SCÈNE PREMIÈRE
ARNOLPHE
J'ai peine , je l'avoue , à demeurer en place , Et de mille soucis mon esprit s'embarrasse. Pour pouvoir mettre un ordre et dedans et dehors , Qui du godelureau rompe tous les efforts. De quel œil la traîtresse a soutenu ma vue ! De tout ce qu'elle a fait elle n'est point émue ; Et, bien qu'elle me mette à deux doigts du trépas. On dirait , à la voir, qu elle n'y louche pas. Plus , en la regardant , je la voyais tranquille ,
L'ÉCOLE DES FEMNŒS, ACTE IV, SCENE If.
Plus je sentais en moi s'échauffer une bile ; [cœur
Et ces bouillants transports dont s'enflammait mon
Y semblaient redoubler mon amoureuse ardeur.
.l'étais aijiri , fâché, désespéré contre elle;
Et cependant jamais je ne la vis si belle ,
•lamais ses yeux aux miens n'ont paru si perçants ,
Jamais je n'eus pour eux des désirs si pressants ;
Et je sens là dedans qu'il faudra que je crève ,
Si de mon triste sort la disgrâces'achève.
Quoi ! j'aurai dirigé son éducation
Avec tant de tendresse et de précaution ,
Je l'aurai fait passer chez moi dès son enfance ,
Et j'en aurai chéri la plus tendre espérance ;
Blon cœur aura bâti sur ses attraits naissants,
Et cru la mitonner pour moi durant treize ans,
Afin qu'un jeune fou dont elle s'amourache
Me la vienne enlever jusque sur la moustache,
Lorsqu'elle est avec moi mariée à demi !
Kon , parbleu ! non, parbleu! Petit sot, mon ami,
Vous aurez beau tourner , ou j'y perdrai mes peines ,
Ou je rendrai , ma foi , vos espérances vaines ,
Et de moi tout à fait vous ne vous rirez point.