‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 373 sur 1284 · I.IMIMIOMI'JL \)E VIJiSMM.KS, SCK.Mi I · texte numérisé non relu

I.IMIMIOMI'JL \)E VIJiSMM.KS, SCK.Mi I

i\ i|u'uii 111.11 1 el un t;iilaal icfiardcnl la iiicinc per- .somic avec des yeux si ditïérciils.

MOLIKBE.

yuc (le discours!

MA1)KM0ISF.LI.K MOLliuiR.

i\Ia foi, si je faisais une comédie, je la ferais sur ce sujet, .le jiislilierais les femmes de bien des choses dont ou les accuse; et je ferais craindre aux maris la diflcrcnre qu'il y a de leurs manières brusques , aux civilités des galants.

MOLliîIlK.

Ah! laissons cela. Il n'est pas question de causer maintenant : nous avons autre chose à faire.

MADEMOISFLLE lilijAllT.

Mais puisiiu'on vous a commandé de travailler sur le sujet de la critique qu'on a faite contre vous, que n'avez-vous fait cette comédie des comédiens, dont vous nous avez parlé il y a longtemps? C'était une affaire toute trouvée, et qui venait fort bien h la chose, et d'autant mieux, qu'ayant entrepris de vous peindre, ils vous ouvraient l'occasion de les peindre aussi, et que cela aurait pu s'appeler leur portrait, à bien plus juste titre que tout ce qu'ils ont fait ne peut être appelé le vôtre. Car vouloir contrefaire un comédien dans un rôle comique, ce n'est pas le peindre lui-mcine, c'est peinilre d'après lui les personnages qu'il représente, et se servir des mêmes traits et des nicines couleurs qu'il est obligé d'employer aiLX différents tableaux des caractères ridicules qu'il imite d'après nature ; mais contrefaire un comédien dans des rôles sérieux, c'est le peindre par des défauts qui sont entièrement de lui, puisque ces sortes de personnages ne veulent ni les gestes ni les tons de voix ridicules dans lesquels ou le reconnaît.

MOLIF.KE.

Il est vrai; mais j'ai mes raisons pour ne le pas faire, et je n'ai pas cru, entre nous, que la chose en valiU la peine; et puis il fallait plus de temps pour exécuter celte idée. Conmie leurs jours de comédie sont les mêmes que les nôtres, à peine ai-je été les uiir que trois ou quatre fois depuis que nous sommes à Paris ; je n'ai attrapé de leur manière de réciter que ce qui m'a d'abord sauté aux yeux, et j'aurais eu besoin de les étudier davantage pour faire des portraits bien ressemblants.

MADliMOlSia.LE DU PAlli:.

Pour moi , j'en ai reconnu quelques-uns dans votre bouche.

MADEMOISELLE DE BRIE

Je n'ai jamais oui parler de cela.

MOLÙ^RE.

("est une idée qui m'avait passé une fois par la tète , et que j'ai laissée là comme une bagatelle , une badinerie, qui peut-être n'aurait pas fait rire.

M4DLM()ISIJ.Lh DE IlilIK.

I)ites-la-moi un peu, puisque vous lavez dite aux autres.

HOLIÈnE.

Nous n'avons pas le temps maintenant.

MADEMOISELLE DE lillIE.

Seulement deux mots.

MOLliCBE.

J'avais songé une comédie où il y aurait eu un

poète, que j'aurais représenté moi-mcme, qui serait venu pour offrir une pièce a une troupe de comédiens nouvellement arrivés de campagne. <i Avez-vous, aurait-il dit, des acteurs et des actrices qui soient capables de bien faire valoir un ouvrage.' car ma pièce est une pièce... — Kh! monsieur, auraient répondu les comédiens, nous avons des hommes et des femmes qui ont été trouvés raisonnables partout où nous avons passé. — Et qui fait les rois parmi vous ? — Voilà un

acteur qui s'en démêle parfois.

Qui? ce jeune

homme bien fait? Vous moquez-vous? H faut utt roi qui soitgros et grasconimequatre ; un roi, morbleu ) qui soit entripaillé comme il faut ; un roi d'une vaste circonférence, et qui puisse remplir un trône de la belle manière. I-a belle chose qu'un roi d'une taille galante! Voilà déjà un grand défaut. ;\lais que je l'entende un peu réciter une douzaine de vers. » l,adessus le comédien aurait récité, par exemple, quelques vers du roi , de Nicomède :

Ti' le iliini-jc, Amspc? il m'a trop l)icn servi, Augmc'iitaul iiiuii pouvoir...

le plus naturcllemeiil qu'il lui aurait été possible, l'.t le poète • >' Comineiit ! vous appelez cela réciter? (;'esî se railler; il faut dire les choses avec emphase. Ecoutez-moi'.

( // conlrefait Mon/Jliiir/j, cumcdicit de ihôltl de lîourguijne.)

Te le iliiai-je, Arnspe? etc.

Voyez-vous cette posture? Remarquez bien cela. Là, appuyez comme il fimt le dernier vers. Voilà ce qui attire l'approbation, et fait faire lebrouhaha. — Alais , monsieur, aurait repondu le comédien, il me semble (pi'im roiijiii s'entretient tout seul avec son capitaine des gardes, parle un peu plus humainement, et ne prend guère ce ton de démoniai|ue. - Vous ne savez ce que c'est. Allez-vous-en recitercomme vous faites, vous verrez si vous ferez faire aucun ah ! Voyons

' I)al)oi(l les acteurs du Marais, qui furent les premiers fondaliurs ili' la scène francnise, clianlèreni les vers; c'est ainsi (|ne AI()n(lr)ri joua le CkI (jorisinal Monldeurv, qui lui succéda, remplaça ce cliani nionolonc par une déelainalion fort ampoulée. Moii.re, <iui le erilicpie ici , cl.iblit le premier une manière nalunlle île reriler, manière (|ui est la seule Ikiiuic, parce (pie seule elle peut (lonuer à la passion ses véritables accents.

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