‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 81 sur 98 · LETTRE XXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXII

CLAIRE A ÉLISE

Ah! qu'iis-tu dit , ma tendre amie !

de quelle horrible lumière viens - Ik

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frapper mes yeux ? Qui , moi , j'aimerais ? Tu le penses, et tu me parles eucore ? et tu ne rougis pas de ce nom d'amie que j'ose te doQuer ? Quoi ! sous les yeux da plus respectable des hommes , mon époux , parjure à mes serments , j'aimerais le fils de son adoption ? le fils que sa bonté' a appelé ici , et que sa confiance a remis entre mes mains ! Au lieu des vertueux conseils dont j'avais promis de pénétrer sou cœur , je lui inspirerais une passion criminelle? An 'lieu du modèle (que je devais lui offrir , je la partagerais ? .... O honte ! chaque mot que je trace est un crime , et j'en détoiu^ne la vue en frémissant. Dis , Elise , dismoi , que faut-il faire ? Si tu m'estimes encore assez pour me guider , soutiensmoi dans cet abîme dont tu viens de me découvrir toute l'horreur ; je suis prête à tout ; il n'est point de sacrifice que je ne fasse : faut-il cesser de le voir , le chasser, percer son cœur et le mien ? ■|Tc m'y résoudrai , la vertu m'est plus uhèrc que ma vie , que la sieune

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L'infortnnë ! dans quel état il est ! Il se tait, il se consume en silence, et, pour prix dun pai eil effort , je lui dirai : « Sors d'ici , va expirer de misère et de de'sespoir; tu ne voulais que me voir , ce seul bien te consolait de tout , eh bien ! je te le refuse.. .. » Elise, il me *seiiible le voir les yeux attacbes sur les miens: leur muelte expression n^c dit tout ce qu'il e'prouve , et tu m'oidon:ierais d y résister ? Quoi ! ne peuîou ebérir 1 honnêteté sans être barbai e et dénaturée , et la vertu demancînt-elle jamais des victimes hcmainr > ?

Laisse, laisse-moi prendre des moyr; -; plus doux j pourcjuoi déchirer b^s plai , au lieu de les i;ué:ir ? Sans doute jo veux qu'il s'éloigne : mais il faut que mon amitié I y prépare: il faut trouvi r un prétexte; le i;oût des vovages cw est un : c'est une cuiiosilé louable à son âge , et je ne doute pas que M. d'Alijc ue consente à la satisfaire. Ue]X)se - toi sur moi , Elise , du soin de me sénar» r de Frédéric. Ah ! j'y suis trop iulcres.^ée pour n'y pas réussir !

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Comment t'exprimor ce que je souffre ? Adèle est partie hier, et depuis ce moment mon mari , inquiet sur ma sauté, me quitte le moins qu'il peut; il faut que je dévore mes larmes : je trem})le qu'il n'en voie la trace et qu il nVn devine la cause ; il s'étonne de ce que j'inteidis ma chambre à tout le monde, « Ma bonne amie , me disaitil tout a l heure , pourquoi n'admettre que moi et vos entants auprès de vous ? Esî-ceque mon Frédéric vous déplaît ? « Cette question si simple ma fait tressaillir '■) j ai cru qu'il m'avait devinée etqu'il voulait me sonder. O tourments d'une conscience agitée ! c'est ainsi que je soupçonne dans le plus vrai , le meilir;ur des hommes , une dissimulation dont je suis seule coupable j et je vois trop t|ue la première peine du méchant est de croire que les autre» lui reasemhlent.

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LETTRE XjXIII.

