VIK DE MOI.IKUK
« Viiiis savez ipic la liarn' H rluriiimiil sciiit île ses amis, " qu'elle; n'est iKiliit belle, i|iie c'est iin vrai squelette, et n qu'elle n'a pas le senseomnnni. — Je sais tout cela, mon- « sieur, lui répondit Molii'^rc; mais je suis accoutumé ii ses ■1 défauts ; et il faudrait que je prisse trop sur moi pour m'ac- " mninioder aux imperfections d'une autic; je n'en ai ni le •< teuq)s ni la patience. >• Peut-être aussi qu'une autre n'aurait pas voulu de l'attachement de Molière; il traitait l'engaiiemcnt avec négligence, et ses assiduités n'étaient pas trop fatij^antes pour une femme ; en huit jours une petite conversation, c'en était assez pour hii , sans qu'il se mit en peine d'être aimé, excepté de sa femme, <lont il aurait acheté la tendresse pour toule chose au momie. Mais ayant été malheureux de ce côté-là, il avait la prudence de n'en parler jamais (|u'îi ses amis; encore fallait-il qu'il y fût indispensahlement obligé
C'était riionnne du monde ([ui se faisait le plus servir; il fallait l'habiller comme un siand seigneur, et il n'aurait pas arrangé les plis de sa cravate. Il avait un valet, dont je n'ai pu savoir ni le nom, ni la famille, ni le pays; mais je sais que c'était un domestiipie assez épais, et (pi'il avait soin d'habiller Molière. Un malin qu'il le chaussait à Chambord , il mit un de ses bas à l'envers. « Un tel , dit grave- <i ment .Molière, ce bas est à l'envers. « Aussitôt ce valet !e prend par le haut, et en dépouillant la jambe de son maître, met ce bas à l'enilroit : mais conq)lant ce changement pour rien , il enfonce son bras dedans, le retourne pour chercher l'endroit; et l'envers revenu dessus, il rechausse Molière. « Un tel , lui dit-il encore froidement , ce bas est à l'envers. >• I.e stupide domestique , qui le vit avec surprise, reprend le bas, et fait le même exercice que la première fois; et s'imaginant avoir réparé son peu d'intelligence , et avoir donné sûrement à c« bas le sens où il devait être , il chausse sou maître avec contiance; mais ce maudit envers se trouvant toujours dessus, la patience échappa à Molière. « Oli, par- « bleu ! c'en est trop , dit-il en lui donnant un coup de pied ri qui le fit tomber à la renverse ; ce maraud-là me chaussera « éternellement à l'envers : ce ne seia jamais qu'un sol , " quelque métier qu'il fasse. — Vous êtes philosophe! Vous Il êtes plutôt le diable , » lui répondit ce pauvre garçon , qui fut plus de vingt-quatre heures à comprendre comment ce malheureux bas se trouvait toujours à l'envers '.
On dit que le Pourceaugnac fut fait à l'occasion d'un gentilhomme limousin qui, un jour de spectacle, et dans une (|uerelle qu'il eut sur le théâtre avec les comédiens, étala une partie du ridicule dont il était chargé. )l ne le porta pas loin. Molière, pour se venger de ce campagnard, le mit en son jour sur le théâtre, et en fit un divertissement au goi'it du ])enple, qui se réjouit fort à cette pièce, laquelle fut jouée à Cliambord au mois de septembre de l'année 1669, et à Pai is un mois après ^.
An mois d'octobre 1670, l'on représenta le Bourgeois gen/illiomme à Chanihord, où elle obtint un grand succès. Au mois de novembre suivant, elle obtint le même succès
' Ck la Barre élait musicien. La Fontaine l'a placé au nombre (les auteurs de chants mélodieux dans son Èpllrc sur l'Opéra , adressée à M. de Nicrt, 1077. Voilà tout ce que nous avons pu découvrir sur ce rival de Molière. Quant à Florimont, il nous est inconnu.
' L'auteur de la Lcllrc critique sur la vie de Molière dit que ce vnlet, qui ne savait pas chaus.ser son niaitre, devint habile mécanicien , et qu'il lit fortune dans les affaires. Cet homme se nommait Provençal , mais il changea de nom en changeant {\'(lat, et son nouveau nom ne nous est pas parvenu.
3 C'est une opinion généralement répandue à Limoges que Molière se vengeadu mauvais accueil cju'il reçut dans cette ville en composant sa comédie de Pourceaugnac
i Paris. Chaque bourgeois y croyait trouver son voisin peint au naturel ; et il ne se lassait (wint d'aller voir ce (Mirlrait : le spectacle d'ailleurs, quoique outré et hors du vraisemblable, mais parfaitement bien exécuté, attirait les spectateurs ; et on laissait gronder les critiques sans faire attention à ce qu'ils disaient contre cette pièce.
