‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 4)Chapitre 17 sur 21 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

IjEprince etMathilde enrent bientôt atteint la lisière dubois;alorsilsaperçurent la reine qui venait au-devant d'eux, et près de la porte du palais l'archevêque quiles attendait;son regard étaitgraveet sévère, et en embrassant la reine, Matliilde ne puts'empêcber de rougir; comme elle ne pourrait sans une grande confusion avouer tout ce qui s'est passé entre elle et le prince, elle s'inquiète intérieurement d'avoir quelque chose à cacher; il lui semble que toute pensée qu'on n'ose dire est une pensée réprchensible, et prenant la honte de la pudeur pour le remords d'une faute, elle croit déjà trouver sa punition dans l'embarras si nouveau que lui cause la présence de l'archevêque.

Bérengère fait quelques questions à sa sœur ; mais bi entôt l' in térêt qu'elle y met disparaît devant un intérêt plus puissant -, elle n'a pas eu le tems le matin de parler de son époux au prince; tout occupé de Mathilde, il ne l'aurait pas écoutée; maintenant elle espère obtenir plus d'attention , et approchant de lui , les yeux pleins de larmes , elle dit : « Ne pourriez-vous me donner quelques nouvelles de l'armée de Ptolémaïs ? ô noble Malek Adhel ! n'avez- vous rien à m'apprendre sur Richard? Hélas ! ma vie est dans votre réponse. « Le prince allait la satifaire -, mais il en est détourné par la vue d'un chevalier qui paraît s'avancer verseux aveeprécipitation. MalekAdhei s'étonne, et dit à la reine : « Quel est le téméraire, madame, qui ose entrer dans vos jardins et à cette heure-ci sans vos ordres? « L'archevêque a reconnu Josselin de Montmorency ,et le nomme au prince.

Malek Adhel répond alors : « Ce nom illustre est venu souvent jusqu'à moi à côté de celui de tous les rois de l'Europe, et entouré d'une réputation de vaillance et de gloire à laquelle peu

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de souverains peuvent prétendre; mais ce nom , tout grand qu'il est, et quelle que soit la valeur de celui qui le porte, n'excuse pas son audace. « Alors il s'avance vers Josselin qui n'était plus qu'à quelques pas, et lui dit fièrement :

« Présomptueux chevalier, ne t'est-il pas défendu d'entrer dans ses jardins sans la permission de la reine d'Angleterre?

Te l'a-t-elle donnée , et si elle ne l'a pas fait , pourquoi viens-tu ici ? Ne sais-tu pas qu'une telle hardiesse mérite un grand châtiment ? — Prince , répondit Josselin avec une froide dignité , quand Richard remit son épouse et sa sœur sous la garde de tous les chevaliers qui sont à Damiette , nous lui jurâmes de les défendre jusqu'à la dernière goutte de notre sang : tout à l'heure, en me présentant chez la reine, j'ai trouvé tous les chrétiens en rumeur ; j'ai appris que la princesse Mathilde était perdue dans ces vastes jardins , qu'elle y courait des dangers.... — Et quels dangers pouvait-elle courir en ces lieux, interrompit le prince avec impatience? — Il m'importait peu de le savoir, reprit

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Josselin, ilme suffisait d'apprendre qu'ils existaient , et qu'ils menaçaient la princesse , pour me faire voler à son secours , en dépit de tous les obstacles et sans calculer à quels périls je m'exposois. « Aces mots la grande âme de Malek Adhel fut émue ; serrant la main du chevalier avec affection , il lui dit : « Brave Montmorency,ne crainsrien; sans doute la reine ne punira point ce qu'elle admire, mais apprends que moi aussi je suis chevalier comme toi : Hugues de Tibériade m'a chaussé les éperons , et j'ai juré entre ses mains de protéger la beauté , l'innocence, l'infortune, au péril de mes jours; ne t'inquiètes donc plus du sort de la princesse d'Angleterre, c'est moi qui veillerai sur elle maintenant : moi seul , entendstu? Tout en rendant justice à ta valeur , je crois que la mienne lui sera, d'un aussi utile secours , et c'est au pied de celte fille divine, enjprésence desa 6œur , de ce saint prélat et de toi-même, que je la prie de me regarder désormais comme son plus dévoué chevalier et son seul défenseur. — Je doute, reprit vivement Montmorency, que toute prisonnière

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qu'est la fille des rois dans ce palais , elle veuille en accepter le maître pour serviteur. — Elle ne le peut comme chrétienne,ajouta l'archevêque. — Et moins encore comme sœur , répondit la reine.

