce que chacun l'attire , et se plaît avec tous, sans avoir à rougir d'aucun.
Au sein de cette retraite si belle , de cet état d'abandon si nouveau et si doux au cœur d'une vierge de seize ans , qui, pour la première fois de sa vie , se trouve seule dans des bocages de parfums et de fleurs , les heures ont fui rapidement , la matinée s'est presque entièrement écoulée , et le prince s'est rendu chez la reine. Etonné, chagrin de n'y point trouver Mathilde , il veut savoir où elle est, et s'il lui sera permis de la voir. Bérengère l'envoie chercher , elle n'est pas dans son appartement. Guillaume,
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qui y est toujoiirs rrslé avec Agnès, quitte aussitôt sa pénitente, vient dire à la reine que Malhikle n'a point paru chez elle , et demande ce qu'elle est de- Tenue. Bérengère ne peut le satisfaire; elle n'a point vu sa sœur descendre dans les jardins. Cette absence alarme l'archevêque; il regarde le prince d'un œil soupçonneux ; mais pour s'apercevoir de sa défiance , Malek Adhel est trop occupe de la princesse; il demande, il s'informe, il interroge tout ce qui l'entoure avec une agitation qui révèle assez combien tout son cœur est dans cet objet. Bérengère se souvient bien que sa sœur s'est assise auprès d'elle, mais seulement quelques minute* ; qu'est-elle devenue ensuite ? elle ne le sait point. Cependant, après bien des efforts, elle croit se rappeler l'avoir vu ouvrir une des portes du jardin , et aussitôt elle veut aller elle-même l'y chercher; mais elle est bientôt devancée par le prince ; heureux de l'espoir de trouver la princesse seule , il s'élance rapidement: le désir , l'émotion lui donnent des ailes. Il connaît tous les détours de
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l'épais labyrinthe , et les a parcourus en un instant •, à la fin il vole vers le bocage de jasmin , il entrevoit le vêtement blanc de la vestale , et la seule vue de cet babit lui cause un plaisir plus vif qu'il n'en éprouva jamais. Mathilde a entendu le bruit des feuilles qu'il froisse sous ses pas , elle s'est levée, l'a reconnu -, aussitôt le récit de l'archevêque et l'état de la fille d'Amaury sont revenus à sa mémoire. Le coeur plein de trouble et d'effroi , elle fuit précipitamment en s'écriant: « O mom Dieu, préservez-moi de ce fils du démon , de ce redoutable infidèle , dont le bras terrasse les chrétiens , et dont les trompeuses paroles ont perverti la malheureuse Agnès ! » Et , à cette pensée , elle s'éloigne plus vite encore ; mais â quoi lui sert de fuir avec tant de promptitude , si ce n'est à montrer sa frayeur et son zèle; car la course d'une vierge timide , qui a passé sa vie dans une étroite clôture , ne la sauvera pas longtemsde la poursuite d'un guerrier tel que Malek Adhel. Sûr de l'atteindre quand il voudra , il s'arrête et la rc-
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garde courir -, c'est vraiment pour l'éviter qu'elle presse ses pas -, il le voit , et cette résistance qu'on ne lui opposa jamais l'enflamme davantage encore; il part à son tour , la flèche dans les airs pourrait à peine le suivre ; il est auprès de la princesse , il la touche , il la saisit par son habit , il voudrait la presser dans ses bras , et pourtant il n'ose le faire -, si la divine beauté de la princesse l'attire, la dignité de sa contenance le retient. Emporté par des désirs impérieux qu'il ne combattit jamais , souverain de ce palais , maître de tout oser , n'ayant qu'à vaincre la faiblesse d'une jeune fille pour parvenir au comble de ses vœux , un sentiment indéfinissable , une sorte de respect que jusqu'à ce jour il n'avait éprouvé qu'à l'aspect de son père ou dans le temple de Mahomet , le fait tomber aux genoux deMathilde. Pour la première fois le superbe Arabe se voit prosterné devant une femme , et il n'en rougit point ; car il croit sentir la présence d'une divinité. « O vous ! lui dit-il , qui faites de moi un nouvel être , fille
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du ciel , angélique beauté !..,... vous,4 qui surpassez tout ce que j'ai vu de beau en ma vie , qui m'embrasez d'un feu ardent que je n'ose satisfaire , et dont je crains presque de vous parler vous , qui disposez déjà de ma
volonté et de ma vie , où avez-vous pris votre puissance? » A ces paroles passionnées , Mathilde pressa contre son sein le reliquaire de l'abbesse en levant les yeux au ciel , et fit de nouveaux efforts pour s'échapper; mais le prince ne le permit pas. « Où voulezvous aller , s'écria- t-il, en pressant entre ses deux mains la main délicate de la princesse ? pourquoi me fuir avec tant d'obstination? que craignez vous de moi? me voyez- vous donc avec horreur ? » En parlant ainsi , il la regardait avec des yeux si tendres , l'amour donnait tant d'expression à ses traits déjà si beaux , que l'ingénue Mathilde , qui deptiis sa naissance n'avait jamais déguisé sa pensée , ne put pas lui dire qu'elle le voyait avec horreur; elle répondit seulement, et en détournant la vue: « Dieu m'ordonne de fuir ses en-
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tiemis. — Et ce Dieu cruel vous ordonne-t-il aussi de haïr ceux qui vous adorent? — Je dois haïr ceux qui le méconnaissent. — Oh ! non , mille fois non , interrompit-il en pressant contre ses lèvres la main de Mathilde, vous ne suivrez point une loi injuste , cruelle ; vous vous laisserez toucher par le feu qui me hrûle , vous vous livrerez à l'amant qui vous abandonne et son sort et sa vie; je le jure, jamais l'Angleterre ne vous reverra dans son sein !