Il y a des gens de ce temp.s-ciqui prétendent que Molière ait pris l'iilée du Bourgeois gentilhomme dans la per.sonne lie Canilouiii, chapelier, qui avait consunimé cinquante mille i';cus avec une fenune que .Molière connaissait, et à qui le Gandoniii donna une belle maison qu'il avait à Meudon. Quand cet homme fut abîmé, dit-on. Il voulut plaider pour rentrer en possession de son bien. Son neveu , qui était procureur, et de meilleur sens que lui, n'ayant pas voulu entrer dans son sentiment, cet oncle furieux lui donna un coup de couteau, dont pourtant il ne mourut pas : mais on lit enfermer ce fou à Charenlon , d'où il se sauva par-dessus les murs. Bien loin que ce bourgeois ait servi d'original à Molière jiour sa pièce, il ne l'a conim ni devant ni après l'avoir faite; et il est indifférent à mon sujet que l'aventure de ce chapelier soit arrivée, ou non, après la mort de Molière.
Les Femmes savantes obtinrent d'abord peu de succès. Ce divertissement, disait-on, était sec, peu intéressant, et ne convenait qu'à des gens de lecture. « Que m'im|)ortc,
n s'écriait M. le marquis , de voir le ridicule d'un pédant .'
« est-ce un caractère à m'occuper.^ Que Molière en prenne « àlacour,s'il veut me faire plai.sir. — Oùa-l-il été déterrer, « ajoutait M. le comte de...., ces sottes femmes sur lesquelles " il a travaillé aussi sérieusement ipie sur un bon sujet ? Il « n'y a [las le mot pour rire à tout cela pour l'homme de « cour et pour le peuple. » Le roi n'avait point parlé k la première représentation de cette pièce; mais à la seconde, qui se donna à Saint-Cloud, Sa Majesté dit à Molière que la première fois elle avait dans l'esprit autre chose qui l'avait empêchée d'observer sa pièce; mais qu'elle était trèsbonne, et qu'elle lui avait fait beaucoup de plaisir. Molière n'en demandait pas davantage, assuré que ce qui plaisait au loi était bien reçu des connaisseurs, et assujettissait les autres. Ainsi il donna sa pièce à Paris avec confiance le 1 1 de mai 1672'.
J'ai as.sez fait connaître que Molière n'avait pas toujours vécu en intelligence avec sa femme , il n'est pas même nécessaire que j'entre dans de plus grands détails pour en faire voir la cause. Mais je prends ici occasion de dire que l'on a débité, et que l'on donne encore aujourd'hui dans le public, plusieurs mauvais mémoires remplis de faussetés à l'égard de Molière et de sa femme. Il n'est pas jusqu'à M. Bayle qui, dans son Dictionnaire historique, et sur l'autorité d'un indigne mauvais roman, ne fasse faire un personnage à Molière et à sa femme, fort au-dessous de leurs senlimenls, et éloigné de la vérité sur cet article-là. Il vivait en vrai philo sophe; et toujours occupé de plaire à son prince par ses ouvrages, et de s'assurer une réputation d'Iioimête homme, il >ie mettait peu en peine des humeurs de sa femme, qu'il laissait vivre à sa fantaisie, quoiqu'il conservât toujours pour elle une \ éritable tendresse. Cependant ses amis essayèrent de les raccommoder, ou, (loiu' mieux dire, de les faire vivre avec plus de concert. Ils y réussii eut ; et Molière , pour rendre leur union plus parfaite, quitta l'usage du lait, qu'il n'avait point discontinué jusqu'alors, et il se mit à la viande ;
' Ce fut peu de temps après la représentation des Femmes savantes que Louis XtV demanda à Boileau quel était le plus grand écrivain qui eût illustré son règne. Boileau nomma Molière. CI Je ne le croyais p.LS , poursuivit le roi ; mais vous vous <i y connaissez mieux que moi. " Ce mot , qui passa niissilôl de liouche en bouche, mil le comble à la gloire de Molière.
VIE DE MOLIÈRE
cccliangcmeul daliiut'iils ledoulila sa loiix et sa fluxion sur la iwitrine". Cependant il ne laissa pas d'achever le Malade imaginaire, qu'il avait commencé depuis du temps : tai-, comme je l'ai déjà dit, il ne travaillait pas vite, mais il n'était pas fâché qu'on le crût expéditif. Lorsque le roi lui demanda un divertissement , et qu'il donna Psyché , au mois lie janvier 1G72, il ne désabusa point le public que ce qui était de lui , dans celte pièce , ne Wt fait ensuite des ordres du roi ; mais je sais qu'il était travaillé un an et demi auparavant ; et ne pouvant pas se résoudre d'achever la pièce en aussi peu de temps qu'il en avait, il eut recours à M. de Corneille pour lui aider 2. On sait que celte pièce eut à Paris, au mois de juillet 1672, tout le succès qu'elle méritait. 11 n'y a pourtant pas lieu de s'étonner du temps que Jlolière mettait à ses ouvrages; il conduisait sa li'oui)e, il se chargeait toujoius des plus grands rôles; les visites de ses amis et des grands seignems étaient fréquentes, tout cela l'occupait suffisamment pour n'avoir pas beaucoup de temps à donner à son cabinet; d'ailleurs sa santé étant très-faible, il était obligé de se ménager.