O prince magnanime ! considérez vousmême si Matbilde peut accepter la protection de celui qui, un jour peut-être versera le sang de son frère et de mon époux? — Et si je vous jurais, madame , répartit Malek Adhel, de ne jamais tourner mais armes contre cet époux si chéri , de veiller moi-même sur ses jours, de respecter enfin le frère de Mathilde à l'égal de mon propre frère ; à ce prix ne consentiriez-vous pas à voir la princesse souscrire à ma prière? « Bérengère ne peut croire ce qu'elle entend , elle ne peut croire que ce bras formidable, non content d'épargner son époux, se lève pour le défendre. Malek Adhel répète sa promesse, et alors , dans l'effusion de sa reconnaissance , elle bénit ses fers , elle aime l'esclavage qui lui a donné les moyens d'attendrir Malek Adhel en faveur de Richard, a Je ne sais, interrompit amère-

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ment Montmorency , si ce grand roi ne s'offenserait pas de voir votre majesté invoquer pour lui la générosité de Malck Adhel. Quelle que soit la valeur de ce guerrier, je me trompe fort où l'illustre Richard craindrait bien moins ses armes que sa pitié , et tout nos chevaliers s'étonneraient beaucoup, madame, de voir une reine chrétienne mettre moins de confiance dans leur zèle que dans la protection de leur plus grand ennemi. »

Mathilde penche doucement sa tête sur Tépaule delà reine, et lui dit que la réponse de Montmorency luf paraît juste , noble , et qu'elle doit en être touchée. MalekAdhel l'entend et se trouble; il la regarde, elle paraît émue. Cependant Montmoi'ency à genoux près de la princesse, la contemple avec enthousiasme., et la remercie avec transport de l'approbation qu'on vient de lui donner. A cette vue , MalekAdhel contient à peine les terribles soupçons qui commencent à l'agiter ; tous lui disent que Montmorency est cher à Mathilde ; aussitôt mille projets violens se présen-

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tent à son esprit ; tous lui disent de se défaire de sou rival. Assurément il le punira , mais comme sou coeur généreux sait punir : « Montmorency , lui dit-il, une âme où l'honneur règue comme dans la vôtre doit s'indigner d'être loin des combats: retournez-y, je brise votre chaîne ; allez dire à vos maîtres que je ne les crains guères, puisque j'ose vous rendre à eux. « A ce discours , Josselin demeure interdit; il ne peut se résoudre à recevoir un bienfait d'un infidèle, ni à s'éloigner de Malhilde ; il refuse le don de sa liberté; il a juré à Richard de ne-point quitter les princesses, et à moins qu'elles ne le dégagent de son serment, au prix de tout son sang il le tiendra. Malek Adhel , avec une grande vivacité , demande à la reine si elle s'oppose à ce que Montmorency aille parler à Richard. Bérengère assure qu'elle se croirait coupable de priver Richard etles chrétiens d'un si valeureux défenseur .

Josselin n'a plus qu'un espoir : il s'adresse à Matliilde ; il la conjure de ne pas la renvoyer aussi ; serait-ce là le prix dont elle paierait le pur zèle qui l'anime, i. i3

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zèle qui lui ferait sacrifier sa vie sans demander même un regard pour récompense. L'impétueux Arabe ne peut le laisser achever, il se préepite aux genoux de la princesse , il s'écrie : « Malhilde , je vous promets un dévouement aussi pur, une reconnaissance sans bornes -, songez aux droits immenses que le titre de votre chevalier vous donnera sur moi, et à tout le bien que mon obéissance vous permettra de faire à vos suit ts, vos amis et vos frères. » 11 se tait alors et attend en silence la réponse de la princesse. Montmorency l'attend comme lui , et lous deux attachent sur eile des regards supplian.s qui lui demandent avec instance quelques mots favorables. Matbikle baisse les yeux vers la terre ; l'embarras, l'émotion, l'incertitude,^ se peignent sur son visage ingénu ; elle ne sait que résoudre , et pleine de méfiance en elle-même , elle demande des secours à la sagesse de l'archevêque : « O mon père ! lui dit-elle , guidez-moi, apprenez-moi ce qu'il faut faire. — Ma fille , répond Guillaume, le bras de Montmoiency peut êfre trop

