‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 374 sur 1284 · L'IMPROMPTU DE VERSAILLES, SCENE I · texte numérisé non relu

L'IMPROMPTU DE VERSAILLES, SCENE I

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un peu une scène d'amant et d'amante. » Là-dessus une comédienne et un comédien auraient fait une scène ensemble , qui est celle de Camille et de Curiace ,

Iras-lu, ma rln"'ro àme? pi ce funeste tionneur Tp plait-il au\ dépens (le tout noire bonheur? Hélas ! je vois Irop bien , etc.

tout de même que l'autre, et le plus naturellement (|u'ils auraient pu. Et le poëte aussitôt : « Vous vous moquez, vous ne faites rien qui vaille, et voici comme il faut réciter cela :

(Il imite mademoiselle Beauchdleau, comédienne de l'holel de Bourgogne.)

Iras-lu , ma chère àme? etc.

iSon , je le connais mieux , etc.

Voyez-vous comme cela est naturel et passionné ? Admirez ce visage riant qu'elle conserve dans les plus grandes afflictions. « Enlin, voilà l'idée; et il aurait parcouru de même tous les acteurs et toutes les actrices.

MADEMOISELLE DE BRIE

Je trouve cette idée assez plaisante , et j'en ai reconnu là dès le premier vers. Continuez, je vous prie.

MOLiiîBE, imitant Beauchâteau, comédien de rhûtel de Bourgogne, dans les stances du Cid.

Percé jusques au fond du coeur, elc.

Et celui-ci , le reconnaîtrez-vous bien dans Pompée, de Serlorius?

{Il contrefait llauteroche , comédien de Vit l'eldc D.ihi ■ tjnijne. )

L'inimilié qui rèsne entre les deux parlis N'y rend p;is de l'honneur, etc.

MADEMOISELLE DE BlilE.

Je le reconnais un peu , je pense.

MOLIÈRE

Et celui-ci ?

Imitant de Villiers, comédien de l'kvtelde Bourgojnc. ) Seigneur, Polj be esl mort , clc.

MADEMOISELLE DE BBIE.

Oui, je sais qui c'est; mais il y en a quelques-uns d'entre eux , je crois , que vous auriez peine à contrefaire.

MOLIÈRE

Mon Dieu! il n'y en a point qu'on ne pût attraper par quelque endroit, si je les avais bien étudiés. l\lais vous me faites perdre un temps qui nous est cher. Songeons à nous, de grâce, et ne nous amusons point davantage à discourir. ( .-/ /a Grange. ) Vous, prenez garde à bien représenter avec moi votre rôle de marquis.

MADEMOISELLE MOLIERE

Toujours des marquis !

Oui, toujours des marquis. Que diable voulez-vous qu'on prenne pour un caractère agréable de théâtre ? Ix marquis aujourd'hui est le plaisant de la comédie ; et comme dans toutes les comédies anciennes, on voit toujours un valet bouffon qui fait rire les auditeurs, de même, dans toutes nos pièces de maintenant , il faut toujours un marquis ridicule qui divertisse la compagnie '.

MADEMOISELLE BÉJART

Il est vrai , on ne s'en saurait passer.

MOLIÈRE

Pour \ous, mademoiselle...

MADEMOISELLE DUPARC

Mon Dieu ! pour moi , je m'acquitterai fort mal de mon personnage, et je ne sais pas pourquoi vous m'avez donné ce rôle de faronnière.

MOLIÈRE

Mon Dieu ! mademoiselle, voilà comme vous disiez, lorsque l'on vous donna celui de la Critique de l'École des femmes; cependant vous vous en êtes acquittée à merveille, et tout le monde est demeuré d'accord qu'on ne peut pas mieux faire que vous avez fait. Croyez-moi, celui-ci sera de même, et vous le jouerez inieiLX que vous ne pensez.

s;ademoijElle duparc.

Comment cela se pourrait-il faire? Car il n'y a [loint de personne nu monde qui soit moins faronnière que moi.

MOLIÈRE

Cela est vTai; et c'est en quoi vous faites mieux voir que vous êtes excellente comédienne, de bien représenter un personnage qui est si contraire à vo-

' Tous les commenlaleurs se sont élonnés de la hardiesse de Molière ; mais aucun n"a deviné le but de ses attaques. En effet, Louis XIV laissant tourner la noblesse en ridicule, offre un spectacle singulier , et qui semble en contradiction avec la lierté de son caractère. Mais la contradiction n'est qu'apparente, el nous retrouvons ici la grande idée politique qui inspira toutes tes actions de son règne. Témoin des troubles (le la Fronde, victime des excx'S des grands, il sentit de bonne heure la nécessité de les soumettre, et il le lit. Cependant l'ancien souvenir de leur puissance \ivait encore parmi le peuple; el peut-être, comme .■ious la régence de Médicis , ils auraient trouvé des secours dans les provinces contre le roi lui-même. Louis XIV voulut leur 61er cette dernière ressource ; et Molière servit ses projets, pn ('gav ant le peuple aux dépens de ceux mêmes que jusqu'alors il a\M craints et honorés. On sait que pliLsieurs fois Louis désigna a MoUère les caractères qui pouvaient le plus frapper la niullitndp. C'est ainsi que les grands perdirent peu à peu leur inlluence , c'est-à-dire (|u'ils partagèrent les plaisirs de la (X)ur, et cessèrent de la menacer. Sans doute celte polilique fut poussée Irop loin ; car le roi diminuait sa puissance en affaiblissant trop celle de la noblesse. Mais ce n'est point ici le lieu d'examiner celle grave question.

l.IMPUOMPTU DE VERSAILLES, SCENE II.

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