‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 96 sur 98 · LETTRE XLIII · texte numérisé non relu

LETTRE XLIII

'claire a ELISE.

Ne t'afflige point, mon amie, la douce paix que Dieu répand sur mes derniers jours m'est un garant de sa clémence ', quelques instants encore , et mon âme s'envolera vers 1 éterniîé. Dans ce sanctuaire immortel, si j'ai à rougir d'ua sentiment qui fut involontaire , peutêtre l'aurai - je trop expié sur la terre pour en être punie dans le ciel. Chaque jour, prosternée devant la majesté su^ prême, j'admire sa puissance et j'ini-

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plore sa bonté ; elle enveloppe de sa Lieufaisance tout ce qui respire , tout ce (|ui sent, tout ce qui souffre : c'e.>t là le manteau dont les malheureux doivent réchanfler leurs cœurs. .. . Mais , quand la nuit a laisse tomber son obscur rideau , je crois voir l'ombre du bras de 1 Eternel étendu vers moi j dans ces instants d'un calme parfait , l'âiue s'ëlabce vers le ciel et correspond avec Dieu , et la conscience , reprenant ses droits, pèse le passé et pressent l'avenir. C'est alors que, jetant un coup d œil sur ces jours engloutis par le temps , on se demande , non sans effroi , comment ils eut été employés, et en faisant la revue de sa vie , eu compte par ses actions les témoins qui déposeront bientôt pour ou contre soi. Quel calcul ! qui osera le faire sans une profonde humilité, sans un repentir ])oiL;nant de toutes les fautes auxquelles on fut entraîné ? O Frédéric ! comment supporteras-tu ces redoutables njoments?

Quand il se pourrait , qu'innocent d'artifice , lu aies CI u sentir tout ce que

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tu m'exprimais, songe, malheureux , que pour t'absoudie de ton in2,ratitude envers ton père , il aurait fallu que le ciel lui-même eût allumé les feux dont tu prétendais brûler, et ceux- là n© s'éteignent point. Et toi , mon Elise , pardonne , si le souvenir de Frédéric Tient encore se mêler à mes dernières pensées, le silence absolu que tu gardes à ce sujet, me dit assez que je devrais t'imiter 5 mais , avant de quitter cette terre que Frédéric habite encore , permets-moi du moins de lui adresser un dernier aditfu , et de lui dire que je lui pardonne : s'il reste à cet infortuné quelques traits de ressemlilance avec celui que j'aimais, l'idée d'avoir causé ma mort accélérera la sienne , et peutêtre n'est-t-il pas éloigné l'instant qui doit nous réunir sous la voûte céleste. Ah ! (|uand c'est là 8eulemcnf<iue je dois le revoir , serais-je donc coupable de souhaiter cet iustaat ?

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