CXIX
pour el]e, en la flattant, sont bien pièf de la vaincre; mais bientôt tons ces agrémens qui donnent au sentiment une éloquence si aimable, au lieu de la touclur, finissent par l'bumilier ; le mérite d'un pareil ami l'embarrasse \ il lui paraît si fort au-dessus d'elle, qu'elle s'imagine que ce n'est qu'en le maltraitant qu'elle peut entretenir sa passion; elle ne sent pas qu'il n'a pas phis dépendu d'elle de le rendre sensible, qu'il ne dépend de lui de l'oublier. Elle voit dans chacune de ses qualités un moN^en de la rendre malheureuse : s'il est très-aimable, elle lui paraîtra souvent maussade; s'il a de la délicatesse, il sera au-dessus de ses caprices; s'il a de la fierté, il ne sera point jaloux : c'est ainsi qu'étrangère à l'amour, elle veut en calculer les effets , et se prive à jamais de tous ses chai mes.
L'esprit a de brillans succès; la gaité n^a que des jouissances; mais les premiers irritent et les autres se partagent. Dans un siècle où l'esprit ne conduit à rien, et ne paraît que pour faire rougir ceux qui parviennent à tout, il est naturel qu'il soit redouté, haï, et même persécuté : mais la gaîté , celte expression i'ranche de la pensée, ce plaisir innocent
( cxx ) à afficher, et si dilBcile à communiquer, comment n'obtiendrait-elle pas grâce aux 3^eux même de l'amour-propre le plus chatouilleux. L'esprit a presque toujours un brillant qui humilie ou une amertume qui blesse ; mais la gaîtë, naïve même dans la satire, doit du moins désarmer ceux qu'elle ne séduit pas : l'esprit subjuguant la société par son éloquence et sa justesse^ l'avertit trop de sa supériorité \ la gaîté, envolant de bouche en bouclie j donne un air d'égalité à tout ce qui partage son ivresse, et doit endormir les amours-propres. Un homme d'esprit peut paraître dangereux par la liberté de ses principes, par l'étendue de ses moyens, et surtout par l'influence de ses écrits ; mais quel mal peut faire un homme gai? rien ne lui échappe, mais rien ne l'occupe ; il n'agit et ne parle que par des mouvemens vrais, et il ne combat le ridicule qu'avec la candeur de la malice; il est bien plus près de la véritable philosophie qu'un homme d'esprit; car celuici s'en écarte souvent par l'amour de la gloire, et lui s'en rapproche par l'indiftcrence. ■ '-^ ' .v 9
On ne trouvera qu'agrémcns dans les femmes , quand on ne cherchera que dej
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femmes en elles, quand on traifera de badinage leur ambition, leurs intrigues et mêmes leurs ouvrages 5 en un mol^ quand on leur trouTera des grâcf s à toni^ et dn génie à rien; on jouira davantage de leur commerce, en ne les jugeant jamais avec rigueur , en rapportant à la légèreté tout ce qui paraît être le fruit de Fineptie, car elles n^ont pas même la conscience de leurs passions : ce rt'^t point comme aimables qu'elles aiment les hommes, c^est comme esclaves; et l'on «ait très-bien aujourd'hui que, sans leur bassesse, les sots ne seraient pas plus avancés que les gens d^espriî. Voilà pourtant ce que les femmes ne veulent point entendre , ce qu'elles n'entendront jamais, non par inintelligence, mais parce qu'elles veulent régner, n'importe sur qui , et qu'elles aiment mieux des courtisans qui rampent , que des sujets qui pensent.
Quand un homme n'aurait auprès d'une femme que le mérite d'être audessous d'elle, cela suiErait pour qu'elle se l'attachât. Elle le juge digne d'être le plastron de ses inconséquences, et comme une dupe lui est encore plus nécessaire qu'un ami, elle lui pardonne sa froideur
( cx-xii ) çTï faveur do son admiration ; c'est sut lui qu'elle exerce des caprices dont la variété fait tout le piquant; c'est lui seul qu'elle abuse par des singeries de sensibilité ; c'est lui seul qu'elle afïïige par des apparences d'infidélité : comuient ne lui serait-il pas précieux? trouvcra-t-elle h s mêmes jouissailces dans un bomme de mérite? a-t-il l'humeur aussi flexible? il ne jouit que des caresses de son amie, et ne s'affecte que de ses nairceurs-, le reste n'obtient presque jamais son attention : n'est- il pas d'un comjnerce insupportable? C'est ainsi que raisonnent aujourd'hui presque toutes les femmes-auteurs; elles n'ambitionnent que le bruit J et si le bruit les outrage quelquefois , c'est encore le bruit qui les console. C'est donc dans la mêlée qu'il faut en chercher une que la fatigue et l'ennui ramènent au sentiment. Toutes <Ievraient se contenter de repousser le bel-esprit qui veut toujours faire parade de son savoir, et tendre la main à l'homme aimable qui tempère son esprit par la gaîté, et change en plaisrs les enlr'actes languissansdont la passion la plus vive n'est pas exempte : le SLiil avantage qu'un homme lerne et sans
( cxxni ) physionomie ait sur lui, c'est d'amener plus souvent ce qu'il aime à cetle mélancolie que les femmes jouent pour déguiser leur ennui ; mais la véritable mélancolie est celle de l'absence , et l'absence d'un pareil homme est si précieuse , qu'elle exclut tout bonheur chimérique.
Les femmes, aux yeux de la raison^ semblent donc rester sans excuse; mais ! elles en ont une qui, à elle seule, les vaut toutes; c'est ce goût involontaire, cette impulsion naturelle qui les entraînent sans les diriger, et appartiennent de droit au premier venu qui a le courage de les Catter, fût-il le plus sot des hommes. Ce qu'elles entendent le moins est presque toujours ce qui les flatte le plus. Il ne tarde pas à découvrir qu'en elles tout est instinct; que par conséquent rien n'est coupable , et que ce que nous appelons leurs vertus et leurs vices , diffère autant des nôtres par leur nature que par leur importance. Nos vertus et nos vices ont partout leur cachet , et tiennent à notre caractère ; les leurs sont partout de convention et dépendent toujours de leur tempérament. Les actions sont quelquefois étudiées , mais jamais