‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1128 sur 1284 · G'IO · texte numérisé non relu

G'IO

^■lat (le craindre de inc trouver ici le premier; que cette feinte ol'i je me force n'étant que pour vous |)laire , j'ai lieu de ne vouloir en souffrir la contrainte que devant les yeux qui s'en divertissent; que j'évite le tCte-à-tcte avec cette comtesse ridicule dont vous m'emharrassez; et, en un mot, que, ne venant ici que pour vous , j'ai toutes les raisons du monde d'at- Icndre que vous y soyez.

JULIE

Nous savons bien que vous ne manquerez jamais d'esprit pour donner de belles couleurs aux fautes que vous pourrez faire. Cependant, si vous étiez venu une demi-heure plus tôt, nous aurions profité de tous ces moments; car j'ai trouvé en arrivant que la comtesse était sortie, et je ne doute point qu'elle ne soit allée par la ville se faire honneur de la comédie que vous me donnez sous son nom.

LE VICOMTE

Mais tout de bon, madame, quand voulez-vous mettre fin à cette contrainte, et me faire moins acheter le bonlieur de vous voir?

JULIE

Quand nos parents pourront être d'accord ; ce que je n'ose espérer. Vous savez, comme moi, que les démêlés de nos deux familles ne nous permettent point de nous voir autre part ; et que mes frères , non plus que votre père , ne sont pas assez raisonnables pour souffrir notre attachement.

LE VICOMTE

Mais pourquoi ne pas mieux jouir du rendez-vous que leur inimitié nous laisse, et me contraindre à perdre en une sotte feinte les moments que j'ai près de vous ?

JULIE

Pour mieux cacher notre amour; et puis, à vous dire la vérité, cette feinte dont vous parlez m'est une comédie fort agréable; et je ne sais si celle que vous nous donnez aujourd'hui me divertira davantage. Notre comtesse d'Escarhagnas, avec son perpétuel entêtement de qualité, est un aussi bon persomiage qu'on en puisse mettre sur le théâtre. Le petit voyage qu'elle a fait à Paris l'a ramenée dans Angoulème plus achevée qu'elle n'était. L'approche de l'air de la cour a donné à son ridicule de nom eaux agréments, et sa sottise tous les jours ne fait que croître et embellir.

LE VIC05ITE

Oui; mais vous ne considérez pas que le jeu qui vous divertit tient mon creur au supplice, et qu'on n'est point capable de se jouer longtemps, lorsqu'on a dans l'esprit une passion aussi sérieuse que celle que je sens pour vous. Il est cruel, belle Julie, que cet amusement dérobe à mon amour un temps qu'il voudrait employer à vous expliquer son ardeur; et

LA COMTESSE DESCAUBAG.NAS, SCÈ.NE 1.

cette nuit j'ai fait là-dessus quelques vers, que je ne puis m'empccher de vous réciter sans que vous me le demandiez, tant la démangeaison de dire ses ouvrages est un vice attaché à la qualité de poète !

C'est trop longtemps, Iris, me metlre à la torture. Iris, comme vous le voyez, est mis là pour Julie.

C'est Irop longtemps. Iris, me mettre !i la torture; El si Je suis vos lois, je les hlfimc loullias 1)« me forcer a tuire un tourment que J'endure , Pour déclarer un mal que je ne ressens pas.

Kaul-ilque vos he.iux yeux, â qui Je rends les armes. Veuillent se divertir de mes tristes soupirs? Kl n'est-ce pas assez de souffrir pour vos charmes , Sans me faire souffrir encor pour vos plaisirs?

C'en est trop à la fois que ce double martyre; Et ce qu'il me faut taire, et ce qu'il me faut dire , Exerce sur mon cofur pareille cruuulé.

L'amour le met en feu , la contrainte le tue; Et si par la pitié vous n'êtes combattue , le meurs el (le la feinte et de la vérité.

JULIE

Je vois que vous vous faites là bien plus maltraité que vous n'êtes ; mais c'est une licence que prennent messieurs les poètes de mentir de gaieté de cœur, et de donner à leurs maîtresses des cruautés qu'elles n'ont pas, pour s'accommoder aux pensées qui leur peuvent venir. Cependant je serai bien aise que vous me donniez ces vers par écrit.

LE VICOMTE

C'est assez de vous les avoir dits , et je dois en demeurer là. Il est permis d'être parfois assez fou pour faire des vers, mais non pour vouloir qu'ils soient vus.

JULIE

C'est en vain que vous vous retranchez sur une fausse modestie; on sait dans le monde que vousavez de l'esprit; et je ne vois pas la raison qui vous oblige à cacher les vôtres.

LE VICOMTE

Mon Dieu! madame, marchons là-dessus, s'il vous plaît, avec beaucoup de retenue; il est dangereux dans le monde de se mêler d'avoir de l'esprit. Il y a là dedans un certain ridicule qu'il est facile d'attraper, et nous avons de nos amis qui me font craindre leur exemple.

JULIE

IMonDieu! Cléante, vous avez beau dire; je vois avec tout cela que vous mourez d'envie de me les donner; et je vous embarrasserais, si je faisais semblant de ne m'en pas soucier.

LE VICOMTE

l\Ioi! madame; vous vous moquez; et je ne suis pas si poète que vous pourriez bien croire, pour... î\Iais voici votre madame la comtesse d'F.searbagnas.

Te sors par l'aulre porte pour ne la point trouver, et vais disposer tout mon monde au divertissement que |i' vous ai promis.

LA COMTESSK DESCARBAGNAS, SCÈNE IV.

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