‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 378 sur 1284 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MOLIÈRE, BRÉCOURT, LA GRANGE, DU CROISY; MESDEMOISELLES DUPARC , BÉ- JART, DE BRIE, MOLIÈRE, DU CROISY, HERVÉ.

MOLIÈBE.

Ah! que le monde est plein d'impertinents! Or sus , commençons. Figurez-vous donc premièrement que la scène est dans l'antichambre du roi ; car c'est un lieu oîi il se passe tous les jours des choses assez plaisantes. Il est aisé de faire venir là toutes les personnes qu'on veut , et on peut trouver des raisons même pour y autoriser la venue des femmes que j'introduis. La comédie s'ouvre par deux marquis qui se rencontrent.

( à la Grange. )

Souvenez-vous bien, vous, de venir, comme je vous ai dit, là, avec cet air qu'on nomme le bel air, peignant votre perruque et grondant une petite chanson entre vos dents. La , la , la , la , la , la. Rangezvous donc, vous autres , car il faut du terrain à deux marquis ; et ils ne sont pas gens à tenir leur personne dans un petit espace, (à la Grange.) Allons, parlez.

LA GBANGE.

« Bonjour, marquis. »

MOLIÈRE

Mon Dieu! ce n'est point là le ton d'un marquis , il faut le prendre un peu plus haut ; et la plupart de ces messieurs affectent une manière de parler particulière, pour se distinguer du commun : Bonjour , marquis. Recommencez donc.

LA GBANGE.

<i Bonjour, marquis.

MOLIÈRE

« Ah! marquis, ton serviteur.

LA GBANGE.

n Que fais-tu là ?

MOLIÈRE

« Parbleu! tu vois; j'attends que tous ces mcs- « sieurs aient débouché la porte, pour présenter là n mon visage.

LA GBANGE.

« Têtebleu! quelle foule! Je n'ai garde de m'y

[/IMPROMPTU DK VERSAFI.LKS , SCKM-: 111.

■• aller fioUcr, cl j'jiinc bien mieux entrer des der- » niers.

MOLIÈRE

" Il y a la vinf^t gens qui sont fort assurés de ii'enn Irer point, et (|ui ne laissent pas de se presser , et « d'occuper toutes les avenues de la porte.

LA OBANGE.

« Crions nos deux noms à l'huissier, afin qu'il « nous appelle.

MOLIÈHE.

« Cela est bon pour toi; mais pour moi, je neveux " pas être joué par Molière.

LA ORANGE

" Je pense pourtant, marquis , que c'est toi qu'il « joue dans la Critique.

MOLIÈnE.

" !\Ioi? Je suis ton valet; c'est toi-même en propre ■ personne.

LA ORANGE

B Ah ! ma foi , tu es bon de m'appliquer ton per- « sonnage.

MOLIÈBE.

« Parbleu ! je te trouve plaisant du me donner ce « qui t'appartient.

LA ORANGE, riaiit.

" Ah ! ah! ah 1 cela est drôle.

MOLIÈRE, riant « Ah ! ah ! ah ! cela est bouffon.

LA GRANGE

« Quoi ! tu veux soutenir que ce n'est pas toi qu'on n joue dans le marquis de la Critique?

MOLIÈRE

<■ Il est vrai, c'est moi. Détestable, morbleu! dé- >' teslable! tarte à la crème! C'est moi, c'est moi , « assurément, c'est moi.

LA GRANGE

n Oui , parbleu ! c'est toi , tu n'as que faire de rail- " 1er; et si tu veux , nous gagerons , et verrons qui a " raison des deux.

MOLIÈRE

« El que veux-tu gager encore.'

LA GRANGE

« Je gage cent pistoles que c'est toi.

MOLIÈRE

« Et moi , cent pistoles que c'est toi.

LA GRAKGE.

» Cent pistoles comptant.

MOLIÈRE

<• Comptant. Quatre-vingt-dix pistoles sur Anivn- « tas, et dix pistoles comptant.

LA G RANGE

« Je le veux.

.. Cela est fait.

LA OIIANGE.

" Ton argent court grand risque.

MOLIÈRE

« I.e tien est bien aventuré.

LA GRANGE

•' A qui nous en rapporter;"

MOLIÈRE

" Voici un homme qui nous jugera, [a Drccourt.) Chevalier....

