‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 226 sur 1284 · DON GARCIE, DONE EL VIRE, DONE IGNÉS · texte numérisé non relu

DON GARCIE, DONE EL VIRE, DONE IGNÉS

déguisée en homme; DON ALPHONSE , cru don Sylve; ÉLISE.

DON GABCIE.

De grâce, cachez-moi votre contentement,

Madame, et me laissez mourir dans la croyance

Que le devoir vous fait un peu de violence.

Je sais que de vos vœux vous pouvez disposer.

Et mon dessein n'est pas de leur rien opposer ;

Vous le voyez assez , et quelle obéissance

De vos commandements m'arrache la puissance;

Mais je vous avoilrai que cette gayeté

Surprend au dépourvu toute ma fermeté.

Et qu'un pareil objet dans mon âme fait naître

Un transport dont j'ai peur que je ne sois pas maître;

Et je me punirais, s'il m'avait pu tirer

De ce respect soumis où je veux demeurer.

Oui, vos commandements ont prescrit à mon âme

De souffrir sans éclat le malheur de ma flannne :

Cet ordre sur mon cœur doit être tout-puissant ,

Et je prétends mourir en vous obéissant :

Mais , encore une fois, lajoieoùje vous treuve

M'expose à la rigueur d'une trop rude épreuve ;

Et l'âme la plus sage, en ces occasions,

Répond malaisément de ses émotions.

Madame, épargnez-moi cette cruelle atteinte;

Donnez-moi, par pitié, deux moments de contrainte ;

Et quoi que d'un rival vous inspirent les soins.

N'en rendez pas mes yeux les malheureux témoins :

C'est lamoindre faveur qu'on peut, jecrois, prétendre.

Lorsque dans ma disgrâce un amant peut descendre.

Je ne l'exige pas, madame, pour longtemps;

Et bientôt mon départ rendra vos vœux contents :

Je vais où de ses feux mon âme consumée

N'apprendra votre hymen que par la renommée ;

Ce n'est pas un spectacle où je doive courir :

Madame , sans le voir, j'en saurai bien mourir.

DOIVE IGIVÈS.

Seigneur , permettez-moi de blâmer votre plainte.

De vos maux la princesse a su paraître atteinte; Et cette joie encor, de quoi vous murmurez , Ne lui vient que des biens qui vous sont préparés. Elle goûte un succès à vos désirs prospère, VA dans votre rival elle trouve son frère ; C'est don Alphonse , enfin , dont on a tant parlé ; Et ce fameux secret vient d'être dévoilé.

DON ALPHONSE

Mon cœur, grâces au ciel , après un long martvTe, Seigneur, sans vous rien prendre , atout ce qu'il dési- Et goûte d'autant mieux son bonheur en ce jour, [re, Qu'il se voit en état de servir votre amour.

DON GABCIE.

Hélas ! cette bonté , seigneur, doit me confondre. A mes plus chers désirs elle daigne répondre ; Le coup que je craignais , le ciel l'a détourné , Et tout autre que moi se verrait fortuné; Mais ces douces clartés d'un secret favorable Vers l'objet adoré me découvrent coupable; Et tombé de nouveau dans ces traîtres soupçons, Sur quoi l'on m'a tant fait d'inutiles leçons, Et par qui mon ardeur, si souvent odieuse, Doit perdre tout espoir d'être jamais heureuse.... Oui , l'on doit me haïr avec trop de raison ; Moi-même je me trouve indigne de pardon : Et quelque heureux succès que le sort me présente , La mort, la seule mort est toute mon attente.

DONE ELVIBE.

Non , non; de ce transport le soumis mouvement , Prince , jette en mon âme un plus doux sentiment. Par lui de mes serments je me sens détachée ; Vos plaintes, vos respects , vos douleurs, m'ont tou- J'y vois partout briller un excès d'amitié , [chée; Et votre maladie est digne de pitié.

Je vois, prince, je vois qu'on doit quelque indulgence Aux défauts où du ciel fait pencher l'inlluence; Et pour tout dire enûn, jaloux ou non jaloux , Jlon roi, sans me gêner, peut me donner à vous.

DON GABCIE.

Ciel ' dans l'excès des biens que cet aveu m'octroie, Rends capable mon cœur de supporter sa joie !

DON ALPHONSE

Je veux que cet hymen , après nos vains débats , Seigneur, joigne à jamais nos cœurs et nos états. Mais ici le temps presse , et Léon nous appelle; Allons dans nos plaisirs satisfaire son zèle , Et par notre présence et nos soins différents , Donner le dernier coup au parti des tyrans.

riN DE DON GABCIE DE NAVARBE.

L'ÉCOLE DES MARIS

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