‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 205 sur 1284 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DON GAUCIK, DONE ELVIRE, DON ALPHONSE , cru don, Sylve.

DON GABCIE.

Madame, mon abord , comme je connais bien, Assez mal à propos trouble votre entretien ; Et mes pas en ce lieu , s'il faut que je le die , Ne croyaient pas trouver si bonne compaf^nie.

DONE ELVIRE

Cette vue, en effet, surprend au dernier point, Et , de même que vous , je ne l'attendais point.

DON GABCIE.

Oui , madame , je crois que de cette visite ,

Comme vous l'assurez, vous n'étiez point instruite.

( à don Sylve. ) Mais, seigneur, vous deviez nous faire au moins l'hon- De nous donner avis de ce rare bonheur, [neur

Et nous mettre en état, sans nous vouloir surprendre , De vous rendre en ces lieux ce qu'on voudrait vous DON ALPHONSE. [rendre.

Les héroïques soins vous occupent si fort , Que de vous en tirer, seigneur, j'aurais eu tort ; Et des grands conquérants les sublimes pensées Sont aux civilités avec peine abaissées.

DON GARCIE

Mais les grands conquérants, dont on vante les soins.

Loin d'aimer le secret, affectent les témoins :

Leur âme, dès l'enfance à la gloire élevée,

Les fait dans leurs projets aller tête levée;

Et s'appuyant toujours sur de hauts sentiments ,

Ne s'abaisse jamais à des déguisements.

Ne commettez-vous point vos vertus héroïques ,

En passantdans ces lieux par de sourdes pratiques?

Et ne craignez-vous point qu'on puisse, aux yeux de

Trouver cette action trop indigne de vous .' [tous ,

DON ALPHONSE

Je ne sais si quelqu'un bKImera ma conduite, Au secret que j'ai fait d'une telle visite ; Mais je sais qu'aux projets qui veulent la clarté. Prince , je n'ai jamais cherché l'obscurité ; Et quand j'aurai sur vous à faire une entreprise , Vous n'aurez pas sujet de blâmer la surprise : Il ne tiendra qu'à vous de vous en garantir. Et l'on prendra le soin de vous en avertir. Cependant demeurons aux termes ordinaires , r»emettons nos débats après d'autres affaires; Et, d'un sang un peu chaud réprimant les bouillons. N'oublions pas tous deux devant qui nous parlons.

DONE ELVIRE, à rfort (iartv'e.

Prince , vous avez tort, et sa visite est telle Que vous...

DON GAECIE.

Ah ! c'en est trop que prendre sa querelle.

Madame; et votre esprit devrait feindre un peu mieux, Lorsqu'il veut ignorer sa venue en ces lieux. Cette chaleur si prompte à vouloir la défendre Persuade assez mal qu'elle ait pu vous surprendre.

DONE ELVIRE

Quoi que vous soupçonniez , il m'importe si peu. Que j'aurais du regret d'en faire un désaveu.

DON GABCIE.

Poussez donc jusqu'au bout cet orgueil héroïque ; Et que, sans hésiter, tout votre coeur s'explique : C'est au déguisement donner trop de crédit. Ne désavouez rien, puisque vous l'avez dit. Tranchez, tranchez le mot, forcez toute contrainte; Dites que de ses feux vous ressentez l'atteinte, Que pour vous sa présence a des charmes si doux...

DONE ELVIBE.

Et si je veux l'aimer, m'en empécherez-vous ? A vez-vous sur mon cœur quelque empire à prétendre ? Et, pour régler mes vœux, ai-je votre ordre à prendre ? Sachez que trop d'orgueil a pu vous décevoir. Si votre cœur sur moi s'est cru quelque pouvoir ; Et que mes sentiments sont d'une Ame trop grande Pour vouloir les cacher, lorsqu'on me les demande. Je ne vous dirai point si le comte est aimé : Mais apprenez de moi qu'il est fort estimé ; Que ses hautes vertus, pour qui je m'intéresse. Méritent mieux que vous les vœux d'une princesse ; Que je garde aux ardeurs , aux soins qu'il me fait voir. Tout le ressentiment qu'une âme puisse avoir ; Et que si des destins la fatale puissance M'ôte la liberté d'être sa récompense , Au moins est-il en moi de promettre à ses vœux Qu'on ne me verra point le butin de vos feux ; Et sans vous amuser d'une atteinte frivole. C'est à quoi je m'engage, et je tiendrai parole. Voilà mon cœur ouvert , puisque vous le voulez , Et mes vrais sentiments à vos yeux étalés. Êtes-vous satisfait? et mon âme attaquée S'est-elle, à votre avis , assez bien expliquée? Voyez , pour vous ôter tout lieu de soupçonner. S'il reste quelque jour encore à vous donner.

( à don Sylve. ) Cependant, si vos soins s'attachent à me plaire. Songez que votre bras , comte, m'est nécessaire; Et , d'un capricieux quels que soient les transports, Qu'à punir nos tyrans il doit tous ses efforts. Fermez l'oreille enfin à toute sa furie; Et pour vous y porter, c'est moi qui vous en prie.

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