BRÉCOURT

.. Quoi.'..

MOLIÈRE

Bon. Voilà l'autre qui prend le ton de marquis; vous ai-je pas dit que vous faites un rôle oii l'on doit parler naturellement?

BRÉCOL'RT.

Il est vrai.

MOLIÈRE

.MIonsdonc. " Chevalier...

BRÉCOURT

« Quoi.'

MOLIÈRE

« Juge-nous un peu sur une gageure que nous " avons faite.

BRÉCOURT

" Et quelle ?

MOLIÈRE

" Nous disputons qui est le marquis de la Critique " de Molière; il gage que c'est moi , et moi je gage « que c'est lui.

BRÉCOURT

n Et moi, je juge que ce n'est ni l'un ni l'autre. « Vous êtes fous tous deux, de vouloir vous applii< quer ces sortes de choses; et voilà de quoi j'ouïs « l'autre jour se plaindre Jlolière , parlant à des pern sonnes qui le chargeaient de même chose que vous. " Il disait que rien ne lui donnait du déplaisir comme " d'être accusé de regarder quelqu'un dans les por- " traits qu'il fait; que son dessein est de peindre les I' mœurs sans vouloir toucher aux personnes, et que n tous les personnages qu'il représente sont des per- « sonnages en l'air, et des fantômes proprement, qu'il « habille à sa fantaisie, pour réjouir les spectateurs; « qu'il serait bien fiiché d'y avoir jamais marqué qui « que ce soit ; et que si quelque chose était capable « de le dégoûter de faire des comédies , c'étaient les « ressemblances qu'on y voulait toujours trouver, et <> dont ses ennemis tâchaient malicieusement d'ap- " puyer la pensée , pour lui rendre de mauvais offices <> auprès de certaines personnes à qui il n'a jamais » pensé. Et, en effet, je trouve qu'il a raison : car " pourquoi vouloir, je vous prie, appliquer tous ses " gestes et toutes ses paroles , et chercher à lui faire " des affaires en disant hautement : Il joue un tel. " lorsque ce sont des choses qui peuvent convenir a

LIMPROMPTU DE VERSAILLES, SCÈNE IIL

• ccirt personnes? Comme l'affaire de la comédie est « de représenter en général tous les défauts des » hommes, et principalement des hommes de notre n siècle, il est impossible à IMoIière de faire aucun ca- « ractère qui ne rencontre quelqu'un dans le monde ; '■et s'il faut qu'on l'accuse d'avoir songé toutes les n personnes où l'on peut trouver les défauts qu'il " peint, il faut, sans doute, qu'il ne fasse plus de '• comédies.

MOLIÈRE

«T\Ia foi, chevalier, tu veux justifier Molière, et " épargner notre âmi que voilà.

LA GRANGE

Il Point du tout. C'est toi qu'il épargne; et nous " trouverons d'autres juges.

MOLIÈRE

Il Soit, ^fais , dis-moi , chevalier , crois-tu pas que ■ ton Molière est épuisé maintenant , et qu'il ne trou-

• vera plus de matière pour...

BRÉCOURT

« Plus de matière? Eh! mon pauvre marquis, '. Tious lui en fournirons toujours assez; et nous ne 'I prenons guère le chemin de nous rendre sages peur

tout ce qu'il fait et tout ce qu'il dit. »

MOLIÈRE

Attendez; il faut marquer davantage tout cet endroit. Écoutez-le-moi dire un peu. « Et qu'il ne trou- « vera plus de matière pour... — Plus de matière? « Eh! mon pauvre marquis, nous lui en fournirons Il toujours assez , et nous ne prenons guère le chemin « de nous rendre sages pour tout ce qu'il fait et tout 'I ce qu'il dit. Crois-tu qu'il ait épuisé dans ses co- II médies tout le ridicule des hommes? Et sans sortir Il de la cour, n'a-t-il pas encore vingt caractères de Il gens où il n'a point touché? iS'a-t-il pas, par exem- « pie, ceux qui se font les plus grandes amitiés du Il monde, et qui, le dos tourné, font galanterie de « se déchirer l'un l'autre? IS'a-t-il pas ces adulateurs Il à outrance, ces flatteurs insipides, qui n'assaison- II nent d'aucun sel les louanges qu'ils donnent, et Il dont toutes les flatteries ont une douceur fade qui « fait mal au cœur à ceux qui les écoutent ? K'a-t-il « pas ces lâches courtisans de la faveur, ces perfides « adorateurs de la fortune , qui vous encensent dans ■I la prospérité, et vous accablent dans la disgrâce? « N'a-t-il pas ceux qui sont toujours mécontents de « la cour, ces suivants inutiles, ces incommodes as- « sidus, ces gens, dis-je, qui, pour services, ne « peuvent compter que des importunités , et qui veu- " lent qu'on les récompense d'avoir obsédé le prince " dix ans durant? N'a-t-il pas ceux qui caressent 1 également tout le monde, qui promènent leurs ci- « vilités à droite et à gauche, et courent à tous ceux

