‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 266 sur 1284 · COMÉDIE-BALLET · texte numérisé non relu

COMÉDIE-BALLET

AU llUI

SIRE

J'ajoule une scène à la comédie; et c'est une espèce de fâcheux assez insupporlalile ([u'un lioiniue qui dédie un livre. Votre I\Iaie.<té en sait des nouvelles plus que personne de son royaume, et ce n'est i)as d'aujourd'hui qu'Ki.LE se voit en bulle à la furie des épitres dédicaloircs. Mais, bien que je suive l'exemple des autres, et me mette moi-même au rang de ceux que j'ai jouiSs , j'ose dire toutefois à Votre Majesté que ce que j'en ai fait n'est pas tant pour lui présenter un livre, que pour avoir lieu de lui rendre grâces du succès de celle comédie. Je le dois, SIRE, ce succès qui a passé monalteute, non-seulement à cette glorieuse approbation dont Votke Majesté honora d'abord la pièce, et qui a entraîné si hautement celle de tout le monde, mais encore à l'ordre qu'ELLE nie donna d'y ajouter un caractère de fâcheux, dont elle eut la bonté de m'ouvrù les idées Elle-même, et qui a Ci trouvé partout le plus beau morceau de l'ouvrage". 11 faut avouer, SIRE, que je n'ai jamais rien fait avec tant de facilité, ni si promptement, que cet endroit où Votre Majesté me commanda de travailler. J'avais une joie à lui obéir ([ui me valait bien mieux qu'Apollon et toutes les muses; et je conçois par là ce que je serais capable d'exécuter pour une comédie entière, si j'étais inspiré par de pareils commanilemenls. Ceux qui sont nés en un rang élevé peuvent se proposer l'honneur de servir Votre Majesté dans les grands emplois ; mais , pour moi , toute la gloire où je puis aspirer, c'est de la réjouir. Je borne là l'ambition de mes souhaits, et je crois qu'en quchpie façon ce n'est pas être inutile à la France que de contribuer' quelque chose au divertissement de son roi. Quand je n'y réussirai ])as, ce ne sera jamais par un défaut de zèle ni d'étude, mais seulement pai- un mauvais destin qui suit assez souvent les meillemes intentions, et qui sans doute afUigerait sensiblement,

SIRE

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