‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 73 sur 98 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

CLAIRE A ELISE

Adèle a voulu aller au bal ce soir , Frédéric lui donne la main , et mon mari leur sert de Mentor. Mes deux amis désiraient bien rester avec moi, Frédéric surtout a insisté auprès d'Adèle pour l'empêcher de me quitter. 11 a voulu lui faire sentir que , ne me portant pas bien , il était peu délicat à elle de me laisser seule; mais l amour do la danse a prévalu sur toutes ses rai-

sons, et elle a de'clarë que le bal e'tant sou unique passion , rien ne pouvait l'empêcher d'y aller; d'ailleurs, a-t-elle ajon(ë avec un souris moqueur, vous savf z que madame d'Albe n'aime pas qu'on se gêne ; et puis , comment craindrions-nous qu'elle s'ennuie, ne la laissons-nous pas avec ses enfants ? Elle a appuyé stir ce dernier mot avec une sorfc d'ironie. Frédéric l'a regardée tristement. « Il est vrai, a-t-il répondu , c'est-là son plus doux plaisir, et je crois qu'il n'appartient pas à tout le monde desavoir l'apprécier. Vous avez raison, Mademoiselle, il faut que chacun prenne la place qui lui convient :

eelle de madame d'Albe est d'être adorée en remplissant tous ses devoirs; la TÔtre est d'éblouir, et le bal doit être Totre triomphe. » Adèle n'a vu qu'un éloge de sa beauté dans cette phrase; j'y ai démêlé autre chose. Je vois trop que malgré les charmes séduisants d'Adèle , si son âme ne répond pas à sa figure , elle ne fixera pas Frédéric. Cependant, que ne peut- on pas espérer à

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son âge ? Elise , je veux mettre tous lues soins à cacher des dëtauts que le temps neut corriger. Nous sommes iavités dans tiois jours à un autre bal ; si je n'y vais pas , Adèle me quittera encore, et Frédéric ne lui pardonnera pas. Je suis donc décidée a l'accompagner; d'ailleurs, il est possible que la danse et le monde me distraient d'une mélancolie qui me poursuit et metfc>— mine de plus en plus J'éprouve une langueur, une sorte de dégoût qui décolore toutes les actions de la vie. Il me seml)le qu*elle no vaut pas la peine que l'on se donne pour la conserver. L'ennui d'agir est partout, le plaisir d'avoir agit nulle pa.-t. Jf sais que le bien qu'on fait aux autres est une jouissance; mais je le dis plus que je ne le seus , et si je n élais souvent agitée d'émotions sul)itfs, je croirais mon âme prête à s'éteindre. Je n'ai plus as-ez de vie pour cette solitude absolue où il faut s( Mîffire à soi-nié.ne Pour la Première fois je sens le besoin d un peu de société, et je regrette de n'avoir point

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été aa bal. Adieu, la plume me tombe des maias.

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