• qti'ils voient avec les mêmes embrassades et les

» mêmes protestations d'amitié? — ÎMonsieur , votre Il très-humble serviteur. Monsieur, je suis tout à Il votre service. Tenez-moi des vôtres, mon cher. Il Faites état de moi, monsieur, comme du plus chaud " de vos amis. Monsieur, je suis ravi de vous em- II brasser. Ah ! monsieur, je ne vous voyais pas ! Fai- II tes-moi la grâce de m'employer. .Soyez persuadé n que je suis entièrement à vous. Vous êtes l'homme Il du monde que je révère le plus. Il n'y a personne n que j'honore à l'égal de vous. Je vous conjure de Il le croire. Te vous supplie de n'en point douter. Ser- II viteur. Très-humble valet. Va, va, marquis, Moi< lière aura toujours plus de sujets qu'il n'en voudra; « et tout ce qu'il a touché jusqu'ici n'est rien que •1 bagatelle au prix de ce qui reste. >' Voilà à peu près comme cela doit être joué.

EHÉCOUBT.

C'est assez.

Poursuivez.

MOLIERE

BRÉCOURT

<■ Voici Climène et Élise. »

MOLIÈRE , c mesdemoiselles Duparc et Molière.

Là-dessus vous arriverez toutes deux. ( à mademoiselle Duparc. ) Prenez bien garde , vous , à vous déhancher comme il faut, et à faire bien des façons. Cela vous contraindra un peu; mais qu'y faire? Il faut parfois se faire violence.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

Il Certes, madame, je vous ai reconnue de loin;

I et j'ai bien vu à votre air que ce ne pouvait être « une autre que vous.

MADEMOISELLE DUPARC

" Vous voyez. Je viens attendre ici la sortie d'un

II homme avec qui j'ai une affaire à démêler.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

<i Et moi de même. »

MOLIÈRE

Mesdames , voilà des coffres qui vous serviront de fauteuils '.

MADEMOISELLE DUÇARC.

I' Allons, madame, prenez place, s'il vous plaît.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« Après vous , madame. »

MOLIÈRE

Bon. Après ces petites cérémonies muettes, chacun prendra place et parlera assis, hors les marquis, qui tantôt se lèveront, et tantôt s'asseoiront, suivant leur inquiétude naturelle. « Parbleu! chevalier, tu Il devrais faire prendre médecine à tes canons.

■ Au temps de Molière, on renrermait dans des ooffres les habillements et le linge. Ces coffres liaient ranges le long des uiui-3 dans les salles que l'on occupait. ( L. B. )

LIMPliOMPTU DE VERSAILLES, SCENE III.

li RECOURT.

« Comment ?

MOLIÈRE

« Ils se portent fort mal.

BRÉCOURT

n Serviteur à la ttirlupinade!

MADE.M01SELLE MOLIÈRE

« i\Ion Dieu! madame, que je vous trouve le teint : d'une blancheur éblouissante, et les lèvres d'une I couleur de feu surprenant!

MADEMOISELLE DL'PARC

« Ah! que dites-vous là, madame? ne me regar- ■ dez point , je suis du dernier laid aujourd'lmi.

MADEMOISELLE MOLllCRE.

'< Eh! madame, levez un peu votre coiffe.

MADEMOISELLE DUPAHC.

« Fi! je suis épouvantable, vous dis-je, et je me i fais peur à moi-même.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« Vous êtes si belle!

MADEMOISELLE DLPAEC.

« Point, point.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« Montrez -vous.

MADEMOISELLE DUPARC

« Ah! fi donc, je vous prie.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« De grâce.

