LA CRITIQUE DE LECOLE DES FEMMES, SCÈNE VII
LE MARQUIS
PaiMeii! chevalier, te voilà mal ajusté.
DOUANTE.
Il faut voir.
LE MARQUIS
Tu as trouvé ton homme , ma foi.
DOnANTE.
Peut-être.
LE MABQUIS.
Réponds , réponds , réponds , réponds.
DORANTE
Volontiers. II...
LE MARQUIS
Réponds donc, je te prie.
DORANTE
Laisse-moi donc faire. Si...
LE MABQUIS.
Parbleu ! je te défie de répondre.
DORANTE
Oui, si tu parles toujours.
CLIMÈNE
De grâce , écoutons ses raisons.
DOKANTE.
Premièrement, il n'est pas vrai de dire que toute la pièce n'est qu'en récits. On y voit beaucoup d'actions qui se passent sur la scène : et les récits euxmêmes y sont des actions, suivant la constitution du sujet, d'autant qu'ils sont tous faits innocemment, ces récits , à la personne intéressée , qui , par là , entre à tous coui)s dans une confusion à réjouir les spectateurs , et prend , à chaque nouvelle , toutes les mesures qu'il peut, pour se parer du malheur qu'il craint.
URANIE
Pour moi , je trouve que la beauté du sujet de l'École des femmes consiste dans cette confidence perpétuelle ; et , ce qui me paraît assez plaisant , c'est qu'un homme qui a de l'esprit, et qui est averti de tout par une innocente qui est sa maîtresse , et par un étourdi qui est son rival , ne puisse avec cela éviter ce qui lui arrive.
LE MARQUIS
Bagatelle, bagatelle.
CLIMÈNE
Faible réponse.
ÉLISE
Mauvaises raisons.
DORANTE
Pour ce qui est des enfants par F oreille, ils ne sont plaisants que par réflexion à Arnolphe; et l'auteur n'a pas mis cela pour être de soi un bon mot , mais seulement pour une chose qui caractérise l'homme, et peint d'autant mieux son extravagance, puisqu'il rapporte une sottise triviale qu'a dite Agnès.
comme la chose la plus belle du monde , et qui lui donne une joie inconcevable.
LE MARQUIS
C'est mal répondre.
CLIMÈNE
Cela ne satisfait point.
ÉLISE
C'est ne rien dire.
DORANTE
Quant à l'argent qu'il donne librement , outre que la lettre de son meilleur ami lui est une caution suffisante, il n'est pas incompatible qu'une personne soit ridicule en de certaines choses, et honnête homme en d'autres. Et pour la scène d'Alain et de Georgette dans le logis, que quelques-uns ont trouvée longue et froide, il est certain qu'elle n'est pas sans raison; et de même qu" Arnolphe se trouve attrapé pendant son voyage par la pure innocence de sa maîtresse , il demeure au retour longtemps à sa porte par l'innocence de ses valets , afin qu'il soit partout puni par les choses qu'il a cru faire la sûreté de ses précautions.
LE MARQUIS
Voilà des raisons qui ne valent rien.
CLIMÈNE
Tout cela ne fait que blanchir.
ÉLISE
Cela fait pitié.
DOKANTE.
Pour le discours moral que vous appelez un sermon, il est certain que de vrais dévots qui l'ont oui n'ont pas trouvé qu'il choquât ce que vous dites, et sans doute que ces paroles à'enfer et de chaudières bouillantes sont assez justifiées par l'extravagance d'Arnolphe, et par l'innocence de celle à qui il parle. F.t quant au transport amoureux du cinquième acte , qu'on accuse d'être trop outre et trop comique, je voudrais bien savoir si ce n'est pas faire la satire des amants, et si les honnêtes gens mêjue et les plus sérieux, en de pareilles occasions, ne font pas des choses...
LE MARQUIS
Ma foi, chevalier, tu ferais mieux de te taire.
DORANTE
Fort bien. Mais enfin si nous nous regardions nousmêmes, quand nous sommes bien amoureux...
LE MARQUIS
Je ue veux pas seulement t'écouter.
DORANTE
Écoute-moi si tu veiLX. Est-ce que dans la violence de la passion...
LE MARQUIS
La , la , la , la , lare , la , la , la , la , la , la.
(Il chante.)
LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE
SOBANTE.
Quoi !
LE MABQUIS.
La, la, la, la, lare, la, la, la, la, la, la.
UORANTE.
Je ne sais pas si...
LE MARQUIS
La , la , la , la , lare , la , la , la , la , la , la.
URAME.
Il me semble que...
LB MAEQUIS.
La, la, la, lare, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la.
UBAME.
11 se passe des choses assez plaisantes dans nôtre dispute. Je trouve qu'on en pourrait bien faire une petite comédie, et que cela ne serait pas trop mal à la queue de l'École des femmes.
DOHANTE.
Vous avez raison.
LE MABQCIS.
Parbleu! chevalier, tu jouerais là-dedans un rôle qui ne te serait pas avantageux.
DOBANTE.
Il est vrai, marquis.
CLIMÈNE
Pour moi , je souhaiterais fjue cela se fît, pourvu qu'on traitât l'affaire comme elle s'est passée.
ÉLISE
Et moi , je fournirais de bon cœur mon personnage.
LYSIDAS.
Je ne refuserais pas le mien, que je pense.
UBANIE.
Puisque chacun en serait content, chevalier, fai-
DES FEMMES, SCÈNE VMi.
tes un mémoire de tout, et le donnez a Molière, que vous connaissez , pour le mettre en comédie.
CLIME>E.
Il n'aurait garde, sans doute; et ce ne fierait pas des vers à sa louange.
UBANIE.
Point, point; je connais son humeur : il ne se soucie pas qu'on fronde ses pièces , pourvu qu'il y vienne du monde.
DOBANTE.
Oui. Mais quel dénoûinent pourrait-il trouver à ceci? Car il ne saurait y avoir ni mariage, ni reconnaissance; et je ne sais point par où l'on pourrait faire finir la dispute.
Il faudrait rêver à quelque incident pour cela.