L'ÉCOLE DES FEMMES, ACTE II, SCÈNE VI
AGNÈS
Et ne puis , sans pleurer , voir un poulet mourir !
AKNOLPHE, bas, à part.
Tout cela n'est parti que d'une âme innocente, Et j'en dois accuser mou absence imprudente, Qui sans guide a laissé cette bonté de mœurs Exposée aux aguets des rusés séducteurs. Je crains que le pendard , dans ses vœiLX téméraires , Un peu plus fort que jeu n'ait poussé les affaires.
AGNÈS
Qu'avez-vous? Vous grondez, ce me semble, un petit . Est-ce que c'est mal fait ce queje vous ai dit.'
ARNOLPHE
Non. IMais de cette vue apprenez-moi les suites , Et comme le jeune homme a passé ses visites.
AGNÈS
Hélas! si vous saviez comme il était ravi , Comme il perdit son mal sitôt que je le vi , Le présent qu'il m'a fait d'une belle cassette, Et l'argent qu'en ont eu notre Alain et Georgettc , Vous l'aimeriez sans doute , et diriez comme nous...
ARNOLl'HE.
Oui. Mais que faisait-il étant seul avec vous?
AGNÈS
Il jurait qu'il m'aimait d'une amour sans seconde , Et me disait des mots les plus gentils du monde. Des choses que jamais rien ne peut égaler , Et dont, toutes les fois queje l'entends parler, La douceur me chatouille, et là-dedans remue Certain je ne sais quoi dont je suis toute émue.
AKNOLPHE , bas , à part.
O fâcheux examen d'un mystère fatal , Oîi l'examinateur souffre seul tout le mal !
( haut. ) Outre tous ces discours , toutes ces gentillesses , Ne vous faisait-il point aussi quelques caresses?
AGNÈS
Oh, tant! il me prenait et les mains et les bras. Et de me les baiser il n'était jamais las.
ABNOLPHE.
Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose ?
( la voyant interdite. ) Ouf!
AGNÈS
Eh! il m'a...
AENOLPHE.
Quoi?
AGNÈS
Pris...
ABNOLPHE.
Hé!
AGNÈS
Le...
ABNOLPHE.
Plaît-il?
Je n'ose; Et vous vous fâcherez peut-être contre moi.
ARKOLPHE.
Non.
AGNÈS
Si fait.
ABNOLPHE.
Mon Dieu! non.
AGNÈS
Jurez donc votre foi.
ARNOLPHE
Ma foi , soit.
AGNÈS
Il m'a pris... Vous serez en colère.
ABNOLPHE.
Non.
AGNÈS
Si.
AENOLPHE.
Non, non, non, non. Diantre ! que de mystère ! Qu'est-ce qu'il vous a pris?
AGNÈS
ABNOLPHE , à part.
Je souffre en damné.
Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné. A vous dire le vrai , je n'ai pu m'en défendre. ARNOLPHE, reprenant haleine.
Passe pour le ruban. Mais je voulais apprendre S'il ne vous a rien fait que vous baiser les bras.
AGNÈS
Comment! est-ce qu'on fait d'autres choses?
ABNOLPHE.
Non pas.
Mais pour guérir du mal qu'il dit qui le possède , N'a-t-il point exigé de vous d'autre remède?
AGNÈS
Non. Vous pouvez juger, s'il en eût demandé, Que pour le secourir j'aurais tout accordé.
ARNOLPHE, bas, à part.
Grâce aux bontés du ciel, j'en suis quitte à bon compte! Si j'y retombe plus , je veu,x bien qu'on m'affronte.
( haut. ) Chut. De votre innocence, Agnès, c'est un effet; Je ne vous en dis mot. Ce qui s'est fait est fait. Je sais qu'en vous flattant le galant ne désire Que de vous abuser , et puis après s'en rire.
AGNÈS
Oh ! point. 11 me l'a dit plus de vingt fois à moi.
ARNOLPHE
Ah ! vous ne savez pas ce que c'est que sa foi. Mais enfin apprenez qu'accepter des cassettes ,