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utile à l'armée pour qu'il vous soil permis de le retenir ici ; mais si le devoir vous ordonne de le dégager de son serment, il vous ordonne plus encore de refuser les services d'un prince qui, tout grand , tout magnanime qu'il se montre , n'en est pas moins l'ennemi le plus redoulable de votre frère et de votre Dieu. Mou enfant, continua-t-il avec un pieux enthousiasme , qu'avezvous besoin du secours desliommes? Ah!

conservez seulement la piélé qui règne dans voire âme , et , malgré la faiblesse de votre sexe et de votre âge , vous serez armée d'une force qui vous élèvera audessus de tous les secours humains. — M6n père , répliqua Mathilde , vos paroles viennent du ciel , je les crois . je les adore, elles seront ma loi. « Alors se retournant vers Josseliu avec une touchante dignité, elle lui dit: « Baron de Montmorencv , le chemin de la gloire vous est ouvert; je ne Vous retiens point ; partez pour l'armée ; allez verser voire sang pour cette cause saints et sacrée, qui est la cause de Dieu même, et qu'il vous appelle à soutenir ; vous

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raconterez nos infortunes à mon frère ; vous demanderez aux chrétiens des prières pour notre délivrance-, mais, ajouta-t.elle en rougissant, il faudra, pour les rassurer, leur dire toutes les vertus du maître de qui nous dépendons; il vous sera facile de les peindre : parler de loyauté et d'honneur, c'est pour un Montmorency parler sa langue naturelle. » A ce doux langage, le fier Josselin fut prêt à s'attendrir-, pour cacher son émotion, il se courba vers la princesse , el prit lehas de sa robe qu'il baisa respectueusement; mais sentant que son trouble augmentait . il baissa la vîsière de son casque, s'inclina devant la reine, salua le prince, l'archevêque, et se hâla de se retirer. Après son départ , Malek Adhel demeura rêveur et préoccupé; débouta sa place , il semblait ne rien voir de ce qui l'entourait. La reine, fatiguée de son silence, s'assit sur un banc de gazon , Mathilde se plaça près d'elle. Cependant Guillaume médite en lui-nii me les moyens d'obtenir aussi du prn.e la liberté' de la fille d'Amaury ; sans doute il craint d'interrompre Ma-

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Jek Aclhcl , mais il craint plus encore de remettre au lendtmain une bonne aclion qu'il peut faire le jour même ; entraîne par la charité , il se détermine à parler au prince : il lui peint les remords d'Agnès , le désir qu'elle éprouve d'aller expier son crime au fond d'un de ces asiles où la pénitence austère pleure jusqu'à la mort-, il espère que le noble Malek Adliel ne s'opposera point au seid moyen de salut qui reste à une pécheresse qui n'a été coupable que pour lui. Le prince étonné lui demande s'il sait ce qu'Agnès est devenue? Bérengère alors prend la parole, i\icontc par quels, moyens la fille d'Amaury a quitté le sérail, et finit par demander sa liberté. Malek Adhel lui répond : « Puisque cette princesse a choisi une si respectable protectrice, madame, je remets sa liberté en vos mains , et vous laisse l'arbitre de son sort. Père des chrétiens , ajouta- 1 il, en s'adressantà l'archevêque, vous le sa vez, ce n'est point moi qui ai séduit Agnès; sans doute elle était trop belle pour que je n'acceptasse pas sou amour ; mais pour lui donner le mien j'estimais

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trop peu son caractère , et l'espèce de gloire qu'elle s'était acquise la rendait encore moins aimable à mes yeux : non, une femme que j'avais vue se couvrir de sang et n'être pas seulement émue , ne pouvait pas toucher mon cœur-, il lui fallait à ce cœur , qui n'avait point aimé encore, une beauté timide et modeste ; il fallait à mon respect un objet pur et vertueux ; il fallait enfin à mon amour ce qui est unique dans le monde, ce qui ne s'est montré qu'une fois aux regards des hommes, ce qu'un seul mot

réunit et exprime, il me fallait »

L'archevêque se hâta de l'interrompre :

« Seigneur , lui dit-il , que décidez- vor,3 pour la fille d'Amaury ? — Madame, répondit le prince en s'adressant à Bérengère, je vous remets tous mes droits sur elle , veillez sur sa conduite ; vous serez désormais son appui et sa seule famille , car elle vient de perdre la sœur

qui lui restait ; Sibylle n'existe plus

— Qu'enlends-je ? s'écria l'archevêque -, Sibylle n'existe plus ! Que deviendra Lusignan, quel parti va-t-il prendre en perdant une épouse qui le dépouille de