MADEMOISELLE DUPARC

« Slon Dieu, non.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« Si fait.

MADEMOISELLE DUPARC

« Vous me désespérez.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« Un moment.

MADEMOISELLE DUPARC

« liai !

MADEMOISELLE MOLIÈRE

« Piésolument, vous vous montrerez. On ne peut point se passer de vous voir.

MADEMOISELLE DU PARC

« Mon Dieu , que vous êtes une étrange personne ! vous voulez furieusement ce que vous voulez.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

" Ah ! madame , vous n'avez aucun désavantage à paraître au grand jour, je vous jure! Les méchantes gens, qui assuraient que vous mettiez quelque chose ! Vraiment , je les démentirai bien maintenant.

MADEMOISELLE DUPARC

« Hélas! je ne sais pas seulement ce qu'on appelle mettre quelque chose. Mais où vont ces dames?

MADEMOISELLE DE BRIE

« Vous voulez bien, mesdames, que nous vous

« donnions en passant la plus agréable nouvelle du « monde. Voilà monsieur Lysidas (|ui vient de nous " avertir qu'on a fait une pièce contre Molière, que « les grands comédiens vont jouer '.

MOLIÈRE

« 11 est \Tai, on me l'a voulu lire; et c'est un « nommé Br... Brou... Brossaut qui l'a faite.

DU CROISY

« INIonsieur, elle est affichée sous le nom de Bour- » sault. Mais, à vous dire le secret, bien des gens « ont mis la main à cet ouvTage , et l'on en doit con- « cevoir une assez haute attente. Comme tous les « auteurs et tous les comédiens regardent Molière « comme leur plus grand ennemi, nous nous sonnnes " tous unis pour le desservir. Chacun de nous a donné « un coup de pinceau à son portrait; mais nous nous « sommes bien gardés d'y mettre nos noms; il lui ■1 aurait été trop glorieux de succomber, aux yeux Il du monde , sous les efforts de tout le Parnasse ; et « pour rendre sa défaite plus ignominieuse , nous i< avons voulu choisir tout exprès un auteur sans ré- " putation.

MADEMOISELLE DUPARC

« Pour moi , je vous avoue que j'en ai toutes les « joies imaginables.

MOLIÈRE

« Et moi aussi. Par la sambleu! le railleur sera <> raillé; il aura sur les doigts, ma foi.

MADEMOISELLE DUPARC

« Cela lui apprendra à vouloir satiriser tout. Com- « ment ! cet impertinent ne veut pas que les femmes « aient de l'esprit! Il condamne toutes nos expres- « sions élevées , et prétend que nous parlions tou- " jours terre à terre!

MiJ)EM0ISELLE DE BRIE.

i< Le langage n'est rien; mais il censure tous nos « attachements, quelque innocents qu'ils puissent n être; et de la façon qu'il en parle, c'est être cri- " niinelle que d'avoir du mérite.

MADEMOISELLE DU CROISY

" Cela est insupportable. Il n'y a pas une femme " qui puisse plus rien faire. Que ne laisse-t-il en re- « pos nos maris, sans leur ouvrir les yeux, et leur " faire prendre garde à des choses dont ils ne s'avi- " sent pas?

MADEMOISELLE BÉJART

" Passe pour tout cela ; mais il satirise même les Il femmes de bien , et ce méchant plaisant leur donne « le titre d'honnêtes diablesses.

■ On sait que Boursaull crut se reconnaitre dans le Lysidas de la Crilique de l'Hcolt- dt-sfcmniis. Il se vengea par le Pof- Iruit du l'cintre, et fut puni par Vlmpromplii de f'cTsalUa.

rniPROMPTU DE VERSAILLES, SCENE III.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

n C'e.st un impertinent. Il faut qu'il en ait tout le

• soûl.

DU CEOISY.

« La représentation de cette comédie, madame, . aura besoin d'être appuyée ; et les comédiens de . l'hôtel...

MADEMOISELLE DUPAKC.

« !\Ion Dieu ! qu'ils n'appréhendent rien. Je leur ' garantis le succès de leur pièce , corps pour corps.

MADEMOISELLE MOLIÈEE.

<• Vous avez raison , madame. Trop de gens sont intéressés à la trouver belle. Je vous laisse à penser si tous ceux qui se croient satirisés par Molière ne prendront pas l'occasion de se venger de lui en applaudissant à cette comédie.

