DON GARCIE, DON ALVAR
DON GAECIE.
Quelles tristes clartés, dissipant mon erreur. Enveloppent mes sens d'une profonde horreur. Et ne laissent plus voir à mon Ame abattue Que l'effroyable objet d'un remords qui me tue ! Ah! don Alvar, je vois que vous avez raison; IMais l'enfer dans mon cœur a soufllé son poison ; Et par un trait fatal de sa rigueur extrême.
Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même. Que me sert-il d'aimer du plus ardent amour Qu'une flme consumée ait jamais mis au jour, Si , par ces mouvements qui font toute ma peine , Cet amour à tout coup se rend digne de haine? Il faut , il faut venger par mon juste trépas L'outrage que j'ai fait à ses divins appas : Aussi bien quels conseils aujourd'hui puis-je suivre? Ah ! j'ai perdu l'objet pour qui j'aimais à vivre. Si j'ai pu renoncer à l'espoir de ses vœux , Renoncer à la vie est beaucoup moins fâcheux.
DON ALVAB.
Seigneur...
DON GABCIE.
Non, don Alvar, ma mort est nécessaire; Il n'est soins ni raisons qui m'en puissent distraire ; Mais il faut que monsort , en se précipitant , Rende à cette princesse un servie* éclatant , Et je veux me chercher, dans cette illustre envie . Les moyens glorieux de sortir de la vie; Faire , par un grand coup qui signale ma foi, Qu'en expirant pour elle, elle ait regret à moi. Et qu'elle puisse dire , en se voyant vengée : « C'est par sontropd'amour qu'il m'avait outragée. • Il faut que de ma main un illustre attentat Porte une mort trop due au sein de Mauregat ; Que j'aille prévenir , par une belle audace , Le coup dont la Castille avec bruit le menace; Et j'aurai des douceurs , dans mon instant fatal , De ravir cette gloire à l'espoir d'un rival.
DON ALVAB.
Un service, seigneur, de cette conséquence Aurait bien le pouvoir d'effacer votre offense , Mais hasarder...
DON GABCIE.
Allons, par un Juste devoir.
Faire à ce noble effort servir mon désespoir.