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tous ses ilroits à la couronna de Jérusalem?—Je crois , reprit Malek Adhcl en souriant, que la valeur de mon fir re les lui avait mieux enlevés encore.. »

Alors il ajouta quelques détails sur la situation des chrétiens; il dit que ta perle de Sibylle n'avait pas rendu Lusiguan plus sage, qu'il s'obstinait toujours à se i*egarder comme roi de Jérusalem ; mais que ses patentions, quoique appivyées par H ieûard , n'en obtiendraient pas plus de succès. 11 parla aussi de la division qui s'était élevée entre le roi d'Angleterre et Philippe-Auguste, et des diverses fictions qui déchiraient le camp des croisés.

A ce récit , l'archevêque soupira amèrement sur les malheurs, et plus en ocre, sur les fautes de ses Frères, et il osa demander au prince de permettre qu'il chargeât Montmorency de quelques conseils par écrit, propres à ramener lu paix parmi les croisés. Le prince n'eut pas le courage de refuser un homme pour lequel il avait une si profonde vénération; il s'excusa même de ne pris faire davantage. « Je ponirais vou* lais-

sot partir avec Montmorency, lui ditil , mais je connais si bien la supériorité de vos talens et l'ascendant de votre sagesse, que je ne puis douter de leurs effets sur l'esprit des chrétiens : vous donner les moyens d'apaiser leurs divisions, divisions si utiles à notre empire, ne serait-ce pas une perfidie envers mon frère? » Guillaume sentit trop la justesse de cette observation , pour essayer de la détruire; d'ailleurs Mathilde lui semblait entourée de tels dangers, qu'eùtil été libre de la quitter le jour même, il eût hésité à le faire : depuis l'instant où elle avait reparu avec Malek Adhel, il l'avait regardée plusieurs fois attentivement, sans avoir pu retrouver sur sou visage le calme paisible et la douce sérénité qui faisaient le caractère habituel de sa physionomie. Il était impatient de l'interroger et de savoir d'elle-même tout ce que le prince avait' pu lui dire : il lui lit un signe, elle se leva à l'instant , et la reine qui désirait soulager son coeur en envoyant à son époux de longs détails de son amour et de ses souffrances . demanda aussi

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au prince la permission de le quitter.

Il s'inclina devant elle, l'accompagna jusqu'à la porte de son palais en regardant toujours Mathilde , et se retira dans le sien.

Bérengère courtaussitôt se renfermer dans son cabinet , et la princesse marche vers l'oratoire , non sans être émue en voyant que Guillaume la suit. Elle désire, elle veut, mais elle craint de lui avouer les torts qu'elle se reproche : cependant à peine sont-ils seuls , que , l'àme remplie d'une profonde humilité, elle tombe aux pieds de l'archevêque et lui dit : « Mon père ! quel aveugle empressement m'a poussée hors de mon cloître , pour me faire voir ce qui m'était si nuisible de connaître?

Pourquoi suis-je venue apprendre dans ce fatal pays , qu'il se trouve des crimes parmi les chrétiens , et des vérins chez les infidèles? Ma fille, lui dît Guillaume , la Providence se plaît quelquefois à orner un idolâtre des plus brillantes qualités, afin de montrer qu'en ayant tout aux yeux du monde , il n'a rien aux yeux de Dieu , s'il ne possède la

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vraie foi ; et si en d'autres tems celte même Providence permet aux chrétiens de tomber dans de grandes erreurs, c'est pour manifester la puissance de cette reli gion pleine d e pardons, qui a toujours le sang du Christ tout prêt pour racheter le péché de ses enfans. Mais, ma fille , pourquoi toutes ces questions ? que se passe- t-il dans votre âme ? elle semble oppressée par une pénible agitation ; la rougeur de la honte couvre votre front; quelle est donc la pensée qui peutfaire rougir Mathilde? »

