L'AMOUR, ZÉPHYRE
ZÉPHYKE.
Oui , je me suis galamment acquitté l)e la commission que vous m'avez doiuice;
m, SCENE I. .S!)T
Et du haut du rocher je l'ai , cette beauté , Par le milieu des airs doucement amenée
Dans ce beau palais enchanté
Oîi vous pouvez en liberté
Disposer de sa destinée.
Mais vous me surprenez par ce grand changement
Qu'en votre personne vous faites , Cette taille, ces traits, et cet ajustement,
Cachent tout à fait qui vous êtes ; Et je donne aux plus lins à pouvoir en ce jour
Vous reconnaître pour l'Amour.
l'amoub.
Aussi ne veux-je pas qu'on puisse me connaître; Je ne veux à Psyché découvrir que mon cœur. Rien que les beaux transports de cette vive ardeur
Que ses doux charmes y font naître ; Et, pour en exprimer l'amoureuse langueur,
Et cacher ce que je puis être
Aux yeux qui m'imposent des lois ,
J'ai pris la forme que tu vois.
ZÉPHYRE
En tout vous êtes un grand maître ;
C'est ici que je le connois.
Sous des déguisements de diverse nature ,
On a vu les dieux amoureux Chercher à soulager cette douce blessure Que reçoivent les cœurs de vos traits pleins de feux ; Mais en bon sens vous l'emportez sur eux ;
Et voilà la bonne figure
Pour avoir un succès iieureux Près de l'aimable sexe où l'on porte ses vœux. Oui, de ces formes-là l'assistance est bien forte;
Et, sans parler ni de rang ni d'esprit, Qui peut trouver moyen d'être fait de la sorte
Ne soupire guère à crédit.
l'amour.
J'ai résolu , mon cher Zéphyre ,
De demeurer ainsi toujours ; Et l'on ne peut le trouver à redire
A l'aîné de tous les Amours.
11 est temps de sortir de cette longue enfance
Qui fatigue ma patience ; Il est temps désormais que je devienne grand.
ZÉPHYRE
Fort bien. Vous ne pouvez mieux faire ; Et vous entrez dans un mystère Qui ne demande rien d'enfant.
l'amour.
Ce changement sans doute irritera ma mère.
ZÉPHYRE
Je prévois là-dessus quelque peu de colère.
Bien que les disputes des ans Ne doivent point régner parmi des imniorleiles, Votre mère Vénus est de l'humeur des belles,
PSYCUK, ACTE JH, SCENE IIF.
Qui n'aiment point de grands enfants.
Mais où je la trouve outragée, C'est dans le procédé que l'on vous voit tenir ;
Kt c'est l'avoir étrangement vengée, Que d'aimer la lieaiité qu'elle voulait punir! Celte haine, où ses vœux prétendent que réponde lia puissance d'un fils que redoutent les dieux...
L'AMOlin.
Laissons cela, Zéphyre, et me dis si tes yeux Ne trouvent pas Psyché la plus belle du monde. Est-il rien sur la terre, est-il rien dans les cieux Qui puisse lui ravir le titre glorieux De beauté sans seconde?
Mais je la vois , mon cher Zéphyre , Qui demeure surprise à l'éclat de ces lieux.
ZÉPHYKE.
Vous pouvez vous montrer pour Dnir son martyre.
Lui découvrir son destin glorieux , Et vous dire, entre vous, tout ce que peuvent dire
Les soupirs, la bouche et les yeux.
En confident discret , je sais ce qu'il faut faire Pour ne pas interrompre un amoureux mystère '.