‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 305 sur 1284 · L'ÉCOLE DES FEMMES, ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE DES FEMMES, ACTE I, SCÈNE IL

Je n'y tiens que des gens tout aussi simples qu'elle. Vous me direz : Pourquoi cette narration ? C'est pour vous rendre instruit de ma précaution. Le résultat de tout est qu'en ami Ddcle , Ce soir je vous invite à souper avec elle; Je veux que vous puissiez un peu l'examiner, Et voir si de mon choix on me doit condamner.

CHBYSALDE.

J'y consens.

AnNOLPIIE.

Vous pourrez , dans celte conférence, Juger de sa personne et de son innocence.

CIinVSALDE.

Pour cet article-là , ce que vous m'avez dit Kepeut...

ABNOLPHE.

La vérité passe encor mon récit.

Dans ses simplicités à tous coups je l'admire, Et parfois elle en dit dont je p3me de rire. L'autre jour (pourrait-on se le persuader? ) Elle était fort en peine, et me vint demander. Avec une innocence à nulle autre pareille, Si les enfants qu'on fait se faisaient par l'oreille.

CHBYSALDE.

Je me réjouis fort, seigneur Arnolphe...

ABNOI.PHE.

Bon!

Me voulez-toujours appeler de ce nom?

CHBYSALDE.

Ah ! malgré que j'en aie , il me vient à la bouche , Et jamais je ne songe à monsieur de la Souche. Qui diable vous a fait aussi vous aviser, A quarante-deux ans , de vous débaptiser , Et d'un vieux tronc pourri de votre métairie Vous faire dans le monde un nom de seigneurie?

ABNOLPHE.

Outre que la maison par ce nom se connaît ,

La Souche plus qu'Arnolphe à mes oreilles plaît ' .

■ D.nns les fabliaux du douzième et du treizième siècle , on rencontre souvent des plaisanteries sur le nom d'ArnolpIie; et toutes ces plaisanteries prouvent que nos aieux avaient fait tic «aint Arnolplie le patron des maris trompés : on disait même proverbialement d'un raari dont la femme avait un galant, ciu';7 devait une chandelle à saint Arnolphe. La répugnance d'un liomme di>i miir, et prêt a se marier, pour \m nom de si mauvais présage, n'a donc rien que de très-naturel. Si Molière n'a point indiqué la cause de cette répugnance, c'est (jue de son temps le proverbe cpii servait à rinlelligence de la pièce en faisait ressortir les intentions comiques. Nos pères riaient lorsqu' Arnolphe s'écrie :

La Souche jjIus qu'Arnolplie à mes oreilles plaît... J'y vois de la raison , j'y trouve des nppas , Et m'appeler de l'autre est ne m'obliger pas. car ce nom réveillait dans les esprits des iilées que nous n'y attachons plus. Ainsi , à mesure que les mœurs changent , ou que les traditions s'effacent, l'élude des meilleurs auteurs devient pins diflicile, et il arrive souvent que leurs plaisanteries ne sont plus cuteudues.

CHBYSALDE.

Quel abus de quitter le vrai nom de ses pères , Pour en vouloir prendre un bûti sur des chimères! De la plupart des gens c'est la démangeaison; Et, sans vous embrasser dans la comparaison, Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre, Qui, n'ayant pour tout bien qu'un seul quartier de Y fit tout à l'entour faire un fossé bourbeux , [terre , Et de monsieur de l'Isle en prit le nom pompeux.

ABNOLPHE.

Vous pourriez vous passer d'exemples de la sorte. IMais enfin de la Souche est le nom que je porte : J'y vois de la raison, j'y trouve des appas; Et m'appeler de l'autre est ne m'obliger pas.

CHBYSALDE.

Cependant la plupart ont peine à s'y soumettre; Et je vois même encor des adresses de lettre...

Je le souffre aisément de qui n'est pas instruit ; Mais vous...

CHBYSALDE.

Soit : là-dessus nous n'aurons point de bruit ; Et je prendrai le soin d'accoutumer ma bouche A ne plus vous nommer que monsieur de la Souche.

ABNOLPHE.

Adieu. Je frappe ici pour donner le bonjour , Et dire seulement que je suis de retour.

CHBYSALDE, à part , en s'en allant.

Ma foi , je le tiens fou de toutes les manières.

ABNOLPHE, seul.

Il est un peu blessé sur certaines matières. Chose étrange de voir comme avec passion Un chacun est chaussé de son opinion.

( Il frappe à sa porte. ) Holà!

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