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LES FEMMES SAVANTES, ACTE I, SCÈNE II

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Aspirez aux clartés qui sont dans la famille ,

Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs

Que l'amour de l'étude épanche dans les cœurs.

Loin d'être aux lois d'un homme en esclave asservie,

Wariez-vous , ma sœur, à la philosophie ,

Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain ,

Et donne à la raison l'empire souverain ,

Soumettant à ses lois la partie animale,

Dont l'appétit grossier aux bêtes nous ravale.

Ce sont là les beaux feux, les doux attachements

Qui doivent de la vie occuper les moments ;

Et les soins où je vois tant de femmes sensibles

Me paraissent aux yeux des pauvretés horribles.

HENRIETTE

Le ciel, dont nous voyons que l'ordre est tout-puissant. Pour différents emplois nous fabrique en naissant; Et tout esprit n'est pas composé d'une étoffe Qui se trouve taillée à faire un philosophe. Si le vôtre est né propre aux élévations Où montent des savants les spéculations , Le mien , ma sœur, est né pour aller terre à terre , Et dans les petits soins son faible se resserre. Ke troublons point du ciel les justes règlements , Et de nos deux instincts suivons les mouvements. Habitez , par l'essor d'un grand et beau génie , I-es hautes régions de la philosophie , Tandis que mon esprit se tenant ici-bas , Goûtera de l'hymen les terrestres appas. Ainsi, dans nos desseins l'une à l'autre contraire , Nous saurons toutes deux imiter notre mère : Vous , du côté de l'âme et des nobles désirs ; Moi , du côté des sens et des grossiers plaisirs ; Vous , aux productions d'esprit et de lumière ; Moi, dans celles , ma sœur, qui sont de la matière.

AKMANDE.

Quand sur une personne on prétend se régler. C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler. Et ce n'est point du tout la prendre pour modèle , IMa sœur, que de tousser et de cracher comme elle.

HENBIETTE.

Mais vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez.

Si ma mère n'eût eu que de ces beaux côté ;

Et bien vous prend , ma sœur, que son noble génie

N'ait pas vaqué toujours à la philosophie.

De grâce , souffrez-moi , par un peu de bonté ,

Des bassesses à qui vous devez la clarté ;

Et ne supprimez point, voulant qu'on vous seconde,

Quelque petit savant qui veut venir au monde.

AEMANDE.

Je vois que votre esprit ne peut être guéri Du fol entêtement de vous faire un mari : [dre :

Mais sachons , s'il vous plaît , qui vous songez à pren- Volre visée au moins n'est pas mise à Clitandre?

HENBIETTE.

Et par quelle raison n'y serait-elle pas .' Manque-t-il de mérite? est-ce un choix qui soit bas?

ARMANDE

Non; mais c'est un dessein qui serait malhonnête Que de vouloir d'une autre enlever la conquête ; Et ce n'est pas un fait dans le monde ignoré Que Clitandre ait pour moi hautement soupiré.

HENRIETTE. [nes ,

Oui ;mais tous ces soupirs chez vous sont choses vai- Et vous ne tombez point aux bassesses humaines ; Votre esprit à l'hymen renonce pour toujours. Et la philosophie a toutes vos amours.

Ainsi , n'ayant au cœur nul dessein pour Clitandre, Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre?

ARMANDE

Cet empire que tient la raison sur les sens Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens ; Et l'on peut pour époux refuser un mérite Que pour adorateur on veut bien à sa suite.

HENRIETTE

Je n'ai pas empêché qu'à vos perfections

Il n'ait continué ses adorations ;

Et je n'ai fait que prendre, au refus de votre âme,

Ce qu'est venu m'offrir l'hommage de sa flamme.

ARMANDE

Mais à l'offre des vœux d'un amant dépité Trouvez-vous , je vous prie , entière sûreté ? Croyez-vous pour vos yeux sa passion bien forte. Et qu'en son cœur pour moi toute flamme soit morte ?

HENRIETTE

Il me l'a dit, ma sœur; et pour moi, je le-croi.

ARMANDE

Ne soyez pas , ma sœur, d'une si bonne foi ;

Et croyez , quand il dit qu'il me quitte et vous aime ,

Qu'il n'y songe pas bien , et se trompe lui-même.

HENRIETTE

Je ne sais; mais enfin, si c'est votre plaisir, Il nous est bien aisé de nous en éclaircir : Je l'aperçois qui vient ; et sur cette matière , Il pourra nous donner une pleine lumière.

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