‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1071 sur 1284 · L'AMOUR, PSYCHÉ · texte numérisé non relu

L'AMOUR, PSYCHÉ

L'AMOI'E.

Enfin vous êtes seule, et je puis vous redire, Sans avoir pour témoins vos importunes sœurs , Ce que des yeux si beaux ont pris sur moi d'empire, Et quel excès ont les douceurs Qu'une sincère ardeur inspire Sitôt qu'elle assemble deux cœurs.

Je puis vous expliquer de mon âme ravie Les amoureux empressements , Et vous jurer qu'à vous seule asservie , Elle n'a pour objet de ses ravissements Que de voir cette ardeur de même ardeur suivie, Ke concevoir plus d'autre envie Que de régler mes vœux sur vos désirs , Et de ce qui vous plaît faire tous mes plaisirs. Mais d'où vient qu'un triste nuage Semble offusquer l'éclat de ces beaux yeux ? Vous manque-t-il quelque chose en ces lieux? nés vœux qu'on vous y rend dédaignez-vous l'hom- PSYCHÉ. [mage?

Kon, seigneur.

l'amovb.

Qu'est-ce donc? et d'oîi vient mon malheur? J'entends inoins de soupirs d'amour que de douleur ; Je vois de votre teint les roses amorties Jlarquer un déplaisir secret ; Vos sœurs à peine sont parties , Que vous soupirez de regret.

Ali ! Psyché, de deuxcœurs quand l'ardeur est la même.

Ont-ils des soupirs différents?

Et quand on aime bien, et qu'on voit ce qu'on aime, Peut-on songer à des parents?

PSYCHÉ

Ce n'est point là ce qui m'afflige.

l'amoob.

Est-ce l'absence d'un rival, Et d'un rival aimé , qui fait qu'on me néglige ?

PSYCHÉ

Dans un cœur tout à vous que vous pénétrez mal! Je vous aime, seigneur, et mon amour s'irrite De l'indigne soupçon que vous avez formé. Vous ne connaissez pas quel est votre mérite.

Si vous craignez de n'être pas aimé.

Je vous aime ; et depuis que j'ai vu la lumière. Je me suis montrée assez fière Pour dédaigner les vœux de plus d'un roi. Et s'il vous faut ouvrir mon âme tout entière. Je n'ai trouvé que vous qui fût digne de moi. Cependant j'ai quelque tristesse Qu'en vain je voudrais vous cacher ; Un noir chagrin se mêle à toute ma tendresse. Dont je ne la puis détacher.

Ne m'en demandez point la cause :

Peut-être, la sachant, voudrez-vous m'en punir; Et si j'ose aspirer encore à quelque chose , Je suis silre du moins de ne point l'obtenir.

l'aîioub.

Et ne craignez-vous point qu'à mon tour je m'irrite Que vous connaissiez mal quel est votre mérite, Ou feigniez de ne pas savoir Quel est sur moi votre absolu pouvoir?

Ah ! si vous en doutez , soyez désabusée. Parlez.

J'aurai l'affront de me voir refusée.

l'amour.

Prenez en ma faveur de meilleurs sentiments;

L'expérience en est aisée.

Parlez, tout se tient prêt à vos commandements.

Si , pour m'en croire, il vous faut des serments. J'en jure vos beaux yeux , ces maîtres de mon âme,

Ces divins auteurs de ma flamme ; Et si ce n'est assez d'eu jurer vos beaux yeux , J'en jure par le Styx , comme jurent les dieux.

PSYCHÉ

J'ose craindre un peu moins, après cette assurance. Seigneur, je vois ici la pompe et l'abondance;

Je vous adore , et vous m'aimez ; Mon cœur en est ravi, mes sens en sont charmés;

Mais parmi ce bonheur suprême.

J'ai le malheur de ne savoir qui j'aime :

Dissipez cet aveuglement , Et faites-moi connaître un si parfait amant.

l" AMOUR.

Psyché , que venez-vous de dire ?

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