‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1063 sur 1284 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PSYCHÉ

Où suis-je? et dans un lieu que je croyais barbare, Quelle savante main a bîiti ce palais

Que l'art , que la nature pare

De l'assemblage le plus rare

Que l'œil puisse admirer jamais?

Tout rit, tout brille, tout éclate Dans ces jardins , dans ces appartements ,

Dont les pompeux ameublements

IVont rien qui n'enchante et ne llatte ; Et de quelque côté que tournent mes frayeurs , Je ne vois sous mes pas que de l'or ou des fleurs. Le ciel aurait-il fait cet amas de merveilles

Pour la demeure d'un serpent ?

Et lorsque, par leur vue, il amuse et suspend De mon destin jaloux les rigueurs sans pareilles,

Veut-il montrer qu'il s'en repent?

Non, non; c'est de sa haine, en cruauté féconde.

Le plus noir, le plus rude trait, Qui, par une rigueur nouvelle et sans seconde,

N'étale ce choix qu'elle a fait

De ce qu'a de plus beau le monde , Qu'aCa que je le quitte avec plus de regret.

Que mon espoir est ridicule , S'il croit par là soulager mes douleurs ! Tout autant de moments que ma mort se recule

' Ci'itc scène est la dernière de Molière.

.Sont autant de nouveaux malheurs :

Plus elle tarde , et plus de fois je meurs. Ne me fais plus languir, viens prendre ta victime,

Monstre qui dois me déchirer.

Veux-tu que je te cherche, et faut-il que j'anime

Tes fureurs à me dévorer ?

Si le ciel veut ma mort, si ma vie est un crime, De ce peu qui m'en reste ose enfin l'emparer;

Je suis lasse de murmurer

Contre un châtiment légitime;

Je suis lasse de soupirer :

Viens, que j'achève d'expirer.

SCÈiNE III.

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