‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 6 sur 98 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

mode toutes les puissances-, qui fait ses délices des fausse., nouvelles, parce qu'elles sont innombrab'rs, et combat la vérité , parce qu'elle est une. Ayant plus étulié la puissance des souverains que leurs intéièts, il étale sans cesse, la riche nomenclatiire de 1 urs possessions , et ne fait "race de son érudition à aucune contrée de l'univers. Quelle impression aurait-elle éprouvée en entendant pérorer cet apprenti législateur qui , à lui seul , en'aule plus de projets patriotiques que tous les géoinèîr :s sur le pave? U n'existe que pour gouverner ; il se renferme pvjur îioiiverner -, il ne s'éveille que pour g )uverner, et il ne s'endort^ qu'eu goi»vernant. Il néglige jusqu'à sou exstenec pour en donner une à la nation ; U mange sa fortune en imprimant des vues économiques -, il forme la patience des ministres , eu leur prodiguant des plans d'administration , dont la profondeur donne lieureusement le tems de K'fléchir sur l'exécution. Un des grands mérites de ses idées, c'est qu'elles se combattent ; et, flans la discussion , on ne le confonil qu'en l'opposant à lui-même. Le seul déiant de cet honnête citoyen , c'est qu'en «Itsirant le bien général, il veut absolu-

( xxriT ) ment le faire , et qu'il n'accorde pas l'estfme méritée à toutes les opérations qui lui sont étrangères. Mais combien d'crrcnrs ne doit-on pas pardonner à son zèle en faveur de son inutilité? Qu'acrait-elle pu dire de l'homme de cour qui n'est pas courtisan , mais qui ne peut quitter le Louvre? Il y jouit d'une espèce de fjancparler , qu''il doit moins à son courage qu'à son peu d'ambition , mais qui n'en eî t pas moins pr.-^cieuse. On lui pa^se tout, j^arce qu'il n'influe sur rien. Un ministre craint d'abord le mordant de ses saillies • mais l'homme de cour dine chez lui, et le danger s'évanouit. Ce personnage est rare à la cour; pour le remplir, il faut assez de gaîté pour être indifférent sur la monarchie , assez d'esprit pour raisonner de tout , assez de fortune pour se passer de bassesse. Son regard pénélrant n'aurait pas tardé à démêler cet homme actif qui sait tout, qui va partout, qui s'inléressc à tout, qui prétend à tout, et qui s'attend à tout. Il connaît toutes les puis- .«;ances , il voit tous les partis , il parle à tout l'univers , et a besoin de toute sa probité pour n'être pas plus dangereux à se.s amis qu'à ses ennemis. Quelle étude aurait-elle pu faire de cet homme siuïtère

Page 1