Dix mois après son racconmiodement avec sa femme , il donna, le 10 de févTier de l'année 1673, le Malade imaginaire, dont on prétend qu'il était l'original. Cette pièce eut l'applaudissement ordinaire que l'on donnait à ses ouvrages , malgré les critiipies qui s'élevèrent. C'était le sort de ses meilleures pièces d'en avoir, et de n'être goûtées qu'après la réflexion ; et l'on a remarqué qu'il n'y a guère eu que les Précieuses ridicules et YAmphitrijon qui aient pris tout d'un coup.
Le joiu- que l'on devait donner la troisième représentation du Malade imaginaire, Molière se trouva tommenté de sa fluxion beaucoup plus qu'à l'ordinaire, ce qui l'engagea de faire appeler sa femme , à qui il dit , en présence de Baron : " Tant que ma vie a été mêlée également de douleur et de » plaisir , je me suis cru heureux ; mais aujoiu-d'hui que je « suis accablé de peines sans pouvoir compter sur aucun mo-
' Deux mois avant la mort de Molière , M. Desprcaux alla le voir , et le trouva fort incommodé de sa toux , et faisant des efforts de poitrine qui semblaient le menacer d'une tin prochaine. Molière , assez froid naturellement , lit plus d'amitié que jamais à M. Despréaux. Cela l'engagea à lui dire : Mon pauvre monsieur Molière, vous voilà dans un pitoyable état. La contention continuelle de votre esprit, l'agitation continuelle de vos poumons sur votre théâtre, tout enfin devrait vous déterminer à renoncer à la représentation : n'y a-t-il que vous dans la troupe qui puisse exécuter les premiers rôles? Contentez- vous de composer, et laissez l'action tlieàtr;Ue à quelqu'un de vos camarades : cela vous fera plus d'honneur dans le public, qui regardera vos acteurs comme vos gagistes ; vos acteurs , d'ailleurs , qui ne sont pasdes plus souples avec vous, sentiront mieux votre supériorité : i< Ah; monsieur, répondit Molière, que me dites-vous « là? il y a un honneur pour moi à ne point quitter. » Plaisant point d'honneur, disait en soi-même le satirique , qui consiste à se noircir tous les jours le visage pour se faire une moustache de SfjanavfifCf et à dévouer son dos à toutes les bastonnades de la comédie ! Quoi ! cet homme , le premier de notre temps pour l'esprit et pour les sentiments d'un vrai philosophe, cet ingénieux censeur de toutes les fohes humaines, en a une plus extraordinaire que celles dont il se moque tous les jours ! cela montre bien le peu que sont les hommes. {Ménagiaiia et Botéana. )
' Molière ne composa que le prologue, le premier acte, la première scène du second, et la première du troisième. Corneille lit tous les autres vers qui se récitent, et Mohére avertit luinièrae que ce grand poète n'avait employé qu'une quinzaine de jours à ce travail. Qumault se chargea de tout ce qui devait être chanté, à la réserve de la plainte italienne, dont les paroles furent fournies par Lidii. Quinault ayantensuite jugé à proposde faire une tragédie en musique sur le même sujet, reprit tout ce qu'il avait prêté à MoUèrc. ( fit- de MuUire , écrite en 1721. )
<i ment de satisfaction et de douceur, je vols bien qu'il me n faut quitter la partie : je ne puis plus tenir contre les doun leiu-s et les déplaisirs, qui ne me donnent pas un instant « de relâche. Mais, ajouta-t-il en réfléchissant, qu'un homme « soufl're avant que de momir ! Cependant je sens bien que « je finis. » La Molière etBaion furent vivement touchés du discours de M. de JNIolière, auquel ils ne s'attendaient pas , quelque incommodé qu'il fût. Ils le conjurèrent, les larmes aux yeux, de ne point jouer ce jour-là , et de prendre du repos pour se remettre. « Comment voulez-vous que je feisse ? " leur dit-il ; il y a cinquante pauvres ouvriers qui n'ont <iue « leur journée poiu'vivrejque feront-ils, si l'on ne joue pas .' « Je me reprocherais d'avoir négligé de leur donner du pain Il un seul jour, le pouvant faire absolument. » Mais il envoya chercher les comédiens , à qui il tlit que se sentant plus incommodé que de coutmne, il ne jouerait point ce jour-la s'ils n'étaient prêts à ((uatre heures précises pour jouer la coméilie; " sans cela, leur dit-il, je ne puis m'y trouver, et •1 vous pourrez rendie l'argent. » Les comédiens tinrent les lustres allunrés et la toile levée précisément à quatre heures. Molière représenta avec beaucoup de difficulté, et la moitié des spectateurs s'aperçut ([n'en prononçant /«jo, dans la cérémonie du Malade imaginaire, il lui prit une convulsion. Ayant remarqué lui-même que l'on s'en était aperçu , il se lit un effort , et cacha par un ris forcé ce qui venait de lui arriver.