A ces mois , la princesse cache son visage contre la robe de l'archevêque , elle verse des larmes et répond d'une voix tremblante : « Mon père , le Sarrazin m'a surprise dans ses jardins, il m'a dit qu'il m'aimait, il a porté ses lèvres impures sur ma main ; dans le trouble de mes esprits, je ne songeais pas d'abord à la retirer, et quand je l'ai fait, mon père, je l'ai fait sans horreur. » En écoutant cet aveu , l'archevêque se garde bien de montrer de la sévérité ; mais il questionne adroitement sa jeune pénitente , il sonde

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iu fond de son cœur , pénètre dans :haque repli , y poursuit , y surprend a (race fugitive d'une émotion récente, ?t ne peut méconnaître que Malek ^.dhel en est le seul auteur. Cependant s'il est vrai que ce sentiment ixiste , il est encore si faible que Guillaume s'en alarme peu; et comme il voit des moyens d'en arrêter facilement les progrès , loin de croire nécessaire d'instruire Mathilde de ce qu'il soupçonne, il veut lui cacher ce qu'elle éprouve, il veut que l'idée de pouvoir aimer un infidèle lui demeure à jamais inconnue , parce qu'il pense qu'il est des sentimens qui doivent toujours être regardés comme impossibles à l'innocence. Ainsi , sans parler à la princesse des dangers auxquels la faiblesse de son cœur pourrait l'exposer, il lui peint seulement ceux qui entourent une jeune fille qui ne vit point dans une retraite austère. » Quand on ne rend compte qu'à soi-même de ses actions , lui dit-il , et qu'on ne vit pas sous la sévère discipline du cloître , on se relâche d$ns la pratique des de-

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voirs , on se permet des satisfactions qu'on croit innocentes , et qui , par les circonstances qu'elles entraînent , prouvent qu'elles ne le sont pas. Au lieu ds vous rendre hier avec la reine dans le berceau d'orangers, si vous n'eussiez pas quitté cet oratoire , l'esclave d'Agnès ne vous aurait pas rencontrée, et vous ignoreriez encore une honteuse histoire, dont j'aurais voulu ne vous parler jamais -, et ce matin , quand vous avez été tentée par le désir daller vous promener seule au milieu des vastes jardins du palais , si vous aviez eu le courage de lui résister et de venir vous enfermer ici , le prince ne vous auroit pas trouvée: Mathilde, vous êtes jeune, vous êtes belle; pleurez sur ces avantages qu'un monde insensé aime et admire , et que le fidèle craint et méprise -, car ils exposent à de tels dangers , et entourent de tant d'occasions de faillir , que la fragilité humaine ne peut s'en garantir que dans le sein d'une profonde retraite. « La princesse , à ces mots , se prosterne , et promet une entière obéissance. Après

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un moment de repos , l'archevêque continue ainsi : et surtout, ma fille , ne regrettez jamais un monde dont les biens ne sont qu'illusions , les grande ers que songes , et les plaisirs qu'impostures; un monde où la joie la plus sensible se change tout à coup en tristesse aiiière , et où le plaisir du soir nous afflige le matin : regrettez encore moins ces sentiment passionnés dont vous entendez souvent vanter les délices , et qui toujours perdent sans retour ceux qui les éprouvent : tel est Feffet de tout amour divin , ma fille, il entre doucement dans lame , mais quand il y est entré, il blesse et donne la. mort.

Exaltée par tout ce que Guillaume venait de lui dire , Matbilde aurait pu r à la suite de cette conversation , être exposée aux plus dangereuses tentations , et rencontrer même le prince sans risquer seulement d'être émue ; elle rentra dans sa chambre dans une disposition bien plus paisible qu'elle n'en élait sortie le matin. Agnès n'y était plus , Malefc Adhcl lui avait fUit i. \\

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préparer un logement particulier auprès de celui de Bérengère,sou9 la condition expresse de n'en sortir qu'avec la reine. Mathilde fut bien aise de ne la plus trouver, car elle avait besoin de solitude pour repasser tranquillement dans sa pensée tous les événemens du jour -, elle se promena en silence dans la chambre, méditant sur tout ce qu'elle avait entendu; elles'arrêta près du siège où Agnès avait exhalé tant de plaintes quelques heures avant ; elle frémit au souvenir des désordres de cette amc malheureuse , et appliquant à cette triste histoire une partie des paroles de l'archevêque , elle leva ses beaux yeux au ciel , et finit la journée en répétant plusieurs fois avec un accent tendre et douloureux : « Tfl est l'effet de tout amour humain , il entre doucement dans l'âme ; mais quand il y est entrc; il blesse et donne la mort. »

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