‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 290 sur 1284 · DORANTE, ÉRASTE · texte numérisé non relu

DORANTE, ÉRASTE

DOBANTE.

Ah! marquis, que l'on voit de fâcheux tous les jours Venir de nos plaisirs interrompre le cours ! Tu me vois enragé d'une assez belle chasse >■. i-^^. Qu'un fat... C'est un récit qu'il faut que je te fasse.

ÉBASTE.

.Te cherche ici quelqu'un, et ne puis m'arréter.

DOBANTE.

Parbleu ! chemin faisant , je te le veux conter. Nous étions une troupe assez bien assortie, jJJ Qui , pour courir un cerf, avions hier fait partie; Et nous fûmes coucher sur le pays e^gfès,

1 C'est-à-dire, mon cher, eftfin fond de forêts. Conune cet exercice est mon plaisir suprême,

, Je voulus , pour bien faire , aller au bois moi-même , Et nous conclûmes tous d'attacher nos efforts

j Sur un cerf qu'un chacun nous disait cerf dix cors ■ ;

î Mais, moi, mon jugemert, sans qu'aux marques j'ar- Fut qu'il n'était que cerf à sa seconde tête. t>.'f-.[rète, Nous avions , comme il faut , séparé nos relais , Et déjeunions en hâte , avec 4uelques œufs frais , Lorsqu'un franc campagnard , avec longue rapière i .Montant superbement sa jum-nt poulinière, Qu'il iionorait du nom de sa bonne jument , S'en est venu nous faire un mauvais compliment , Nous présentant aussi , pour surcroît de colère , Un grand benêt de lils aussi sot que son père. Il s'est dit grand chasseur , et nous a priés tous Qu'il pîlt avoir le bien de courir avec nous. Dieu préserve, en chassant, toute sage personne D'un porteur de kii tjet ' , qui mal à propos sonne ; ' De ces gens qui , suivis de dix bourets ^ galeux , Disent , ma meute , et font les chasseurs merveilleux! Sa demande re^ue, et ses vertus prisées, :si -, .,■,>-*■> Nous avons été tous frapper à nos brisées^. ^-^ fc-Ji A trois longueurs de trait ^ , tayaut, voilà d'abord Le cerf donné aux chiens'". J'appuie, et sonne fort. Mon cerf débuche 7, et passe une assez longue plaine, Et mes chiens après lui , mais si bien en haleine , Qu'on les aurait couverts tous d'un seul justaucorps. 11 vient à la forêt. Nous lui donnons alors La vieille meute ; et moi , je prends en diligence Oçp^N ' Mon cheval alezan. Tu l'as vu?

^ ÉBASTE.

Non , je pense.

î. DOBANTE.

Comment! C'est un cheval aussi bon qu'il est beau. Et que, ces jours passés , j'achetai de Gaveau '. Je te laisse à penser si , sur cette matière , Il voudrait me tromper, lui qui me couaLdère : Aussi je m'en contente; et jamais, en effet, Il n'a vendu cheval ni meilleur ni mieux fait.

■ Un cerf dix cors est un cerf de sept ans. (Dictionn. des chusscs.)

' Huchct, petit cor qui sert au.v cliasseuis pour appeler les chiens. ( [dcm. )

3 Houret, mauvais chien de chasse. (Idem.)

4 Brisée , endroit ou le cerf est entré , et dont on a rompu des branches pour reconnaître )a voie. Frapper niix brisées, c'est faire repartir lahètedu lieu où elle s'est arrêtée. (Dictionn. des c liasses. )

5 On nomme trait la laisse qui sert à conduire les chiens à la chasse. ( Idem. )

6 Le cerf donné aux chiens ^ c'est-à-dire iescliiens mis sur la voie. Phrase faite , et que Molière n'a pas cru devoir changer, pour éviter l'hiatus.

7 Débucher, sortir du hois. (Idem.)

' Gaveau , marchand de chevaux , célèbre à la cour. (IVo/e de Molière. )

,64 LfA FACHEUX,

Une tête de barbe, avec l'étoile nette, r/encolure d'un cy^ne, eflilée et bien droite; l'oint d'épaules non plus qu'un lièvre , court-jointe, Et qui fait dans son port voir sa vivacité; ^ j^^^. Des pieds, morbleu! des pieds! le rein double: 5 \Tai J'ai trouvé le moyen, moi seul, de le rédu|re; [dire, F.t sur lui' quoiqu'aux yeux il montrât beau semblant, l'etit-Jean de Gaveau ne montait qu'eu tremblant. Une croupe en largeur à nulle autre pareille, Et des gigots, Dieu sait! Bref, c'est une merveille ; Et j'en ai refusé cent pistoles , crois-moi , Au retour d'un cheval amené pour le roi. ) . .' ■ > ' Je monte donc dessus, et ma joie était pleine

' dans la plaine; '^'^

**A De voir filer de loin les coupeurs

Je pousse , et je me trouve en un fort à l'écart ,

A la queue de nos chiens, moi seul avec Drécar

Une heure là-dedans notre cerf se fait battre, ("•s* <u'i ^<l,^^

J'appuie alors mes chiens, et fais le diable à quatre;

Eiilin jamais chasseur ne se vit plus joyeux.

rjH Je le relance seul, et tout allait des mieux.

Lorsque d'un jeune cerf s'accompagne le nôtre; Une part de mes chiens se sépare de l'autre; Etje les vois, marquis , comme tu peux penser, Chasser tous avec crainte, et Finaut balancer : Il se rabat soudain, dont j'eus l'àme ravie; Il enipaume la voie ; et moi , je sonne et crie : A l-'inaut ! à Finaut ! j'en revois ^ à plaisir Sur une taupinière, et re-sonne à loisir. [grûce.

Quelques chiens revenaient à moi , quand , pour dis- Le jeune cerf, marquis, à mon campagnard passe. Mon étourdi se met à sonner comme il faut , Et crie à pleine voix : Tayaut ! tayaut ! tayaut ! Mes chiens me quittent tous , et vont à ma pécore ;

J~^à J'y pousse ; et j'en revois dans le chemin encore ; Maisï terre, mon cher, je n'eus pas jeté l'œil. Que je connus le change et sentis un grand deuil. J'ai beau lui faire voir toutes les différences Des pinces de mon cerf et de ses connaissances , Il me soutient toujours, en.chasseur ignorant. Que c'est le cerf de meute : et par ce différend ' * '" Jl donne tenqjs aux chiens d'aller loin. J'en enrage," Et pestant de bon cœur contre le personnage. Je pousse mon cheval et par haut et par bas , Qui pliait des gaulis'* aussi gros que le bras : '^ ' Je ramène les chiens h ma première voie , Qui vont, en me donnant une excessive joie, llequcrir notre cerf, comme s'ils l'eussent vu. Ils le relancent; mais ce coup est-il prévu?

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