LES FEMMES SAVANTES, ACTE III, SCENE II
.le ii";ii l'it'ii fait en vers; mais j'ai lieu d'espérer (jueje pourrai bientôt vous montrer en amie, •
Huit chapitres du plan de notre académie, riaton s'est au projet simplement arrêté, (Juand dosa république il a fait le traité; Mais à l'effet entier je veux pousser l'idée Que j'ai sur le papier en prose accommodée. Car enfin , je nie sens un étrange dépit
I )u tort que l'on nous fait du côté de l'esprit ;
Kt je veux nous venger, toutes tant que nous sommes, De cette indigne classe où nous rangent les hommes, De borner nos talents à des futilités, Kt nous fermer la porte aux sublimes clartés.
ARMANDE
("est ftiire à notre sexe une trop grande offense, De n'étendre l'effort de notre intelligence Qu'à juger d'une jupe , ou de l'air d'un manteau , Ou des beautés d'un point, ou d'un brocart nouveau.
BÉLISE
II faut se relever de ce honteux partage,
Et mettre hautement notre esprit hors de page ■.
TKISSOTIN.
Pour les dames on sait mon respect en tous lieux ; Et , si je rends hommage aux brillants de leurs yeux , De leur esprit aussi j'honore les lumières.
PHILAMINTE
I.e sexe aussi vous rend justice en ces matières ; Mais nous voulons montrer à de certains esprits. Pont l'orgueilleux savoir nous traite avec mépris , Que de science aussi les femmes sont meublées ; Qu'on peut faire , comme eux , de doctes assemblées , Conduites en cela par des ordres meilleurs ; Qu'on y veut réunir ce qu'on sépare ailleurs , Mêler le beau langage et les hautes sciences , Découvrir la nature en mille expériences ; V.t sur les questions qu'on pourra proposer, Faire entrer chaque secte , et n'en point épouser.
TRISSOTIN
,1e m'attache pour l'ordre au péripatétisme.
PHILAMINTE
Pour les abstractions, j'aime le platonisme.
ARMANDE
Épicure me plaît, et ses dogmes sont forts.
BÉLISE
.le m'accommode assez , pour moi , des petits corps ; Mais le vide à souffrir me semble difficile , Et je goûte bien mieux la matière subtile.
' C'esl-à-(iir(? horsdi: la dêpcndancf d'autrui. Celte CX)>rcssioii vioni de l'ancienne clipv<ileiie. A l'.iRe de sept ans un rciitilhomnie élail placé auprès de quelque haut baron en qualilc di' vaqr, de damoiseau, ou de rarht : à quatorze ans il élail Imrs (iepajc, et devenait écuycr. ( Dktionn. d'S Pivirihs )
TRISSOTI.N.
Descartes, pour l'aimant, donne fort dans mon sens
ARMANDE
J'aime ses tourbillons.
PHILAMINTE
Aloi , ses mondes tombant».
Il me tarde de voir votre assemblée ouverte, Et de nous signaler par quelque découverte.
TRISSOTIN
On en attend beaucoup de vos vives clartés ; Et pour vous la aature a peu d'obscurités.
PHILAMINTE
Pour moi , sans me (lalter, j'en ai déjà fait une , Et j'ai vu clairement des hommes dans la lune.
BÉLISE
.le n'ai point encor vu d'hommes, comme je crois; l\Iais j'ai vu des clochers tout comme je vous vois.
ARMANDE
Tv'ous approfondirons, ainsi que la physique. Grammaire, histoire, vers, morale et politique.
PHILAMINTE
La morale a des traits dont mon cœur est épris , Et c'était autrefois l'amour des grands esprits ; Mais aux stoïciens je donne l'avantage.
Et je ne trouve rien de si beau que leur sage.
ARMANDE
Pour la langue, on verra dans peu nos règlements , Et nous y prétendons faire des remuements ». Par une antipathie, ou juste, ou naturelle. Nous avons pris chacune une haine mortelle Pour un nombre de mots, soit ou verbes, ou noms , Que mutuellement nous nous abandonnons : Contre eux nous préparons de mortelles sentences , Et nous devons ouvrir nos doctes conférences Par les proscriptions de tous ces mots divers Dont nous voulons purger et la prose et les vers •.
I\[ais le plus beau projet de notre académie , Une entreprise noble', et dont je suis ravie. Un dessein plein de gloire , et qui sera vanté
' Molière n'exagère rien. Les précieuses s'assemblaient pour disserter sur le beau langage, et pour admettre ou rejelor les expressions et les loculions nouvelles. Elles firent en effet de firands remuemenis dans noire langue, car nous leur devons une mullilude de phrases Ires-cnergiques, et jusqu'à l'orlllographe adoptée par Voltaire.
' Plusieurs académiciens avaient conçu le projet de bannir de la langue les mots les plus uliles, ciinime, car, encore, tiéanmni IIS, pourquoi, etc. Molière fait allusion .i ce ridicule projet, dontS;ùnl-Évremond et le docte Jlénage sciaient déjà moques ; le premier dans sa comédie intitulée le$ Académiciens, le second dans une a.ssez mauvaise pièce en vers qui avait eu cependant beaucoup de vogue. Celte pièce est inlilulcc Requêtes des Uicttounaircs. On la trouve dans un recueil in-l" publié en 1052, sous le liUe de Misccllaiica.