‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 317 sur 1284 · L'ÉCOLE DES FEMMES, ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE DES FEMMES, ACTE II, SCÈNE VI

AGNÈS

Et ne puis , sans pleurer , voir un poulet mourir !

AKNOLPHE, bas, à part.

Tout cela n'est parti que d'une âme innocente, Et j'en dois accuser mou absence imprudente, Qui sans guide a laissé cette bonté de mœurs Exposée aux aguets des rusés séducteurs. Je crains que le pendard , dans ses vœiLX téméraires , Un peu plus fort que jeu n'ait poussé les affaires.

AGNÈS

Qu'avez-vous? Vous grondez, ce me semble, un petit . Est-ce que c'est mal fait ce queje vous ai dit.'

ARNOLPHE

Non. IMais de cette vue apprenez-moi les suites , Et comme le jeune homme a passé ses visites.

AGNÈS

Hélas! si vous saviez comme il était ravi , Comme il perdit son mal sitôt que je le vi , Le présent qu'il m'a fait d'une belle cassette, Et l'argent qu'en ont eu notre Alain et Georgettc , Vous l'aimeriez sans doute , et diriez comme nous...

ARNOLl'HE.

Oui. Mais que faisait-il étant seul avec vous?

AGNÈS

Il jurait qu'il m'aimait d'une amour sans seconde , Et me disait des mots les plus gentils du monde. Des choses que jamais rien ne peut égaler , Et dont, toutes les fois queje l'entends parler, La douceur me chatouille, et là-dedans remue Certain je ne sais quoi dont je suis toute émue.

AKNOLPHE , bas , à part.

O fâcheux examen d'un mystère fatal , Oîi l'examinateur souffre seul tout le mal !

( haut. ) Outre tous ces discours , toutes ces gentillesses , Ne vous faisait-il point aussi quelques caresses?

AGNÈS

Oh, tant! il me prenait et les mains et les bras. Et de me les baiser il n'était jamais las.

ABNOLPHE.

Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose ?

( la voyant interdite. ) Ouf!

AGNÈS

Eh! il m'a...

AENOLPHE.

Quoi?

AGNÈS

Pris...

ABNOLPHE.

Hé!

AGNÈS

Le...

ABNOLPHE.

Plaît-il?

Je n'ose; Et vous vous fâcherez peut-être contre moi.

ARKOLPHE.

Non.

AGNÈS

Si fait.

ABNOLPHE.

Mon Dieu! non.

AGNÈS

Jurez donc votre foi.

ARNOLPHE

Ma foi , soit.

AGNÈS

Il m'a pris... Vous serez en colère.

ABNOLPHE.

Non.

AGNÈS

Si.

AENOLPHE.

Non, non, non, non. Diantre ! que de mystère ! Qu'est-ce qu'il vous a pris?

AGNÈS

ABNOLPHE , à part.

Je souffre en damné.

Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné. A vous dire le vrai , je n'ai pu m'en défendre. ARNOLPHE, reprenant haleine.

Passe pour le ruban. Mais je voulais apprendre S'il ne vous a rien fait que vous baiser les bras.

AGNÈS

Comment! est-ce qu'on fait d'autres choses?

ABNOLPHE.

Non pas.

Mais pour guérir du mal qu'il dit qui le possède , N'a-t-il point exigé de vous d'autre remède?

AGNÈS

Non. Vous pouvez juger, s'il en eût demandé, Que pour le secourir j'aurais tout accordé.

ARNOLPHE, bas, à part.

Grâce aux bontés du ciel, j'en suis quitte à bon compte! Si j'y retombe plus , je veu,x bien qu'on m'affronte.

( haut. ) Chut. De votre innocence, Agnès, c'est un effet; Je ne vous en dis mot. Ce qui s'est fait est fait. Je sais qu'en vous flattant le galant ne désire Que de vous abuser , et puis après s'en rire.

AGNÈS

Oh ! point. 11 me l'a dit plus de vingt fois à moi.

ARNOLPHE

Ah ! vous ne savez pas ce que c'est que sa foi. Mais enfin apprenez qu'accepter des cassettes ,

Page 1