PSYCHE, ACTE I, SCENE I
Le ridicule excès d'un fol enlétement
Va jusqu'à m'opposer une petite fille !
Sur ses traits et les miens j'essuierai constamment
Un téméraire jugement ;
Et du liaut des cieux où je brille , J'entendrai prononcer aux mortels prévenus :
Elle est plus belle que Vénus !
iCIiLE.
Voilà comme l'on fait : c'est le style des hommes ; Us sont impertmeuts dans leurs comparaisons.
PHAÈXE.
Ils ne sauraient louer, dans le siècle où nous sommes , Qu'ils n'outragent les plus grands noms.
VÉNUS
Ali ! que de ces trois mots la rigueur insolente
Venge bien Junon et l'allas , Et console leurs cœurs de la gloire éclatante Que la fameuse pomme acquit à mes appas! Je les vois s'applaudir de mon inquiétude , Affecter à toute heure un ris malicieux. Et , d'uu fixe regard , cliercher avec étude
Ma confusion dans mes yeux.
Leur triomphante joie , au fort d'un tel outrage, Semble me venir diie, insultant mon courroux : Vante, vante, Vénus, les traits de ton visage! Au jugement d'un seul tu l'emportas sur nous;
Mais , par le jugement de tous, Une simple mortelle a sur toi l'avantage. Ah ! ce coup-là m'achève , il me perce le cwur ; Je n'en puis plus souffrir les rigueurs sans égales ; Et c'est trop de surcroit à ma vive douleur,
Que le plaisir de mes rivales.
Mon fils , si j'eus jamais sur toi quelque crédit.
Et si jamais je te fus chère.
Si tu portes un cœur à sentir le dépit
Qui trouble le aeur d'une mère
Qui si tendrement te chérit.
Emploie , emploie ici l'effort de ta puissance
A soutenir mes intérêts ;
Et fais à Psyché, par tes traits,
Sentir les traits de ma vengeance.
Pour rendre son cœui' malheureux , Prends celui de tes traits le plus propre à me plaire.
Le plus empoisonné de ceux
Que tu lances dans ta colère, l^u plus bas, du plus vil, du plus affreux mortel. Fais que, jusqu'à la rage, elle soit enflammée, Et qu'elle ait à souffrir le supplice cruel
D'aimer et n'être point aimée.
l'ahour.
Dans le monde on n'entend que plaintes de l'Amour ; On m'impute partout mille fautes commises, i;i vous ne croiriez point le mal et les sottises
Que l'on dit de moi chaque jour.
Si pour servir votre colère...
VENUS
Va , ne résiste point aux souhaits de ta mère ;
N'applique tes raisonnements Qu'à chercher les plus prompts moments De faii e un sacrifice à ma gloire outragée.
Pars, pour toute réponse à mes empressements; Et ne me revois point que je ne sois vengée. (L'Amour s'envole, et Vénus se retire avecles Grâces. La scène est changée en une grande ville, où l'on découvre, des deux côtés, des palais et des maisons de différents ordres d'architecture.)