LES FOURBERIES DE SCAPIN, ACTE I, SCÈNE VI
IViiuius que vous faisiez^te votre drôle avec les plus galantes de ce li-mps-là ■ , et que vous n'en approchiez point que vous ne poussassiez à bout.
AKGANTE.
Cela est vrai J'en demeure d'accord ; mais je m'en suis toujours tenu à la galanterie, et je n'ai point été jusqu'à faire ce qu'il a fait.
Que voulicz-vous qu'il fît ? il voit une jeune personne qui lui veut du bien ( car il tient cela de vous, d'être aimé de toutes les fennnes) ; il la trouve charmante , il lui rend des visites , lui conte des douceurs , soupire galamment, fait le passionné. Elle se rend à sa poursuite; il pousse sa fortune. Le voilà surpris avec elle par ses parents, qui, la force à la main, le contraignent de l'épouser.
siLVESTEE, à part.
L'habile fourbe que voilà !
SCAPIN
Eussiez-vous voulu qu'il se fût laissé tuer .' Il vaut mieux encore être marié qu'être mort.
ABGANTE.
On ne m'a pas dit que l'affaire se soit ainsi passée.
SCAPIN , montrant Siloestre.
Demandez-lui plutôt! il ne vous dira pas le contraire.
ABGANTE, à Siloeslre.
C'est par force qu'il a été marié?
silvesthe.
Oui , monsieur.
SCAPIN
Voudrais-je vous mentir ?
ABGANTE.
Il devait donc aller tout aussitôt protester de violence chez un notaire.
SCAPIN
C'est ce qu'il n'a pas voulu faire.
Cela m'aurait donné plus de facilité à rompre ce mariage.
SCAPIN
Rompre ce mariage ?
ABGANTE.
Oui.
SCAPIN
Vous ne le romprez point.
ABGANTE.
Je ne le romprai point ?
SCAPIN
Non.
> Da temps de Molière , le mot drôle signifiait gaillard , plnltanl. n s'emploie encore en ce .sens dans quelques villes de province : l'expression faire du drôle avec les femmes n'est plus d'usage
ABGANTE.
Quoi ! je n'aurai pas pour moi les droits de père , et la raison de la violence qu'on a faite à mon (ils ?
SCAPIN
C'est une chose dont il ne demeurera pas d'accord .
ABOANTE.
Il n'en demeurera pas d'accord?
AEGANTE.
Mon fils?
SCAPIN
Votre fils. Voulez-vous qu'il confesse qu'il ait été capable de crainte, et que ce soit par force qu'on lui ait fait faire les choses? Il n'a garde d'aller avouer cela ; ce serait se faire tort, et se montrer indigne d'un père comme vous.
ABGANTE.
Je me moque de cela.
SCAPIN
Il faut, pour son honneur et pour le vôtre, qu'il dise dans le inonde que c'est de bon gré qu'il l'a épousée.
ABGANTE.
Et je veu.x , moi , pour mon honneur et pour le sien , qu'il dise le contraire.
SCAPIN
Non, je suis sûr qu'il ne le fera pas.
ABGANTE.
Je l'y forcerai bien.
SCAPIN
Il ne le fera pas, vous dis-je.
ABGANTE.
Il le fera , ou je le déshériterai.
Vous?
Moi.
Bon!
ABGANTE.
SCAPIM.
AEGANTE.
Comment , bon ?
SCAPIN
Vous ne le déshériterez point.
AEGANTE.
Je ne le déshériterai point ?
SCAPIN
Non.
ABGANTE.
Non ?
SCAPIN
Non.
Giy