‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 288 sur 1284 · LES FACHEUX, ACTE H, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LES FACHEUX, ACTE H, SCÈNE IV

Et qui , pour tous respects et toute offre de vœux , Ne s'appliquent jamais qu'à se rendre fâcheux ; Dont l'âme, que sans cesse un noir transport anime. Des moindres actions cherche à nous faire un crime. En soumet l'innocence à son aveuglement, Et veut suc un coup d'œil un éclaircissement; Qui , de quelque chagrin nous voyant l'apparence , Se plaignent aussitôt qu'il naît de leur présence. Et lorsque dans nos yeux brille un peu d'enjoùment, Veulent que leurs rivaux en soient le fondement ; Enlin , qui , prenant droit des fureurs de leur zèle. Ne nous parlent jamais que pour faire querelle. Osent défendre à tous l'approche de nos cœurs , Et se font les tyrans de leurs propres vainqueurs. Moi , je veux des amants que le respect inspire ; Et leur soumission marque mieux notre empite. ,

CLIMÈNE

Fi ! ne me parlez point, pour être vrais amants. De ces gens qui pour nous n'ont nuls emportements ; De ces tièdes galants, de qui les cœurs paisibles Tiennent déjà pour eux les choses infaillibles, N'ont point peur de nous perdre , et laissent chaque Sur trop de confiance endormir leur amour ; [jour Sont avec leurs rivaux en bonne intelligence , Et laissent un champ libre à leur persévérance. Un amour si tranquille excite mon courroux. C'est aimer froidement, que n'être point jaloux; Et je veux qu'un amant , pour me prouver sa flamme , Sur d'éternels soupçons laisse Uotter son âme. Et par de prompts transports donne un signe éclatant De l'estime qu'il fait de celle qu'il prétend. On s'applaudit alors de son inquiétude , Et s'il nous fait parfois un traitement trop rude. Le plaisir de le voir, soumis , à nos genoux, S'excuser de l'éclat qu'il a fait contre nous , Ses pleurs , son désespoir d'avoir pu nous déplaire. Sont un charme à calmer toute notre colère.

OKANTE.

Si, pour vous plaire, il faut beaucoup d'emportement, Je sais qui vous pourrait donner contentement^ Et je connais des gens dans Paris plus'de^tre Qui , comme ils le font voir, aiment jusques à battre.

CLIMÈNE

Si , pour vous plaire, il faut n'être jamais jaloux . ,Ie sais certaines gens fort commodes pour vous ; Des hommes en amour d'une humeur si souffrante. Qu'ils vous verraient sans peine entre les bras de ORANTE. ^ [trente.

Enfin , par votre arrêt , vous devez déclarer Celui de qui ramoiîTvous semble à préférer. ( Orphise parait dans le fond du théâtre, et von Éraste entre Orante et Climène.)

Puisqu'à moins d'un arrêt je ne puis m'en défaire ,

Page 1