LES FOURBERIES DE SCAPIN, ACTE I, SCÈNE VI
ARGANTE, se croyant seul.
Tous leurs discours seront inutiles.
SCAPIN, à part.
Kous allons voir.
ABGANTE , se croyant seul. lis ne m'en donneront point à garder.
SCAPIN, àpart.
Ne jurons de rien.
ABGANTE, SB Croyant sBul.
Je saurai mettre mon pendard de fils en lieu de sûreté.
SCAPIN, àpart.
Nous y pourvoirons.
ABGANTE , se croyant seul.
Et pour le coquin de Silvestre , je le rouerai de l'oups.
siLVESTEE, àScaphi.
J'étais bien étonné s'il m'oubliait.
ABGANTE, apercevant Silvestre.
Ah! ail! vous voilà donc, sage gouverneur de famille , beau directeur de jeunes gens !
SCAPIN
Monsieur, je suis ravi de vous voir de retour.
ABGANTE.
Bonjour, Scapin. (à Silvestre. ) Vous avez suivi mes ordres \Taiment d'une belle manière ! et mon fils s'est comporté fort sagement pendant mon absence !
SCAPIN
Vous vous portez bien, à ce que je vois.
ABGANTE.
Assez bien. ( à Silvestre. ) Tu ne dis mot , coquin , tu ne dis mot !
SCAPIN
Voire voyage a-t-il été bon?
Mon Dieu, fort bon! Laisse-moi un peu quereller en repos.
SCAPIN
Vous voulez quereller ?
ABGANTE.
Oui , je veux quereller.
SCAPIN
F.h qui , monsieur ?
ABGANTE, montrant Silvestre.
Ce maraud-là.
SCAPIN
Pourquoi ?
ABGANTE.
Tu n'as pas ouï parler de ce qui s'est passé dans mon absence ?
SCAPIN
J'ai bien ouï pai-ler de quelque petite chose.
ABGANTE.
{'.onimcnt ! quelque petite chose ! Une action de celle nature !
SCAPIN
Vous avez quelque raison.
Une hardiesse pareille à celle-là!
SCAPIN
Cela est vrai.
ABGANTE.
Un fils qui se marie sans le consentement de sou père!
SCAPIN
Oui, il y a quelque chose à dire à cela. Mais je serais d'avis que vous ne fissiez point de bruit.
ABGANTE.
Je ne suis pas de cet avis , moi ; et je veux faire du bruit tout mon soûl. Quoi! tu ne trouves pas que j'aie tous les sujets du monde d'être en colère ?
SCAPIN
Si fait. J'y ai d'abord été, moi, lorsque j'ai su la chose; et je me suis intéressé pour vous, jusqu'à quereller votre fils. Demandez -lui un peu quelles belles réprimandes je lui ai faites , et comme je l'ai chapitré sur le peu de respect qu'il gardait à un père dont il devait baiser les pas. On ne peut pas lui mieux parler, quand ce serait vous-même. Mais quoi ! je me suis rendu à la raison, et j'ai considéré que, dans le fond , il n'a pas tant de tort qu'on pourrait croire.
ABGANTE.
Que me viens-tu conter? 11 n'a pas tant de tort de s'aller marier de but en blanc avec une inconnue?
SCAPIN
Que voulez-vous ? 11 y a été poussé par sa destinée.
Ah ! ah ! voici une raison la plus belle du monde. On n'a plus qu'à commettre tous les crimes imaginables, tromper, voler, assassiner, et dire, pour excuse, qu'on y a été poussé par sa destinée.
SCAPIN
]\Ion Dieu , vous prenez mes paroles trop en philosophe. Je veux dire qu'il s'est trouvé fatalement engagé dans cette affaire.
ABGANTE.
Et pourquoi s'y engageait-il ?
SCAPIN
Voulez-vous qu'il soit aussi sage que vous ? Les jeunes gens sont jeunes , et n'ont pas toute la prudence qu'il leur faudrait pour ne rien faire que de raisonnable : témoin notre Léandre, qui, malgré toutes mes leçons , malgré toutes mes remontrances; est allé faire, de son côté, pis encore que votre fils. Je voudrais bien savoir si vous-même n'avez pas été jeune, et n'avez pas, dans votre temps , fait des fredaines comme les autres. J'ai ouï dire, moi, que vous avez été autrefois un bon conipagnon parmiJes