Quand la pièce fut finie, il prit sa robe de chambre et fut dans la loge de Baron , et il lui demanda ce que l'on disait de sa pièce. M. Baron lui répondit que ses ouvrages avaient toujours ime heureuse réussite à les examiner de près, et que plus on les représentait, plus on les goûtait. « Mais , ajoutait t-il, vous me paraissez plus mal que tantôt. — Cela est vrai, « lui répondit Molière; j'ai un froid qui me tue. » Baron, après lui avoir louché les mains, qu'il trouva glacées, les lui mit dans son manchon pour les réchauffer; il envoya chercher ses porteurs pour le porter promptement chez lui , et il ne quitta point sa chaise, de peur qu'il ne lui arrivât quehpie accident du Palais-Royal dans la rue de Richelieu, où il logeait. Quand il fiit dans sa chambre, Baron voulut lui faire prendre du bouillon, dont la Molière avait toujours piovision pour elle; car on ne pouvait avoir plus de .soin de sa pcr.'^onne qu'elle en avait. ■< Eh , non 1 dit-il , les bouillons de ma femme c< sont de vraie eau-forte pour moi; vous savez tous lesiu- " giédienls qu'elle y fait mettre : doimez-moi plutôt un pe- « tit morceau de fromage de Parmesan. ■• Laforêt lui en apporta , il en mangea avec un peu de pain, et il se fit mettre au lit. Il n'y eut pas été un moment qu'il envoya demander à sa femme mi oreiller rempli d'une drogue tpi'elle lui avait promis pour dormir. « Tout ce qui n'entre point dans le corps, Il dit-il, je l'éprouve volontiers; mais les remèdes qu'il faut « prendre me font peur ; il ne faut rien pour me faire |)erdrc <i ce qui me reste de vie. « Un instant après il lui pj it une toux extrêmement forte , et après avoir craché il demanda du la lumière : « Voici , dit-il, du changement. » Baron ayant va le sang qu'il venait de rendre, s'écria avec frayeur, n Nevou. Il épouvantez point, lid dit Molière : vous m'en avez vu re::- ■1 die bien davantage. Cependant , ajouta-t-ll , allez dire à ni.i " femme qu'elle monte. » Il resta assisté de deux sœurs religieuses , de celles qui viennent ordinairement à Paris quêter pendant le caiême, et auxquelles il donnait l'hosiiitalitè Elles lui prodiguèrent à ce dernier moment de sa vie tout le secoms édifiant que l'on pouvait attendre de leur charité , li Il leur fit paraître tous les sentiments d'un bon chrétien , t i toute la résignation qu'il devait à la volonté du Seigneui. Enfin il rendit l'esprit entre les bras de ces deux bonnes sieurs; le sang qui sorl;iil par sa bouche en abondance l'étouffa. Ainsi, quand sa femme et Bai on leuioutèront, ilsla
trmivèrciil mnri. J'ai cru ipie je devais entier dans le di^lail de la niiirl <le Molii^re , Jiour désabuser h; public de plusieurs liistiiires (|ue l'on a faites à cette occasion. Il mourut ' le vendredi l?" du mois de février de l'année lfi73', âgé de ciii- . [uante-trois ans, regretté de tous les gtms de lettres, des courtisans et du peniile. Il n'a laissé qu'une fille. Mademoiselle l'0(|uelin fait connaître, par l'arrangement de .sa conduite*, et par la solidité et l'agrément de sa cxjnversation, qu'elle a moins hérité des biens de son père, que de .ses tonnes qualités.
Aussitôt que Molière fut mort, Baron fut à Saint-Germain in informer le roi; Sa Majesté en fut touchée, et daif,nia le témoigner. C'était un homme de probité, et qui avait des setitimenls peu couununs parmi les personnes de .sa naissance; on doit l'avoir remarqué pai- les traits de sa vie cpie j'ai rapportés ; et ses ouvrages font juger de son esprit beaucfluii micusi (pie mes expressions. Il avait un attachenienl inv iolable jiour la personne du roi ; il était toujours occupé de plaire à Sa Majesté, sans cependant négliger l'estime ihi public , à lacpielle il était fort sensible, il était ferme dans son amitié, el il savait la placer. M. le maréchal de Vivonne était celui des grands seigneurs qui l'honorait le plus de la sienne. Chapelle fut saisi de douleur à la mort de son ami ; il crut avoir perdu toute consolation, tout secours, et il doima des marques d'une adliction si vive, que l'on doutait qu'il lui survéciit longtemps.
' Molière est mort dans la maison qu'il habitait rue de Richelieu , près de l'académie des peintres , en face de la fontaine , a l'angle des rues 'l'raversièrc et Richelieu ; cette maison est aujourd'hui numérotée :ii. (Beffak.v.)
