ARISTE, SGANARELLE
[Si
AKISTE.
Qui frappe ? Ah ! ah ! que voulez-vous , mon frère?
SGANAKEI.LE.
Venez , beau directeur, suranné damoiseau ! On veut vous faire voir quelque chose de beau.
AKISTE.
Comment.^
SGANARELLE
Je vous apporte une bonne nouvelle.
ABISTE.
Quoi .'
SGANABELLE.
Votre Léonor, où , je vous prie, est-elle?
AKISTE.
Pourquoi cette demande? Elle est , comme je croi , Au bal chez son amie.
SGANAKELLE.
Eh! oui , oui ; suivez-moi , Vous verrez à quel bal la donzelle est allée.
AKISTE.
Que voulez-vous conter?
SGANABELLE.
Vous l'avez bien stylée :
Il n'est pas bon de vivre en sévère censeur; On gagne les esprits par beaucoup de douceur ; Et les soins déliants , les verrous et les grilles , Ne font pas la vertu des femmes ni des filles ; Nous les portons au mal par tant d'austérité, Et leur se.\e demande un peu de liberté. Vraiment ! elle en a pris tout son soûl , la rusée ; Et la vertu chez elle est fort humanisée.
AKISTE.
Où veut donc aboutir un pareil entretien?
SGANAKELLE.
Allez , mon frère aîné , cela vous sied fort bien ; Et je ne voudrais pas pour vingt bonnes pistoles Que vous n'eussiez ce fruit de vos maximes folles : On voit ce qu'en deux sœurs nos leçons ont produit ; L'une fuit les galants, et l'autre les poursuit.
ARISTE
Si vous ne me rendez cette énigme plus claire...
SGANARELLE
L'énigme est que son bal est chez monsieur Valère; Que, de nuit , je l'ai vue y conduire ses pas , Et qu'à l'heure présente elle est entre ses bras.
ABISTE.
Qui?
SGANARELLE
Léonor.
ARISTE
Cessons de railler, je vous prie.
SGANARELLE
Je raille... Il est fort bon avec sa raillerie ! Pauvre esprit ! je vous dis , et vous redis encor Que Valère chez lui tient votre Léonor, Et qu'ils s'étaient promis une foi mutuelle Avant qu'il eût songé de poursuivre Isabelle.
ARISTE
Ce discours d'apparence est si fort dépourvu...
SGANARELLE
Il ne le croira pas encore en l'ayant vu : J'enrage. Par ma foi , l'âge ne sert de guère Quand on n'a pas cela.
( Il met te doigt sur son front. )
ARISTE
Quoi ! voulez-vous , mon frère...
SGANARELLE
Mon Dieu ! je ne veux rien. Suivez-moi seulement ; Votre esprit tout à l'heure aura contentement , Vous verrez si j'impose, et si leur foi donnée N'avait pas joint leurs coeurs depuis plus d'une année,
ARISTE
L'apparence qu'ainsi , sans m'en faire avertir, ^
A cet engagement elle eût pu consentir ! .a
Moi qui dans toute chose ai , depuis son enfance.
Montré toujours pour elle entière complaisance ,
Et qui cent fois ai fait des protestations
De ne jamais gêner ses inclinations !
SGANAKELLE.
Enfin vos propres yeux jugeront de l'affaire.
J'ai fait venir déjà commissaire et notaire :
Nous avons intérêt que l'hymen prétendu
Répare sur-le-champ l'honneur qu'elle a perdu ;
Car je ne pense pas que vous soyez si lâche
De vouloir l'épouser avecque cette tache ,
Si vous n'avez encor quelques raisonnements ^*^ ^^y^-^
Pour vous mettre au-dessus de tous les bernenients.
ARISTE
Moi? Je n'aurai jamais cette faiblesse extrême De vouloir posséder un cœur malgré lui-même. Mais je ne saurais croire enfin...
SGANAKELLE.
Que de discours !
Allons, ce proeès-Ià continuerait toujours.