‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 32 sur 98 · LXVII · texte numérisé non relu

LXVII

Et pour l'époux divin se laissant enflaminer^ t^laint jiiscju'au malheureux qui ne peut plus aimer.

Le trait le plus frappant du caractère de Madame Cottin, était Toubli de soimême ; dévouée à ses pareils et à ses amis , elle ne croj^ait pas quïi lui fût permis de songer un instant à elle seule , et cela ne lui eût pas même été possible. Le tems qu'elle metta t à s'occuper du bonheur des autres ne lui laissait pas celui de s'occuper du sien; toute sa vie a été ainsi un long acte de dévoûment, et d'un dévoûment aussi profond qu'aimable , aussi doux qu'énergique; sa bonté n'obligeait point à la reconnaissance ; elle donnait beaucoup et ne demandait rien: « Dieu, disait-elle, s'est réservé le plus beau des droits^ celui de payer la veitu. »

Ce désintéressement lui donnait une douceur aussi attachante que rare^ pavccqu'ellé semblait s'en faire un plaisir et non un devoir-, elle avait de la joie à céder et du contentement à ne blesser personne-, un s*^ntimcnt vindicatif n'entra jamais dans cette âme , pour qui les cbosf s

Ï)crsonnelles n'étaient rien, et labienvcilance qui présidait à toutes ses parcks, à toutes ses actions, répandait sur eilc uti

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cliarme que ceux qui vivaient anprèa d'elle pouvaient seuls apprécier.

Rien ne put altérer cette bouté parfaite : elle triomphait des douleurs les plus aiguës pour animer le regard de la malade d'une reconnaissance aimable et douce:

f( Je suis heureuse, disait- elle, d'avoir de tels amis pour me soigner. » Elle n'a jamais cessé d'être résignée', et sa résignation était sans efforts , comme toutes ses vertus.

Elle était aussi peu exigeante en fait d'esp»it que pour tout le reste ; elle se trouvait bien avec des gens médiocres , et ne s'apercevait même pas de sa supériorité : si elle l'avait aperçue, elle en aurait, été embarrassée. Aussi faisait-elle oublier aux autres et son mérite et son talent. J'ai vu plusieurs personnes, intimidées, avant de la connaître , par sa réputation , se rassurer bientôt vis-à-vis d'elle, et ne plus songer à la femme supérieure qu'elle venaient admirer, pour ne plus voir que la femme bonne et sensible, qu'elle Unissaient toujours par aimer.

En général elle causait peu et écoutait peu la conversât on : souvent distraite cl préoccupée , elle avait l'air de se croire seule au milieu d'une société nombreuse j

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çlle vivait avec elle même, quand elle ne vivait pas pour les autres : si elle se trouvait avec quelques amis, si l'entretien lai offrait de l'intérêt, elle s'animait, parlait avec force, et portait dans tous ses discours cette éloquence du cœur, cette sensibilité vraie qui respirent dans tous ses écrits.

Profondément religieuse , elle Tçtait avec une tendresse^ un abandon qui lui étaient propres : son âme tenait au ciel comme à sa patrie , à Dieu comme à son père , au Christ comme à son modèle et à son sauveur. Liée d'amitié avec feu M.

Mestrésat, pasteur du Saint Evangile , elle avait douloureusement ressenti sa,,

Serte , et comme si elle eût prévu qu'elle avait le suivre de près , elle manifesta le désir d'être ensevelie à ses côtes quand elle ne serait plus. Heureuse la place où ces deux êtres reposent ! ils n'ont laisse en mourant que des souvenir?, doux et précieux; ils n'ont emporté qite des esi pérances consolant, s et jçloricuses. Lorsqu'on partant pour rél'^initéon pentieter sans crainte ses regar'-ls en arrièie et audevant de soi , la loiitf n'' st ni dilHcile ni cruelle-, Us regrets et les larnicci sont poiu* ceux qui restent.

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