2 Molière n'avait que cinquante et un ans un mois et deux jours, lorsque la France le perdit. Un de ses contemporains a tracé de lui le portrait suivant : « La postérité lui sera redevable de la « belle comédie : il a su l'art de plaire, qui est le grand art; et il « a châtié avec tant d'esprit et le vice et l'ignorance, que bien Il des gens se sont corrigés à la représentation de ses ouvrages <i pleins de gaieté, ce qu'ils n'auraient pas fait ailleurs à une « exhortation rude et sérieuse. Comme habile médecm , il dé- <c guisait le remède et en otait l'amertume, et par une adresse « particulière et inimitable , il a porté la comédie à un point de ■■ perfection qui l'a rendue à la fois divertissante et utile. Mais <i Molière ne composait pas seulement de beaux ouvrages, il <• 8'acquittail aussi de son riiie admirablement, il faisait unconin plimcnt de bonne grâce, et était à la fois bon poète, bon con médien , et bon orateur, le vrai Trismégiste du théâtre. Outre <i ces grandes qualités, il possédait celles qui font l'honuète Il homme; il était généreux et bon ami, civil et honorable en Il loutes ses actions, modeste à rece\oir les éloges qu'on lui <i donnait, savant sans le vouloir paraître , et il'une ccin\ersaci lion si douce et si aisée, que les premiers de la cour el de la Il ville étaient ravis de l'enlrelenir*. » Molière réunissait à lui seul tous les talents nécessaires à un comédien. 11 a été si excellent acteur pour le comique , quoique très-médiocre pour le sérieux, qu'il n'a pu èlie imile que trè.s-iniparfaitement par ceux qui ont joué ses rôles après sa mort. 11 a aussi entendu admirablement les habits des acteurs, en leur donnant leur véritalile caractère; et il a eu encore le don de leur disiribuer si bien les personnages, et de les instruire ensuite si parfaitement, qu'ils semblaient moina (fi's acteurs de cnmcdie que les vraies persniiiics qu'ils représenlaieul. (Perrault, Eloge des Hommes tllnslres , p. 7i'. )
3 La tille que Molière avait eue de son mariage avec mademoiselle Béjart fut nommée Ksprit-Marie-Madeleiue Poquelin Molière. Elle était gramle.bien faite, peu jolie; mais elle réparait ce défaut par beaucoup d'esprit. Lassée d'attendre un parli du choix de sa mère, elle se laissa enlever par le sieur Claude Rachcl , écuyer, sieur de iVIuntalant. Mademoiselle Stolière , remariée pour lors à Cuérin d'Ktriehé, lit quelques poursuites ; mais des amis communs accoramodèreut l'affaire. M. et madame de
' Le lliMtre franrnh f divisé en trois livres, par Chfipusniilt, p. 100, inlS. LyoD, IC73.
VIE DE MOLIERE
Tout le monde sait les difficuUé.s ([ue l'on eut à faire enterrer Molière ' comme un chrétien catholique, et conmient on obtint, en considération de son mérite et de la droiture de ses sentiments, dont on lit des informations, qu'il fût inhumé à Saint-Joseph. Le jour qu'on le [xirta en terre, il s'amassa une foule incroyable de |ieuple devant sa |K)rte. La Molière en fut épouvantée; elle ne pouvait pénétrer l'intention de celte populace. On lui cjinseilla de répandre une centaine de pistoles par les fenêtres. Elle n'hésita [loint : elle les jeta à ce peuple amassé, en le priant, avec des termes si touchants, de donner des prières à son mari, qu'il
Montalant sont morts à Argcnteuil près Paris , sans postérité. (Cizrrnn Riva', page 14.)
' Voici une anecdote peu connue, trouvée manuscrite dans les papiers de Brossette. n Lorsque Molière fut mort , sa femme « alla à Versailles se Jeter aux pieds du roi pour se plaindre de Il l'injure que l'on faisait à la mémoire de son mari en lui refu- II sant la sépulture (l'archevêque du Harlayavaitdefindu qu'on II l'inhumât); mais elle Ut fort jjial sa cour en disant au roi que 'I si son mari était criminel, ses crimes avaient été autorisés par " .Sa Majesté même. Pour surcroit de malheur, la .Molière avait n amené avec elle le curé d'Auteuil pour rendre témoignage des II bonnes mceurs du défunt , qui louait une maison dans ce vil- ■I lage. Ce curé, au lieu de parler en faveur de Molière, entreprit Il mal àpropos desejustilierlui-mème d'une accusation dejan- II sénisme, dont il croyait qu'on l'avait chargé auprès de Sa Mail jesté. Ce contre-temps acheva de tout gâter : le roi les renvoya Il brusquement l'un et l'autre, en disant à la Molière que l'af- « faire dont elle lui parlait dépendait du ministère de M. l'ar- II chevèque. u (Cizeron Rival, pages 23 et 21.) Ajoutons ici que le roi fit donner au prélat les ordres nécessain's pour que la sépulture fût accordée. Nous croyons devoir rapporter la supplication que la veuve de Molière adressa à l'arclievèqua de Paris , et l'ordonnance de ce dernier.
n A monseigneur l'illustrissime et révirendissime archevêque « de Paris.
