‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 354 sur 1284 · URANIE, ÉLISE, GALOPIN · texte numérisé non relu

URANIE, ÉLISE, GALOPIN

GALOPIN

Voilà Climène, madame, qui vient ici pour vous voir.

UBANIE.

Eh, mon Dieu! quelle visite!

ELISE

Vous vous plaigniez d'être seule, aussi le ciel vous en punit.

UBANIE.

Vite, qu'on aille dire que je n'y suis pas.

GALOPIN

On a déjà dit que vous y étiez.

UBANIE.

Et qui est le sot qui l'a dit?

GALOPIN

Moi , madame.

Diantre soit le petit vilain ! Je vous apprendrai bien à faire vos réponses de vous-même.

GALOPIN

Je vais lui dire , madame , que vous voulez être sortie.

UBANIE.

Arrêtez, animal, et la laissez monter, puisque la sottise est faite.

GALOPIN

Elle parle encore à un homme dans la rue.

UBANIE.

Ah ! cousine , que cette visite m'embarrasse à l'heure qu'il est!

ÉLISE

11 est vrai que la dame est un peu embarrassante de son naturel ; j'ai toujours eu pour elle une furieuse

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aversion ; et, n'en déplaise ù sa ifualité, c'est la plus sotte béte qui se soit jamais niêice de raisonner.

l IIANIF..

L'épithète est un peu forte.

ELISE

Allez, allez, elle mérite bien cela, et quelque chose de plus si on lui faisait justice. Est-ce qu'il y a une jiersonne qui soit plus véritablenient qu'elle ce (|u'on appelle précieuse, à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification ' ?

IJRAME.

Klle se défend bien de ce nom, pourtant.

ÉLISE

11 est vrai ; elle se défend du nom , mais non pas de la cliose; car enfin elle l'est depuis les pieds jusqu'à la tète, et la plus grande faronnière du monde; il semble que tout son corps soit démonte, et (pie les mouvements de ses hanches , de ses épaules et de sa tête, n'aillent que par ressorts; elle affecte toujours un ton de voix languissant et niais, fait la moue pour monlrer une petite bouche, et roule les yeux pour les faire paraître grands.

L'BAME.

Poueemcnt donc. Si elle venait à entendre...

ÉLISE

Point , point, elle ne monte pas encore, le me souviens toujours du soir qu'elle eut envie de voir Danton sur la réputation qu'on lui donne, et les choses que le public a vues de lui. Vous connaissez l'homme , et sa naturelle paresse à soutenir la conversation. Klle l'avait invité à souper comme bel esprit, et jamais il ne parut si sot, parmi une demi-douzaine de gens à qui elle avait fait fête de lui, et qui le regardaient avec de grands yeux, comme une personne qui ne devait pas être faite comme les autres ; ils pensaient tous qu'il était là pour défrayer la compagnie de bons mots , que chaque parole qui sortait de sa bouche devait être extraordinaire; qu'il devait faire des impromplus sur tout ce qu'on disait , et ne demander à boire qu'avec une pointe : mais il les trompa fort p;ir son silence ; et la dame fut aussi mal satisfaite de lui que je le fus d'elle.

UBAME.

Tais-toi. Je vais la recevoir à la porte de la chambre.

Encore un mot. .le voudrais bien la voir mariée a\ ec le marquis dont nous avons parlé. Le bel as-

' Avant la comiKlie dos Prérieiises, ce mol signifiait uns femme d'un mèrile disliittjiiéel (te très-bonne compagitie. Après celte romwlie, ce mol cliangca de signilicalion, et n'exprima plus qu lin riiliciili' ; il s'étendit mtoc à d'auliTS olijets , et Pdii dit depuis nun-seulenx'nt une femme piwieusc, mais un sl>le précieux, un le m précieux, toutes les fois qu'on voulut désigner i'afleclalion d'être agréable.

DES l'E.MMES, SCÈ.NE IH.

seinblage que ce serait d'une précieuse et d'au lurliipiii!

UHAME.

Veu.\-tu te taire? La voici.

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