‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1273 sur 1284 · ARGAN, RÉRALDE, ANGÉLIQUE, CLÉANTE, TOINETTE · texte numérisé non relu

ARGAN, RÉRALDE, ANGÉLIQUE, CLÉANTE, TOINETTE

ANGÉLIQUE

Ah! quelle surprise agréable! Jlon père, puisque, par un bonheur extrême, le ciel vous redonne à mes vœux , souffrez qu'ici je nie jette à vos pieds pour vous supplier d'une chose. Si vous n'êtes pas favorable au penchant de mon cœur ; si vous me refusez Cléante pour époux, je vous conjure au moins de ne me point forcer d'en épouser un autre. C'est toute la grâce que je vous demande.

CLÉAKTE , se jetant aux genoux d'Argan.

Eh! monsieur, laissez-vous toucher à ses prières

et aux miennes; et ne vous montrez point contraire aux mutuels empressements d'une si belle inclination.

BÉR\LDE.

Mon frère, pouvez-vous tenir là contre?

TOINETTE

ÎMonsieur, serez-vous insensible à tant d'amour?

ABGAN.

Qu'il se fasse médecin , je consens au mariage. ( à Cléante.) Oui, faites-vous médecin, je vous donne ma fille.

CLÉANTE

Très-volontiers, monsieur. S'il ne tient qu'à cela pour être votre gendre, je me ferai médecin, apothicaire, même, si vous voulez. Ce n'est pas une affaire que cela , et je ferais bien d'autres choses pour obtenir la belle Angélique.

BÉRALDE.

IMais , mon frère , il me vient une pensée. Faitesvous médecin vous-même. La commodité sera encore plus grande, d'avoir en vous tout ce qu'il vous faut.

Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt; et il n'y a point de maladie si osée que de se jouer à la personne d'un médecin.

ABGAN.

Je pense, mon frère, que vous vous moquez de moi. Est-ce que je suis en âge d'étudier?

BÉRALDE.

Bon, étudier! Vous êtes assez savant; et il y en a beaucoup parmi eux qui ne sont pas plus habiles que vous.

ARGAN

Mais il faut savoir bien parler latin , connaître les maladies, et les remèdes qu'il y faut faire.

BÉRALDE.

En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela; et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.

ABGAN.

Quoi ! l'on sait discourir sur les maladies quand on a cet habit-là?

BÉRALDE.

Oui. L'on n'a qu'à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.

TOINETTE

Tenez , monsieur, quand il n'y aurait que votre barbe, c'est déjà beaucoup; et la barbe fait plus de la moitié d'un médecin.

En tout cas, je suis prêt à tout.

BÉRALDE, à Argan.

Voulez-vous que l'affaire se fasse tout à l'Iieure?

LE MALADE IMAGINAIIU

Coniinenl, tout à l'heure?

lîFlUI.DK.

Oui, et ilnns votre maison.

ARGAN

Dans ma maison!

liÉRALDE.

Oui. .le connais une faculté de mes amies, (jui viendra tout à l'heure en faire la cérémonie dans votre salle. Cela ne vous coQtera rien.

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