■I Da 17 féTTier 1073.
II Supplie hiunblemcnt Elisabeth - Claire - Grasinde Béjart, Il veufve de Jean-Baptiste Poquelin de Molière , vivant valet de Il chambre et tapissier du roy,et l'un des comédiens de sa Il trouppe , et en son absence Jean Auhry son beau-frère ' , di- II sant que vendredy dernier, dix-septième du présent mois de Il febvrier mil six cent soixante-treize, sur les neuf heures du Il soir, ledict feu sieur de Molière s'eslani trouvé malade de la Il maladie dont il décéda environ une heure aprè.s, il voulut Il dans le moment tesmoigner des marques de ses fautesel mourir Il en bon chrestien ; à l'effet dequoy avecq inslanci's il demanda Il un prestre pour recevoir les sacrements, et envoya par plu- II sieurs fois son valet et servante à Sainct-Eustaclie sa paroisse. Il lesquels s'adressèrent à messieurs Lenfanl el Lecliat, deux Il prestres habiUuz en ladicte paroisse, i|ui refusèrc^nt plusieurs Il fois de venir ; ce qui obligea le sieur Jean Auhry d'y aller lui- II mesme pour en faire venir, et de faict list lever le nommé Il Paysant, aussi prestre habit ué audici I ieu ; et comme toutes ces II allées et venues tardèrent plus d'une heure et demye , pendant II lequel temps ledict feu Molière décéda, el ledict sieur Pay- II sant arriva comme il venoit d'expirer; et conmie ledict sieur Il Molière est décédé sans avoir reçu IcsacrenienI de confession Il dans un temps où il venoit de représenter la comédie, mon-. II sieur le curé de Saincl-Enstache lui refu.se la sépulture, ce Il qui oblige la 5up))liante vous préseuter la présente rcqueste, II pour luy estre sur ce po\irv u.
II Ce considéré, monseigneur, et attendu ce que dessus, el Il que ledict défunct a demandé auparavant que de mourir un II prestre pour estre confessé, qu'il est mort dans le sentiment Il d'un bon chrestien , ainsy qu'il l'a témoigné en présence de Il deux dames religieuses, demeurant en la mesme m.uson, d'un Il gentilhomme nommé M. Couton , entre les bras de qui il est
' Ce pn.ssage conOrine les oliservntions de M. Bcffara sur l'acte do nlarififîC. Jean Auhry avait épousa uaedc.i sœurs de madame Molière; el si madame Molière e6l été fille de la Béjart, cel Aoljrj aurait M sou oncle, el non son beau frère.
VIE DE MOLIÈRE
n'y eut («rsonue de ces gens-là qui ne priai Dieu de lout son c(pur'.
Le convoi se fit tranquillement, à la clarté de près de cent flambeaux, le mardi 21 de février. Comme il passait dans la rue Montmartre , on demanda à une femme qui litait celui qu'on portait en terre. « Hé ! c'est ce Molière , ■> répondit-elle. Une autre femme qui était à sa fenêtre et qui l'entendit , s'écria : « Comment , malUeureuse ! il est bien monsieur Il jiour loi '. »
Il ne fut pas mort que les épitaphes furent répandues par tout Paris. Il n'y avait pas un poète qui n'en eût fait ; mais il y en eut peu qui réussirent.
M. Huet , évêque d'Avranches , à qui une source profonde
.. mort , et de plusieurs autres personnes , et que M' Bernard , ■' prestre habitué en l'égUze Saincl-Germaiu , lui a administré '■ les sacrements a Pasque dernier , il vous plaise de grâce spé- ■' cialle accorder à ladicte suppliante que sondicl feu mary n soit inhumé et enterré dans ladicte églize Sainct-Eustache sa " paroisse , dans les voyes ordinaires et accoutumées, et ladicle " suppliante continuera les prières à Dieu pour votre prospérité •' l't santé , et ont signé. Ainsy signé ,
■1 Le Vasseur et Avbry , avecq paraphe.
•> Et aa<lessoub7, est escript ce qui suit :
•I Renvoyé au sieur abbé de Benjamin , nostre officiai , pour i« informer des faicts contenus en la présente requeste, pour ■1 mformation à nous rapportée estre enlinct ordonné ce que de » raison. Faict à Paris, dans nostre palais archiépiscopal, le " vingtiesme febvrier mil six cent soixante-treize.
Signé, Archevesque de Paris. ■• Extrait des registres de l'archevêché de Paris.