CLAIRE A ÉLISE

Ce matin , pour la première fois , je me suis présentée au déjeûner ; j'élais pâle et abattue; Frédéric était la : il lisait auprès de la cheminée. En me voyant entrer , il a changé de cou- !enr , il a posé son livre, et s'est approché de moi -, je n'ai point osé le regarder ; mon mari a avancé un fauteuil ; en le retournant, mes yenx se sont fixés sur la glace : j ai rencontré ceux de Frédéric , et n'en pouvant soutenir l'expression , je suis tombée sans force suri' mon siège. Frédéric s'est avancé avec effroi. M. d'Alhe, aussi elVrayé que lui , m'a remise entre ses bras , peu— ' dant qu'il allait chercher des sels dans! ma cbambre. Le bras de Frédéric était] pas é autour de mon corps; je sentais! sa main sur mon coeur, tout mon sanjçj 9 y est porté : il le sentait battre a?eci

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tiolence. « Claire, m'a-t-il dit à demiroix , et moi aussi, ce n'est plus que Ik qu'est le mouYement et la vie. . . . Dismoi , a-t-il ajouté en penchant son. visage vers le mien , dis-moi , je t'en conjure, que ce n'est pas la haine qui le fait palpiter ainsi. » Elise , je respirais son souffle , j'en étais embrasée , je sentais ma tête s'égarer. . . Dans mon effroi , j'ai repoussé sa main ; je me suia relevée: « Laissez-moi, lui ai-je dit, au nom du ciel , laissez-moi , vous ne savez pas le mal que vous me faites. » Mon mari est rentré , ses soins m'ont ranimée ; quand j'ai été un peu remise , il m'a exprimé toute l'inquiétude qus mon état lui cause. « Je ne vous ai jamais vue si étrangement souffrante.

Ma Claire, m'a-t-il dit , je craius que la cause de ce changement ne soit une révolution de lait ; laissez-moi , je vous en conjure , faire appeler quelque médecin éclairé. » Elise . mon cœur s est brisé, il ne peut soutenir le ptsant fardeau dune dissimulation continuelle; en voyant l'erreur où je plongrais mon

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mari, en srntant près de moi le complice trop aime' de ma faute , j'aurais \oulu que la terre nous engloutît tous deux. J'ai presse les mains de M. d'Albe sur mon front : « Mon ami , lui ai-je j ëpondu , je me sens en effet Lieu malade ; mais ne merefust^z pas vos soins, guërisscz-moi , sauvez-moi, remeltezmoi en état de consacrer mes jours à votre honheur; quels qu'en soient les moyens , soyez sûr de ma reconnaissance. » H a paru surpris : j'ai fiëaii d'en avoir trop dit : Alors, tâchant de lui donner le cliange , j'ai attribue' au bruit et au grand jour la faiblesse de ma tête , et j ai demandé à rentrer chez moi. Il a prie Frédéric de lui aider à me soutenir; je n'auiais pu refuser son bras sans éveiller des soupçons qu'il ne faut peut-être qu'un mot pour faire naître ; mais. Elise, te le dirai-je? en levant les yeux sur Frédéric , j'ai cru y voir qurique chose de moins triste que dalle ndri ; j'ai même cm y démêler un léger mouvement de plaisir Ah ! je n'en doule plus I

ma faiblesse lui aura révélé mon seci-et. Mon trouble devant M.d'Albe ne lui aura point échappé ; il aura vu mes combats; ils lui auront appris qu'il est aimé, et peut-être jouissait - il d'un désordre qui lui marquait son pouvoir ?.... Elise , cette idée me rend à la fierté et au courage. Crois-moi , je saurai me vaincre et le désabuser j il est temps que ce tourment finisse : ta lettre 'm'a dicté mou devoir, et du moins suisjc digne encore de t'entendre ? Je vais lui éci ire ; oui , ma tendre amie , j'y suis résolue ; il partira : qu'il se distraye , qu'il m'oublie , le ciel m'est témoin que ce vœu est sincère ; et moi , pour retrouver des forces contre lui , je vais relire cette lettre où tu me peins les devoirs d'épouse et de mère sous des couleurs qu'il n'appartenait qu à ma digne amie de savoir trouver.

Adieu.

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