‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1091 sur 1284 · HYACINTHE, OCTAVE, SCAPIN, SILVESTRE · texte numérisé non relu

HYACINTHE, OCTAVE, SCAPIN, SILVESTRE

HYACINTHE

Ah! Octave, est-il vrai ce que Silvestre vient de dire à Nérine, que votre père est de retour, et qu'il veut vous marier .'

OCTAVE

Oui , belle Hyacinthe ; et ces nouvelles m'ont donné une atteinte cruelle. Mais que vois-je.' vous pleurez ! Pourquoi ces larmes.' Me soupçonnez-vous, ditesmoi , de quelque infidélité ? et n'êtes-vous pas assurée de l'amour que j'ai pour vous.'

HYACINTHE

Oui, Octave, je suis sûre que vous m'aimez ; mais je ne le suis pas que vous m'aimiez toujours.

OCTAVE

Eh! peut-on vous aimer qu'on ne vous aime toute sa vie?

HYACINTHE

J'ai ouï dire , Octave , que votre sexe aime moins long-temps que le nôtre , et que les ardeurs que les hommes font voir, sont des feux qui s'éteignent aussi facilement qu'ils naissent.

Ah ! ma chère Hyacinthe, mon cœur n'est donc pas fait comme celui des autres hommes ; et je sens bien , pour moi, queje vous aimerai jusqu'au tombeau.

HYACINTHE

Je veux croire que vous sentez ce que vous dites , et je ne doute point que vos paroles ne soient sincères ; mais je crains un pouvoir qui combattra dans votre cœur les tendres sentiments que vous pouvez avoir pour moi. Vous dépendez d'un père qui veut

vous marier à une autre personne; et je suis sûre queje mourrai si ce malheur m'arrive.

OCTAVE

Non , belle Hyacinthe , il n'y a point de père qui puisse me contraindre à vous manquer de foi ; et je me résoudrai à quitter mon pays, et le jour même, s'il est besoin, plutôt qu'à vous quitter. J'ai déjà pris , sans l'avoir vue , une aversion effroyable pour celle que l'on me destine; et, sans être cruel, je souhaiterais que la mer l'écartât d'ici pour jamais. Ne pleurez donc point , je vous prie , mon aimable Hyacinthe, car vos larmes me tuent, etjenepuis les voir sans me sentir percer le cœur.

HYACINTHE

Puisque vous le voulez, je veux bien essuyer mes pleurs, et j'attendrai , d'un œil constajit , ce qu'il plaira au ciel de résoudre de moi.

OCTAVE

Le ciel nous sera favorable.

HYACINTHE

Il ne saurait m'ètre contraire, si vous m'êtes fidèle.

OCTAVE

Je le serai , assurément.

HYACINTHE

Je serai donc heureuse.

SCAPIN, àjJar-t.

Elle n'est pas tant sotte, ma foi; et je la trouve assez passable.

OCTAVE, montrant Scapin.

Voici un homme qui pourrait bien, s'il le voulait , nous être, dans tous nos besoins, d'un secours merveilleux.

SCAPIN

J'ai fait de grands serments de ne me mêler plus du inonde; mais si vous m'en priez bien fort tous deux, peut-être...

OCTAVE

Ah! s'il ne tient qu'à te prier bien fort pour obtenir ton aide, jeté conjure de tout mon cœur de prendre la conduite de notre barque.

SCAPIN , à Hyacinthe.

Kt vous, ne me dites-vous rien.'

HYACINTHE

Je vous conjure, à son exemple, par tout ce qu! vous est le plus cher au monde , de vouloir servir notre amour.

SCAPIN

11 faut se laisser vaincre, et avoir de l'humanilé. Allez , je veux m'employer pour vous.

Crois que...

SCAPIN , à Octave.

Chut! {à Hyacinthe.) Allez-vous-en, vous, cl soyez en repos.

CIO LKS FOUUBEIUi:S l)K SCAPIN, ACTE I, SCÈNE VI.

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