H Veu ladicte requeste, ayant aucunement esgard au.x preuves « résultantes de l'enqueste faite par mon ordonnance, nous " avons permis au sieur curé de Sàinct-Eostacbe de donner la n sépulture ecclésiastique au corps du défunct Molière dans le M cimetière de la paroisse , à condition néantmoins que ce sera « sans aucune pompe, et avec deux prestres seullement, et hors " des heures du jour ; et qu'il ne se fera aucun service solen- ■1 net pour luy , ny dans ladicle paroisse Sainct-Eustache ny « ailleurs, mesnie dans aucune églize des réguliers, et que nostre « présente permission sera sans préjudice aux régies du rituel " de nostre églize , que nous voulons estre observées selon leur « forme et teneur. Donné à Paris, ce vingtiesme febvrier mil « six cent soixante-treize. Ainsy signé ,
<• Archevesque de Paris.
r. Et aa-dessoubz ,
« Monseigneur Morance, avecq paraphe, n
' Il La veuve de Molière lit porter une grande tombe de pierre qu'on plaça au milieu du cimetière de Saint-Joseph, où on la voit encore ( 1732). Cette pierre est fendue par le miUeu; ce qui fut occasionné par une action très-belle et très-remarquable de cette demoiselle. Deux ou trois ans après la mott de Molière , il y eut un hiver très-froid ; elle lit voiturer cent voies de bois dans ledit cimetière , lequel bois fut brûlé sur la tombe de son mari pour chauffer tous les pauvres du quartier : la grande chaleur du feu ouvrit celte pierre en deux. Voilà ce que j'ai appris, il y a enriron \ingt ans, d'un ancien chapelain de Saint-Joseph, qui me dit avoir assisté à l'enterrement de Molière, et qu'il n'était pas inhumé sous cette tombe, mais dans .m endroit plus éloigné, attenant à la maison du chapelain. (Titon du Tillet, Parnasse français, pag. 320. )
' L'enterrement fut faitpardeuxprétresquiaccompagnèrent le corps sans chanter. Molière fut inhumé dans le cimetière qui est derrière la chapelle de Saint-Joseph , rue Montmartre. Tous ses amis y assistèrent , ayant chacun un flambeau à la main . La Molière s'écriait partout : «QuoilTon refusera la sépulture à un Il homme qui a mérité des autels? » C'est ainsi que .M. de Brossetle explique ces deux vers de Boileau dans sa septième épitre : AvQDt qu'on pea de terre obtenu par prière Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière.
{rie de Molière, écrite en 1724.)
d'érudition avait mérité un des emplois les plus pi écieux de la cour, et qui est un illustre prélat aujourd'hui, daigna honorer la méJiioire de Molière par les vers suivants :
Plaudebat, Moleri, tibi plenis aula theatris;
Nimc eadem mœrens post tua fata gémit.
Si risum nobis movisses parcius olim ,
Parcius , heu ! lacrymis tingeret ora dolor.
« Molière, toute la cour, qui t'a toujours honoré de ses Il applaudissements sur ton théâtre comique, touchée au- II jourd'hui de ta mort, honore ta mémoire des regrets qui Il te sont dus : toute la France proportionne sa vive dou- II leur au plaisir que tu lui as donné par ta Hue et sage plai- II sauterie. »
Les personnes de probité et les gens de lettres sentirent tout d'un coup la perte que le théàtie comique avait faite par la mort de Molière. Mais ses eimemis , qui avaient fait tous leurs efforts inutilement pour rabaisser son mérite pendant sa vie , s'excitèrent encore après sa mort pour attaquer sa mémoire ; ils répétaient toutes les calomnies , toutes les faussetés , toutes les mauvaises plaisanteries que des poètes ignorants ou irrités avaient répandues quelques années auparavant dans deux pièces intitulées : le Peilrait du Peintre dont j'ai parlé, et Élonire hypocondre, ou les Médecins vengés'. C'était, disait-on, un homme sans mœurs, sans religion , mauvais auteur. L'envie et l'ignorance les soutenaient dans ces sentiments ; et ils n'omettaient rien pour les rendre publics par leurs discours ou par leurs ouvrages Il y en a même encore aujoiud'hui de ces personnes toujours portées à juger mal d'uu homme qu'ils ne sauraien imiter, qui soupçonnent la conduite de Molière, qui cher client les traits faibles de ses ouvrages pour le décrier. Mai j'ai de bons garants de la vérité que j'ai rendue au public à l'avantage de cet auteur. L'estime , les bienfaits dont le ro l'a toujours honoré , les persomies avec qui il avait lié amitié, le soin qu'il a pris d'attaquer le vice et de relever la vertu dans ses ouvrages, l'attention que l'on a eue de le mettre au nombre des hommes illustres , ne doivent plus laisser lieu de douter que je ne vienne de le peindre tel qu'il était ; et plus les temps s'éloigneront, plus l'on travaillera , plus aussi on reconnaîtra qne j'ai atteint la vérité , et qu'il ne m'a manqué que de l'habileté pour la rendre.
