‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1104 sur 1284 · LES FOURBERIES DE SCAPIN, ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

LES FOURBERIES DE SCAPIN, ACTE II, SCÈNE VIII

SCAPIN , se levant y et passant fièrement devant

Léandre.

Ah ! mon pauvre Scapin ! Je suis mon pauvre Scapin , à cette heure qu'on a besoin de moi.

LÉANDRE

Va, je te pardonne tout ce que tu viens de me dire, et pis encor, si tu me l'as fait.

SCAPIN

Non, non, ne me pardonnez rien ; passez-moi votre épée au travers du corps ; je serai ravi que vous me tuiez.

LÉANDBE.

Non. Je te conjure plutôt de me donner la vie, en servant mon amour.

SCAPIN

Point, point ; vous ferez mieux de me tuer.

LÉANDBE.

Tu m'es trop précieux; et je te prie de vouloir employer pour moi ce génie admirable qui vient à bout (le toutes choses.

SCAPIN

Non. Tuez-moi , vous dis-je.

LÉANDBE.

Ail ! de grâce , ne songe plus à tout cela , et pense à me donner le secours que je te demande.

OCTAVE

Scapin , il faut faire quelque chose pour lui.

Le moyen , après une avanie de la sorte ?

LÉANDKE.

Je te conjure d'oublier mon emportement , et de me prêter ton adresse.

OCTAVE

Je joins mes prières aux siennes.

SCAPIN

J'ai cette insulte-lù sur le cœur.

OCTAVE

Il faut quitter ton ressentiment.

LÉANDEK.

Voudrais-tu m'abandonner, Scapin, dans la cruelle extrémité où se voit mon amour .^

SCAPIN

Me venir faire, à l'improviste, un affront coniine celui-là!

LÉANDBE.

J'ai tort , je le confesse.

SCAPIN

Me traiter de coquin, de fripon , de pendard , d'infâme!

LÉANDBE.

J'en ai tous les regrets du monde.

Me vouloir passer son épée au travers du corps !

LEANDBE.

Je t'en demande pardon de tout mon cœur; et s'il ne tient qu'à me jeter à tes genoux , tu m'y vois , Scapin , pour te conjurer encore une fois de ne me point abandonner.

OCTAVE

Ah ! ma foi , Scapin , il se faut rendre à cela.

SCAPIN

Levez-vous. Une autre fois ne soyez point si prompt.

LÉANDBE.

Me promets-tu de travailler pour moi ?

SCAPIN

On y songera.

LÉANDBE.

Mais tu sais que le temps presse.

SCAPIN

Ne vous mettez pas en peine. Combien est-ce qu'il vous faut ?

LÉANDBE.

Cinq cents écus.

SCAPIN

Et à vous ?

Deux cents pistoles.

SCAPIN

Je veux tirer cet argent de vos pères. ( à Octave. ) Pour ce qui est du vôtre, la machine est déjà toute trouvée. ( à Léandre.) Et quant au vôtre, bien qu'avare au dernier degré , il y faudra moins de façons encore; car vous savez que pour l'esprit, il n'en a pas , grâce à Dieu , grande provision ; et je le livre pour une espèce d'homme à qui l'on fera toujours croire tout ce que l'on voudra. Cela ne vous offense point; il ne tombe entre lui et vous aucun soupçon de ressemblance ; et vous savez assez l'opinion de tout le monde, qui veut qu'il ne soit votre père que pour la forme.

- LÉANDBE.

Tout beau , Scapin !

SCAPIN

Bon , bon , on fait bien scrupule de cela ! Vous moquez-vous? Mais j'aperçois venir le père d'Octave. Commençons par lui , puisqu'il se présente. Allezvous-en tous deux. ( à Octave. ) Et vous, avertissez votre Silvestre de venir vite jouer son rôle.

Page 1