BRÉCOURT, ironiquement.

« Sans doute ; et pour moi je réponds de douze marquis, de six précieuses, de vingt coquettes, et de trente cocus , qui ne manqueront pas d'y battre des mains.

MADEMOISELLE MOLIÈEE.

« En effet. Pourquoi aller offenser toutes ces personnes-là , et particulièrement les cocus , qui sont les meilleures gens du monde.'

MOLIÈEE.

» Par la sambleu ! on m'a dit qu'on le va dauber, lui, et toutes ses comédies, de la belle manière ; et que les comédiens et les auteurs, depuis le cèdre

i jusqu'à l'hysope , sont diablement animés contre

: lui.

MADEMOISELLE MOLIÈEE.

« Cela lui sied fort bien. Pourquoi fait-il de mé- 1 chantes pièces quetoutParis va voir, etoîi il peint 1 si bien les gens que chacun s'y connaît ? Que ne ^ fait-il des comédies comme celles de monsieur Ly- 1 sidas? Il n'aurait personne contre lui, et tous les 1 auteurs en diraient du bien. Il est vrai que de I semblables comédies n'ont pas ce grand concours . de monde; mais, en revanche, elles sont toujours

■ bien écrites, personne n'écrit contre elles, et tous

■ ceux qui les voient meurent d'envie de les trouver

• belles.

DU CEOISY.

« 11 est \Tai que j'ai l'avantage de ne me point « faire d'ennemis , et que tous mes ou\Tages ont l'ap- « probation des savants.

MADEMOISELLE MOLIÈEE.

« Vous faites bien d'être content de vous. Cela « vaut mieux que tous les applaudissements du pu- « blic, et que tout l'argent qu'on saurait gagner aux « pièces de Molière. Que vous importe qu'il vienne « du monde à vos comédies, pourvu (fu'elles soient

• approuvées par messieurs vos confrères ?

LA GRANGE

« Mais quand jouera-t-on le Portrait du Peintre ?

DU CBOISY.

« Je ne sais; mais je me prépare fort à paraître des premiers sur les rangs , pour crier : Voilà qui est beau !

MOLIÈRE

» Et moi de même, parbleu !

LA GRANGE

« Et moi aussi , Dieu me sauve !

MADEMOISELLE DUPAEC.

« Pour moi , j'y paierai de ma personne comme il faut; et je réponds d'une bravoure d'approbation, qui mettra en déroute tous les jugements ennemis.

; C'est bien la moindre chose que nous devions faire, que d'épauler de nos louanges le vengeur de nos

i intérêts !

MADEMOISELLE MOLIÈEE.

« C'est fort bien dit.

MADEMOISELLE DE BEIE.

« Et ce qu'il nous faut faire toutes.

MADEMOISELLE BÉJABT.

a Assurément.

MADEMOISELLE DU CEOISY'.

1 Sans doute.

MADEMOISELLE HEEVÉ.

« Point de quartier à ce contrefaiseur de gens.

MOLIÈEE.

it Ma foi, cheval'er, mon ami, il faudra que ton • Molière se cache.

BBÉCOUBT.

« Qui, lui ? Je te promets, marquis, qu'il fait des- . sein d'aller sur le théâtre rire , avec tous les au- ' très , du portrait qu'on a fait de lui.

MOLIÈRE

» Parbleu ! ce sera donc du bout des dents qu'il i rira.

BRÉCOUET.

« Va, va , peut-être qu'il y trouvera plus de sujets . de rire que tu ne penses. On m'a montré la pièce; . et, comme tout ce qu'il y a d'agréable sont effec-

< tivement les idées qui ont été prises de IMolière,

< la joie que cela pourra donner n'aura pas Jieu de . lui déplaire, sans doute; car, pour l'endroit où

< l'on s'efforce de le noircir , je suis le plus trompé . du monde si cela est approuvé de personne ; et > quant à tous les gens qu'ils ont tâché d'animer . contre lui, sur ce qu'il fait, dit-on, des portraits . trop ressemblants , outre que cela est de fort mau-

< vaise grâce, je ne vois rien de plus ridicule et de

< plus mal repris; et je n'avais pas cru jusqu'ici que

< ce fi1t un sujet de blâme pour un comédien que » de peindre trop bien les hommes.

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