J'avais fort à cœur de recouvrer les ouvrages de Molière qui n'ont jamais vu le jour. Je savais qu'il avait laissé quelques fragments de pièces qu'il devait achever; je savais aussi qu'il en avait quelques-unes entières qui n'ont jamais paru. Mais sa femme, peu curieuse des ouvrages de son mari, les donna tous , quelque temps après sa mort , au sieur de la Grange, comédien, qui connaissant tout le mérite de ce travail, le conserva avec grand soin jusqu'à sa mort. La femme de celui-ci ne fut pas plus soigneuse de ces ouvrages que la Molière : elle vendit toute la bibliothèque de son mari , où apparemment se trouvèrent les manuscrits qui étaient restés après la mort de Molière.
Cet auteur avait traduit presque tout Lucrèce; et i] aurait achevé ce travail, sans un malheur qui arriva à son ouvrage. Un de ses domestiques, à qui il avait ordonné de mettre sa perruque sous le papier, prit m\ calder de sa traduction pour faire des papillotes. Molière n'était pas heureux en domestiques ; les siens étaient sujets aux étourderies , ou colle-ci doit être encore imputée à celui qui le chaussait à l'envers. Molière , qui était facile à s'indigner, fut si piqué de la destméede soncalxierde traduction, que, dans la colère, il jeta sur-le-champ le reste au feu. A mesure qu'il y avait travaillé , il avait lu son ouvrage à M. Rohault , qui en avait
> Le nom d'Ëlomire esl l'anagramme de celui de Molière.
VIK DK MOLIKRE.
Hé lr*s-satlsfait, comme ill'a témoigné à plusieurs personnes, l'our donner plus de goill à sa tradudion, Molière avait rendu en prose toutes les matières philosophiques , et il avait tiiis en vers les belles des(;ri|itions de Lucrèce '.
On s'étonnera peut-être que je n'aie point fait M. de Molière avocat. Jlais ce fait m'avait été absolument contesté par des personnes que je devais supposer en savoir mieux la vérité que le public; et je devais me rendre à leurs bonnes raisons. Cependant sa famille m'a si positivement assuré du contraire, que je me crois obligé de dire que Molière fit son droit avec un de ses camarades d'étude; que dans le temps «lu'il se (it recevoir avocat , ce camarade se fit comédien ; que l'un et l'autre eurent du succès chacun dans sa profession, et qu'enfin lorsqu'il prit fantaisie à Molière de quitter le barreau pour monter sur le théâtre, son camarade le comédien
' Molière ne nous a conservé qu'un seul morceau de cet ouvrage dans la scène v du deuxième acte du Misanthrope. Brossclte raconte qu'en I8M , Boileau étant chez M. du Broussin avec le duc de Vitry et Molière, « ce dernier y devait lire une tra- 1" ducUon de Lucrèce en vers français, qu'il avait faite dans sa '1 jeunesse. En attendant le diner, on pria Despréaux de réciter ft la satire adressée à Molière; mais après ce récit, Molière ne ■I voulut point lire sa traduction , craignant qu'elle ne fut pas n assez belle pour soutenir les louanges qu'il venaitde recevoir. n II se contenta de lire le premier acte du Misanthrope^ auquel « il travaillait en ce temps-là, disant qu'on ne devait pas s'at- '! tendre à des vers aussi parfaits et aussi achevés que ceux de n M. Despréaux , parce qu'il lui faudrait un temps infini s'il Il voulait travailler ses ouvrages comme lui. » Ce fait prouve que Molière tiavaillait au Misanthrope en 1664.
se fit avfjeat. Cette double cascade m'a paru as.sez singulière pour la donner au public telle qu'on me l'a assurée, comme une particularité qui prouve que Molière a été avocat.
.1 Voilà tout ce que nous avons pu recueillir sur la vie du " fameux Molière : il a été pour le comi((uc ce que Corneille Il a été pour le tri^ique. Mais Corneille a vu avant de nioun rir un jeune rival lui disputer la première place, et faire « balancer entre eux le jugement du parterre. Molière n'a « encore eu personne qu'on puisse lui comparer; et, pour Il nous servir d'une heureuse expression de Chanifort, son Il trône est resté vacant!
<i Malgré les défauts qu'on peut signaler dans quelques- K unes de ses pièces , c'est de tous nos auteiu^ comiques ce- :i lui qui a le mieux su ménager le goût du public, par la Il beauté du dialogue, par un fonds inépuisable d'ingénieuses n plaisanteries, et par des situations très-comiques. Accablé Il des détails où l'engageait la direction d'une troupe dont il Il était l'Âme ; en proie aux chagrins domestiques dont sa n femme ne cessait de l'abreuver; frappé par les indignes n calomnies des ennemis de sa gloire et de son génie ; intcr- <i rompu dans ses travaux par des infirmités qui augmentè- II rent jusqu'à sa mort , il est étonnant qu'il ait pu , dans le Il cours de vingt années, composer trente et une comédies, Il dont la moitié sont des chets-d'œuvre auxquels rien ne peut Il être comparé, et dont l'autre moitié renferme des scènes a que ses successeurs les plus illustres n'ont pu égaler. «. (Extrait en partie de la Vie de Molière, écrite en 1724.)
FIN DE LA VIE DE jiOLIÈD£.