‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 365 sur 1284 · DES FEM.MES, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

DES FEM.MES, SCÈNE VIL

culte, vous mettriez un peu plus du côté de la comédie, peut-être que vous ne vous abuseriez pas. Car enfin , je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments , de braver en vers la fortune, accuser les destins, rt dire des in jures aux dieux , que d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à plaisir, où l'on ne cherche point de ressemblance; et vous n'avez qu'à suivre les traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveilleux. Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent; et vous n'avez rien fait,, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle. En un mot , dans les pièces sérieuses, il suffit, pour n"êtrc point blâmé, de dire des choses qui soient de bon sens et bien écrites; mais ce n'est pas assez dans les autres, il y faut plaisanter; et c'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens.

CLIMÈNE

Je crois être du nombre des honnêtes gens ; et cependant je n'ai pas trouvé le mot pour rire dans tout ce que j'ai m.

LE MARQUIS

l\Ia foi , ni moi non plus.

DOnAXTE.

Pour toi, marquis, je ne m'en étonne pas. C'est que tu n'y as point trouvé de turlupinades.

LYSIDAS.

Ma foi , monsieur , ce qu'on y rencontre ne vaut guère mieux , et toutes les plaisanteries y sont assez froides, à mon avis.

DORAXTE.

La cour n'a pas trouvé cela.

LYSIDAS.

Ah ! monsieur , la cour !

DORANTE

Achevez, monsieur Lysidas. Je vois bien que vous voulez dire que la cour ne se connaît pas à ces choses ; et c'est le refuge ordinaire de vous autres messieurs les auteurs, dans le mauvais succès de vos ouvrages, que d'accuser l'injustice du siècle et -le peu de lumières des courtisans. Sachez, s'il vous plaît, monsieur Lysidas, que les courti.sans ont d'aussi bons yeux que d'autres; qu'on peut être habile avec un point de Venise ■ et des plumes , aussi bien qu'avec une perruque courte et un petit rabat

■ Le roi ilrri-nilil fimporlalion de ces dentelles par plusieurs Mils; etColhcrt lit venir des ouvriers de Venise, pour enrichir

l;t rr.inri' rie ce ïïenre d'industrie.

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