‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1154 sur 1284 · ARMANDE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

ARMANDE, HENRIETTE

ARMANDE

Quoi ! le beau nom de fille est un titre , ma sœur , Dont vous voulez quitter la charmante douceur .' Et de vous marier vous osez faire fête ? Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête?

HENRIETTE

Oui , ma sœur.

ARMANDE

Ah ! ce oui se peut-il supporter .' Et sans un mal de cœur saurait-on l'écouter ?

HENRIETTE

Qu'a donc le mariage en soi qui vous oblige, Ma sœur?...

ARMANDE

Ah ! mon Dieu ! fi !

■ Une servante de Molière qui portait ce nom.

HENRIETTE

Conunent ?

ARMANDE

Ah! fi! vousdis-je.

Ne concevez-vous point ce que , dès qu'où l'entend , Un tel mot à l'esprit offre de dégoi'itant ; De quelle étrange image on est par lui blessée. Sur quelle sale vue il traîne la pensée? N'en frissonnez-vous point ? et pouvez-vous, ma sœur Aux suites de ce mot résoudre votre cœur ?

HENRIETTE

Les suites de ce mot , quand je les envisage , Me font voir un mari , des enfants , un ménage ; Et je ne vois rien là, si j'en puis raisonner, Qui blesse la pensée , et fasse frissoimer.

ARMANDE

De tels attachements , ô ciel ! sont pour vous plaire?

HENRIETTE

Et qu'est-ce qu'à mon âge on a de mieux à faire Que d'attacher à soi , par le titre d'époux , Un homme qui vous aime , et soit aimé de vous ; Et de cette union de tendresse suivie , Se faire les douceurs d'une innocente vie ? Ce nœud bien assorti n'a-t-il pas des appas ?

Mon Dieu ! que votre esprit est d'un étage bas !

Que vous jouez au monde un petit personnage.

De vous claquemurer aux choses du ménage ,

Et de n'entrevoir point de plaisirs plus touchants

Qu'une idole d'époux et des marmots d'enfants!

Laissez aiLX gens grossiers , aux personnes vulgaires ,

Les bas amusements de ces sortes d'affaires.

A de plus hauts objets élevez vos désirs ,

Songez à prendre un gotU des plus nobles plaisirs ,

Et traitant de mépris les sens et la matière,

A l'esprit, comme nous , donnez-vous tout entière.

Vous avez notre mère en exemple à vos yeux ,

Que ilu nom de savante on honore en tous lieux;

racliez , ainsi que moi , de vous montrer sa fille ;

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