LES FACHEUX, ACTE III, SCENE III
KDASTE.
CAnlTIOES.
C'est pourêtreinstruit, monsieur: je VOUS conjure. AU ROI.
<> SlBE,
« Votre très-liumble, très-obéissant, trcs-Cdèle, '■ et très-savant sujet et serviteur, Caritidès, Fran- « çais de nation, Grec de profession, ayant considéré « les grands et notables abus qui se commettent aux « inscriptions des enseignes des maisons , boutiques , » cabarets, jeux de boule, et autres lieux de votre ■< bonne ville de Paris, en ce que certains ignorants, « compositeurs desdites inscriptions, renversent, par « une barbare , pernicieuse , et détestable orthogra- " pbe, toute sorte de sens et raison, sans aucun égard « d'étymologie, analogie, énergie, ni allégorie quel- •< conque, au grand scandale de la république des <• lettres, et de la nation française, qui se décrie et » déshonore par lesdits abus et fautes grossières, en- « vers les étrangers , et notamment envers les Alle- <• mands, curieux lecteurs et inspectateurs desdites « inscriptions... ' »
ÉBASTE.
Ce placet est fort long, et pourrait bien fâcher...
CABITIDÈS.
Ah ! monsieur , pas un mot ne s'en peut retrancher.
ÉBASTE.
Achevez promptenient.
CARITIDÈS continue.
" Supplie humblement Votbe Majesté de créer, u pour le bien de son État et la gloire de son empire, <i une charge de contrôleur, intendant, correcteur, <> réviseur, et restaurateur généra! desdites inscrip- « tions, et d'icelle honorer le suppliant, tant en con- « sidération de son rare et éminent savoir, (;ue des o grands et signalés services qu'il a rendus à l'État et «à Votée JIajesté, en faisant l'anagramme de «Votbe dite IMajesté en français, latin, grec, « hébreu, syriaque , chaldéen , arabe... » éeaste, rinterrompant
Fort bien. Donnez-le vite, et faites la retraite : Il sera vu du roi ; c'est une affaire faite.
CARITIDÈS.
Hélas ! monsieur, c'est tout que montrer mon placet. Si le roi lepeut voir, je suis sûr de mon fait; Car, comme sa justice en toute chose est grande, Il ne pourra jamais refuser ma demande. Au reste, pour porter au ciel votre renom, Donnez-moi par écrit votre nom et surnom ;
• Ceci fait allusion au caractère des Allemands , qui ont toujours éléd'iuieraia»tieiise exactitude, cl par conséqueoit curieux ifuptclatcurs (/«■ ensàijnes et insaiplious.
J'en veux faire un poëme en forme d'acrostiche Dans lesdeux boutsdu vers et dans chaque hémistiche.
ÉBASTE.
Oui , vous l'aurez demain , monsieur Caritidès.
( seul. ) IMa foi , de tels savants sont des ânes bien faits. J'aurais dans d'autres temps bien ri de sa sottise.