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Ja capitale; mais elle changea de for! une sans changer de caractère : modesle au milieu de Topulence, comme elle l'avait été sous le loit paternel , elle conserva toutes ses habitudes ; les illusions du monde ne trouvèrent plus de place dans ce cœur tout plein des plus douces affections de la nature : c'est vainement que le monde lui apparut au milieu de toutes ses séductions, armée contre lui des plus nobles préventions , elle resta insensible à tous ses charmes : son œil pénétrant voyait déjà au travers du prisme qu'on lui présentait, le mensonge des discours et des actioiis : comblée des faveurs de la fortune, elle ne se permettait que le luxe de la bienfaisance. Etre riche était pour elle le bonheur de répandre des bienfaits.: avec quelle seciète abondance elle les distribuait ! elle s'était fait des indigens une famille intéressante qu'elle conso'ait de ses pU urs et de ses largesses.
En cédant à l'impulsion de son cœur, elle croyait n'obéir qn^à la voix du devoir. Ce n'était qu'au milieu des ombres du mystère que ses bienfaits arrivaient jusqu'à l'indigence : faut elle soupçonnait peu que la bienfaisance pût èfre jamais vaniteuse. Partagée entre l'étude et les devoirs
de la société, ce n'était qu'à regret qu c'Ie donnait à ceus-ci ce qu'elle ne pouva; L pas consacrer à l'autre. C'était un sacridce qu'elle faisait de ses goûts à ses devoirs.
Riclie des bénédictions du pauvre, riche du bonheur de son époux, elie n'avait que des actions de grâces à rendre à son lieureuse destinée, quand elle lut lout à coup précipitée de la joie dans la plus profitnde douleur. La mort lui enleva >on époux.... C'était le lenis où la France, i vrée à toutes les horreurs de l'anarchie révolutionnaire, p'eurail la fin tragque de ses meilleurs citoyens : seule avec son désespoir, au milieu (îe ce deuil général de la patrie, elle donne aux mânes de son époux les restes d'une douleur qu'avaient déjà épu sée les malheurs publics. Son caractère naturellement triste, prend une teinte plus mélancolique; elle rappelle vers elle les aifections qu'en des tems plus heureux elle avait engagées dans le commerce de la âociélé : à peine âgée de vingt ans, elle ne trouve que dans l'étude les consolations que son cœur peut encore recevoir. C^est là que, loin d'un monde qu'elle a quitté sans regret, loin d'un monde dont elle a^ ait apprécié les vanité? avant même que d'en connaître les
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joies , elle cberche une distraction à se§ c'.agrins et trouve un aliment à sa mé- Jancolie. Mais sa bienfaisance a survécu à sa fortune; il ne lui reste de son opulence que le souvenir des heureux qu elle a faits, de l'amitié de ceux qui avaient connu comme elle ce sentiment du cœur, désinîéressé et de tous les tems; elle ne regretta ses richesses que parce que les pauvres en avaient encore besoin. Mais l'adversité qui éloigna de madame Cottin les amis qu avait attirés sa prospérité, fut à la fois pour elle un surcroit de peine et un dédommagement. Fi ère de l'épreuve de ceux qui lui restèrent attachés^ elle jouissait dans leur société peu nombreuse de l'oubli d'un autre état de choses. Mais nul n'était encore dans la confidence de ses travaux ; ce n'était qu à leur insu, au sein dune mysiérieuse retraite, qu'elle confiait au papier ses timides pensées.
Loin de prévoir qu'elle dût s'exposer jamais au grand jour de l'impression, elle craignait même, pour ses premiers essais, l'épreuve d'une lecture faite à des amis. Elle semblait garder pour le pajiier toutes les richesses de son imagination; elle ne donnait à sa conversation , simple et modeste, rien qui put trahir le secret de
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son esprit : sans éclat, comme sans ^lêteiition , elle n'était que l'expression naïve des sentimens de son cœur- un jugement droit et sans ornement y tenait toujours lieu de la saillie et du trait-, ei cette même femme qui , la plume à la main, était si éloquente, si riche d'imagination, de style, de passions, de mouvemcns , n'était dans la société qu'une femme simple et sensée. On ignorait encore que sous cette simplicité apparente, était caché le germe du plus beau talent. Ce fut l'arrivée d'une de ses cousines qui révéla à ses amis un talent qui eût peut-être été toujours pour eux, comme pour le public , un secret. Il y avait loui^tcms que maciame Cottin entretenait avec cette parente une correspondance, dans laquelle elle épancbait tous les secrets do Sun cœur el de son espnt : les formes les plus heureuse^de style, les prestiges les plus brillans d'une imagination que rendait encore plus aimable une légère teinte de mélancolie , faisaient le mérite des lelîres de madame Cottin à sa cousine:
celle-ci, étonnée que tout le monde ne partage pas son admiration pour une jcmine qui écrit de si charmantes lettres, les fait lire aux amia de madame Calliii,
parmi lesquels on compiait des lionimes aussi recotnrnandables par leurs lumières que par la pureté de leur goi'il. Ci acun les admire comme elle, se plaint de ce que lant de modestie a caclu- tant de talent. Madame Cottin cède enfin aux instances de ses ams, avides de connaître tout ce qui est sorti de cette pluaie si élégante, si spirituelle.
Ce fut alors seulement que madame Cottin se décida à leur lire quelques-uns de ses essais. Surpr's qu une femme qui possédait à un dei'ré si éiuineut Fart d'expriirer ses idées, qu'une femme que l'imairination avait douce de ses plus riches Irésors. eût mis à cadrer tant d'avantages le soin que les autres femmes mettent à les montrer, aU rs inéme que la nature s'est rendue moins libérale à leur égard , ils regrettèrent qu'un style si animé, que des pensées si délicates, cfii'une manière si heureuse d'exprimer les sentimens les plus secrets du cœur ne lussent pas employés à la compositit n Ciun ouvrage. Ce ne fut que vaincue par leurs instances, et faisant pour ainsi dire vioUnce à la modestie en faveur de l'amitié, que madame Cottin se décida à écrire. On voit, dans la préface de Claire d' Alhe ^ combien elie a çcmba'lu avant de r'cu livrer au public,