SCÈNE V
AUNOLPHE.
<< et je suis si touchée de vos paroles , que je ne sau- « rais croire qu'elles soient menteuses. Dites-moi <i franchement ce qui en est; car enfin, comme je " suis sans malice , vous auriez le plus grand tort du « monde si vous me trompiez ; et je pense que j'en « niourrais de déplaisir. »
ARNOLPHB , à part.
H on ! chienne !
HORACE
Qu'avez-vous?
ARNOLPHE
Moi? Rien. C'estque je tousse.
HORACE
A vez-vous jamais vu d'expression plus douce? Malgré les soins maudits d'un injuste pouvoir, Un plus heau naturel peut-il se faire voir? Et n'est-ce pas sans doute un crime punissahie De gâter méchamment ce fond d'âme admirable , D'avoir, dans l'ignorance et la stupidité , Voulu de cet esprit étouffer la clarté? L'amour a commencé d'en déchirer le voile ; Et si , par la faveur de quelque bonne étoile, Je puis, comme j'espère, à ce franc animal, Ce traître, ce bourreau, ce faquin, ce brutal...
ARNOLPHE
Adieu.
HORACE
Comment ! si vite !
ARNOLPHE
Il m'est dans la pensée Venu tout maintenant une affaire pressée.
HORACE
Mais ne sauriez-vous point, comme on la tient de près. Qui dans cette maison pourrait avoir accès ? J'en use sans scrupule ; et ce n'est pas merveille Qu'on se puisse , entre amis, servir à la pareille '. Je n'ai plus là dedans que gens pour m'observer ; Et servante et \alet , que je viens de trouver , N'ont jamais, de quelque air que je m'y sois pu pren- Adouci leur rudesse à me vouloir entendre. [dre , J'avais pour de tels coups certaine vieille en main , D'un génie, à vrai dire, au-dessus de l'humain : Elle m'a dans l'abord servi de bonne sorte; Mais, depuis quatre jours, la pauvre femme est morte. Ne me pourriez-vous point ouvrir quelque moyen?
Non, vraiment; et sans moi vous en trouverez bien.
HORACE
Adieu donc. Vous voyez ce que je vous confie.
' Â In pareille, c'osl-à-dirc, d'une façon pareillp, il charge de rcvanclie. (L. B.)
Comme il faut devant lui que je me mortifie !
Quelle peine à cacher mon déplaisir cuisant!
Quoi ! pour une innocente un esprit si présent !
Elle a feint d'être telle à mes yeux, la traîtresse,
Ou le diable à son âme a soufflé cette adresse.
Enfin me voilà mort par ce funeste écrit.
Je vois qu'il a , le traître , empaumé son esprit ,
Qu'à ma suppression il s'est ancré chez elle;
Et c'est mon désespoir et ma peine mortelle.
Je souffre doublement dans le vol de son cœur ;
Et l'amour y pâtit aussi bien que l'honnem'.
J "enrage de trouver cette place usurpée ,
Et j 'enrage de voir ma prudence trompée.
Je sais que, pour punir son amour libertin.
Je n'ai qu'à laisser faire à son mauvais destin ,
Que je serai vengé d'elle par elle-même :
Mais il est bien fâcheux de perdre ce qu'on aime.
Ciel! puisque pour un choix j'ai tant philosophé.
Faut-il de ses appas m'être si fort coiffé !
Elle n'a ni parents , ni support , ni richesse;
Elle trahit mes soins , mes bontés , ma tendresse ;
Et cependant je l'aime, après ce lâche tour.
Jusqu'à ne me pouvoir passer de cet amour.
Sot , n'as-tu point de honte ? Ah ! je crève , j'enrage ,
Et je souffletterais mille fois mon visage.
Je veux entrer un peu , mais seulement pour voir
Quelle est sa contenance après un trait si noir.
Ciel , faites que mon front soit exempt de disgrâce ;
Ou bien , s'il est écrit qu'il faille que j'y passe.
Donnez-moi tout au moins , pour de tels accidents
La constance qu'on voit à de certaines gens !