‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1222 sur 1284 · AH0AN · texte numérisé non relu

AH0AN

Comment, coquine! si je suis malade! Si je suis malade, impudente !

TOINETTE

Eh bien ! oui , monsieur, vous êtes malade; n'ayons point de querelle là-dessus. Oui, vous êtes fort malade, j'en demeure d'accord, et plus malade que vous ne pensez : voilà qui est fait. Mais votre fille doit épouser un mari pour elle; et, n'étant point malade, il n'est pas nécessaire de lui donner un médecin.

ARGAN

C'est pour moi que je lui donne ce médecin; et une fille de bon naturel doit être ravie d'épouser ce qui est utile à la santé de son père.

TOINETTE

Ma foi, monsieur, voulez-vous qu'en amie je vous donne un conseil ?

ARGAN

Quel est-il ce conseil ?

TOINETTE

De ne point songer à ce mariage-là.

Et la raison ?

TOINETTE

La raison , c'est que votre fille n'y consentira point.

ARGAN

Elle n'y consentira point?

TOINETTE

Non.

ABGAN.

Ma fille?

TOINETTE

Votre fille. Elle vous dira qu'elle n'a que faire de monsieur Diafoirus , ni de son fils Thomas Diafoirus , ni de tous les Diafoirus du monde.

ARGAN. i» ■'

J'en ai affaire , moi , outre que le parti est plus avantageux qu'on ne pense. Monsieur Diafoirus n'a que ce fils-là pour tout héritier; et, de plus, monsieur Purgon, qui n'a ni femme, ni enfant, lui donne tout son bien en faveur de ce mariage; et monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente.

TOINETTB.

Il faut qu'il ait tué bien des gens, pour s'être fait si riche!

ARGAN

Huit mille livres de rente sont quelque chose, sans compter le bien du père.

jTOlNETTE.

Monsieur, tout cela est bel et bon ; mais j'en re-

LE MALADE IMAGINAIRE, ACTE I, SCÈNE V

viens toujours là : je vous conseille, entre nous, de lui elioisir un autre mari; et elle n'est point faite pour être madame Diafoirus.

AUGAN.

Kt je veux, moi , que cela soit.

TOINBTTE.

lié , C ! ne dites pas cela.

AEGAN.

Comment ! que je ne dise pas cela ?

TOINETTE

né, non.

ABGAN.

Et pourquoi ne le dirai-je pas ?

TOINETTE

On dira que vous ne songez pas à ce que vous dites.

AEGAN.

On dira ce qu'on voudra; mais je vous dis que je veux qu'elle exécute la parole que j"ai donnée.

Non ; je suis sûre qu'elle ne le fera pas.

AUGAN.

.le l'y forcerai bien.

TOINETTE

Elle ne le fera pas , vous dis-je.

AEGAN.

Elle le fera , ou je la mettrai dans un couvent.

TOINETTE

Vous?

ABGAN.

Moi.

TOINETTE

Bon!

AliGAN.

Comment! bon?

TOINETTE

Vous ne la mettrez point dans un couvent.

AEGAN.

Je ne la mettrai point dans un couvent!

TOINETTE

AEGAN.

Non?

TOINETTE

Non.

AEGAN.

Ouais! Voici qui est plaisant! Je ne mettrai pas ma fdle dans un couvent , si je veux ?

TOINETTE

Non, vous dis-je.

ARGAN

Qui m'en empêchera ?

TOINETTE

Vous-même.

ABGAN.

Moi !

TOINETTE

Oui. Vous n'aurez pas ce cœur-là.

AEGAN.

Je l'aurai.

TOINETTE

Vous vous moquez .

AEGAN.

Je ne me moque point.

La tendresse paternelle vous prendra.

AEGAN.

Elle ne me prendra point.

TOINETTE

Une petite larme ou deux, des bras jetés au cou, un Mon petit papa mignon, prononcé tendrement, sera assez pour vous toucher.

AEGAN.

Tout cela ne fera rien.

TOINETTE

Oui, oui.

AEGAN.

Je vous dis que je n'en démordrai point.

TOINETTE

Bagatelles.

AEGAN.

Il ne fout point dire , Bagatelles.

TOINETTE

Mon Dieu! je vous connais, vous êtes bon naturellement.

ABGAN , avec emportement.

Je ne suis point bon , et je suis méchant quanil je veux.

Doucement, monsieur. Vous ne songez pas que vous êtes malade.

AEGAN.

Je lui commande absolument de se préparer à prendre le mari que je dis.

TOINETTE

Et moi , je lui défends absolument d'en faire rien.

AEGAN.

Où est-ce donc que nous sommes ? Et quelle audace est-ce là, à une coquine de servante, de parler de la sorte devant son maître?

TOINETTE

Quand un maître ne songe pas à ce qu'il fait , une servante bien sensée est en droit de le redresser. ABGAN , courant après Toinette.

Ail! insolente, il faut que je t'assomme. TOINETTE , évitant Argan , et mettant la cliaise

entre elle et lui.

Il est de mon devoir de m'opposer aux choses qui 1 vous peuvent déshonorer.

LE MALADE IMAGINAIRE, ACTE I, SCENE VII

A KO AN , courant après Toinette autour de la chaise avec son bâton.

Viens, viens, que je t'apprenne à parler! TOINRTTE , se sauvant du côté où n'est point Jrgan. Je m'intéresse, comme je dois, à ne vous point laisser faire de folie

ARGAN, de même. Chienne!

TOINETTE , de même.

Non , je ne consentirai jamais à ce mariage.

AROAN, de même.

Pendarde !

TOiNEXTE , de même.

Je ne veux point qu'elle épouse votre Thomas Diafoirus.

ARGAN, de même.

Carogne!

TOINETTE , de même.

Et elle m'obéira plutôt qu'à vous.

ARGAN, s'arrêtant.

Angélique, tu ne veux pas m'arréter cette coquinolà?

ANGÉLIQUE

Hé! mon père, ne vous faites point malade.

ARGAN , à Angélique.

Si tu ne me l'arrêtes, je te donnerai ma malédiction.

TOINETTE, en s'en allant.

Et moi , je la déshériterai , si elle vous obéit.

ARGAN , se jetant dans sa chaise.

Ah! ah! je n'en puis plus. Voilà pour me faire mourir.

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