plutôt mourir que de me séparer de vous. » A ce serment terrible, Mathilde crut se voir enlever à la fois sa patrie sa famille, son couvent , et le salut éternel que lui assuraient ses vœux:
épouvantée des projets du Sarrazin , elle arrache sa main d'entre les siennes, l'enveloppe dans les grandes manches de son habit, baisse son bandeau de lin sur son front; et aussi confuse qu'effrayée des discours du prince, elle répond du ton le plus sévère : « Je suis destinée à l'honneur d'être une des épouses de Jésus-Christ ; c'est pour mieux mériter un si glorieux titre que
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je suis venue en Palestine adorer son tombeau-, mais c'est en Angleterre que mon cloître m'attend et que mes vœux m'appellent ; rétractez donc un serment impie , sacrilège , rendez-moi la liberté que vous m'avez ravie, et, pour récompense , Dieu consentira peut-être à ouvrir vos yeux à ses éternelles clartés. » A ce langage , Malek Adhel reconnaît cette foi vive , cette piété ardente qui distingue tous les enfans du Christ ; il sent bien que le tems et ses soins pourront seuls changer le cœur de la princesse -, et comme déjà il ne veut que ce qu'elle veut; qu'il détesterait un bonheur qu'elle ne partagerait pas , loin de la contraindre , il se soumet et dit : « Fille de l'innocence , qu'ordonnez- vous et qu'exigez-vous de moi ? esclave de toutes vos volontés , il n'est rien que je ne veuille souffrir pour vous plaire et vous obéir. » Mathilde est trop pure pour apprécier toute l'étendue d'un pareil sacrifice ; mais à l'air, à l'accent de Malek Adhel, elle soupçonne qu'il a dû. lui coûter beaucoup ; son cœur est touché , ses regards
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s'attendrissent, sa voix s'adoucit , et elle répond avec embarras : « Je vous en prie , conduisez-moi vers la reine. » Le changement de Mathilde n'a point échappé au prince ; il voit que s'il y a pour lui un moyen de toucher eette belle chrétienne , ce ne peut être qu'à l'aide d'une grande réserve et d'une parfaite soumission : aussi n'hésite-t-il pas un moment à lui obéir. « Venez par ici , lui dit-il en lui monlrant une autre route; celle-ci conduit plus directement au palais. » Elle la prend aussitôt et suit le prince en silence.
Quelquefois il se retourne pour la voir, il l'arrête , il soupire ; alors la craintive Mathilde se recule doucement, baisse les yeux vers la terre , avance sa main pour se cacher aux regards du prince, mais ne peut lui dérober l'expression de cette pudeur qui se répand sur sa physionomie et sur son maintien , de cette pudeur qui est la plus touchante des grâces , la plus puissante des forces que le ciel ait données à la femme, et qui sait inspirer le respect en même tems qu'elle augmente l'amour. En la
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voyant si belle , Malek Adhel contient avec peine la flamme qui s'élance de son sein ; mais il la contient, car en ce moment la beauté de Matbilde est presque celle d'un ange ; il précipite ses pas pour échapper plutôt au danger de faire éclater des transports qui pourraient aliéner le cœur qu'il veut absolument obtenir; le, combat de ses désirs pvésens et de ses projets futurs l'agite avec violence ; il .marche plein d'émotion, mais il en connaît parfaitement la cause ; il sait bien ce qu'il veut , ce qu'il attend, ce qu'il espère, au lieu que Mathilde est troublée sans savoir le motif de son trouble, sans savoir même qu'elle en éprouve ; et s'il se passe quelque chose dans son cœur , elle ne le voit qu'à travers ce voile épais que l'innocence tient toujours devant les pensées d'une vierge pour i'empêcber de distinguer ce que la modestie ne lui permet pas de savoir.
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