‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 379 sur 1284 · L'IMPROMPTU DE VERSAILLES, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

L'IMPROMPTU DE VERSAILLES, SCÈNE IIL

LA OIUNOE.

'■ Les comédiens m'ont dit qu'ils l'attoiidaicnt sur " la réponse, ot (|iic...

liHKCOlIHT.

n Sur I.TTéponse ? Ma foi , je le trouverais un firaiid " fou, s'il se mettait en peine de répondre à leurs " invectives. Tout le monde sait assez de quel mo- « tif elles peuvent partir; et la meilleure réponse « qu'il leur puisse faire, c'est une eomédie qui réus- " sisse comme toutes ses autres. Voilà le vrai moven " de se venger d'eux comme il faut ; et de l'hu- « meur dont je les connais, je suis fort assuré qu'une •< pièce nouvelle qui leur enlèvera le monde, les fà- " (liera Lien plus que toutes les satires qu'on pour- <• rait faire de leurs personnes.

tlOLIÈBE.

« Mais, chevalier... >•

MADEMOISELLE BÉJAIIT.

Souffrez que j'interrompe pour un peu la répétition. ((S Molière. ) Voulez-vous que je vous die? Si J'avais été en votre place, j'aurais poussé les choses autrement. Tout le monde attend de vous une réponse vigoureuse; et, après la manière dont on m'a dit que vous étiez traité dans cette comédie, vous étiez en droit de tout dire contre les comédiens, et vous deviez n'en épargner aucun.

MOLIÈRE

•T'enrage de vous ouïr parler de la sorte ; et voilà votre manie, à vous autres femmes. Vous voudriez que je prisse feu d'abord contre eux, et qu'à leur exemple j'allasse éclater promptement en invectives et en injures. Le bel honneur que j'en pourrais tirer, et le grand dépit que je leur ferais ! Ne se sont-ils pas préparés de bonne volonté à ces sortes de choses? Kt lorsqu'ils ont délibéré s'ils joueraient le Portrait du Peintre, sur la crainte d'une riposte, quelquesuns d'entre eux n'ont-ils pas répondu : Qu'il nous rende toutes les injures qu'il voudra , pourvu que nous gagnions de l'argent ? N'est-ce pas là la marque d'une ame fort sensible à la honte ? et ne me vengerais-jepas bien d'eux, en leur donnant ce qu'ils veulent bien recevoir.^

MADEMOISELLE DE BRIE

Ils se sontfort plaints, toutefois, de trois ou quatre mots que vous avez dits d'eux dans la Critique et dans vos Précieuses.

MOLIÈRE

Il est vrai , ces trois ou quatre mots sont fort offensants, et ils ont grande raison de les citer. Allez, allez, ce n'est pas cela : le i)lus granii mal que je leur aie fait, c'est que j'ai eu le bonheur de plaire un peu |)Ius qu'ils n'auraient voulu; et tout leur procédé, depuis que nous sommes venus à Paris, a trop marqué ce qui les touche. Mais laissons-les faire tant qu'ils

voudront; toutes leurs entreprises ne doivent point in'inquiéter. Ils criti(iuent mes pièces, tant mieux; et Dieu me garde d'en faire jamais <|ui leur plaise! ce serait une mauvaise affaire pour moi.

MADEMOISELLE DE liHIE.

Il n'y a pas grand plaisir pourtant à voir déchirer ses ouvrages.

MOLIÈRE

Et qu'est-ce que cela me fait ? N'ai-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulais obtenir, puisqu'elle a eu le bonheur d'agréer aux augustes personnes à qui particulièrement je m'efforce de plaire ? N'ai-je pas lieu d'être satisfait de sa destinée, et toutes leurs censures ne viennent-elles pas trop tard? Est-ce moi, je vous prie, que cela regarde maintenant? et lorsqu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'est-ce pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée, que l'art de celui qui l'a faite ?

MADEMOISELLE DE BRIE

Ma foi, j'aurais joué ce petit monsieur l'auteur, qui se mêle d'écrire contre des gens qui ne songent pas à lui.

MOLIÈRE

Vous êtes folle. Le beau sujet à divertir la cour, que monsieur Boursault! Je voudrais bien savoir de quelle fa(^:on on pourrait l'ajuster pour le rendre plaisant; et si, quand on le bernerait sur un théâtre, il serait assez heureux pour faire rire le monde. Ce lui serait trop d'honneur que d'être joué devant une auguste assemblée; il ne demanderait pas mieux, et il m'attaque de gaieté de cœur, pour se faire connaître, de quelque façon que ce soit. C'est un homme qui n'a rien à perdre , et les comédiens ne me l'ont déchaîné qi.e pour m'engager à une sotte guerre, et me détourner, | ar cet artifice, des autres ouvrages f|Ue j'ai à fair.': et cependant vous êtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau. Mais enfin, j'en ferai ma déclaration publiquement. Je ne prétends faire aucune réponse à toutes leurs critiques et leurs contre-critiques. Qu'ils disent tous les maux du monde de mes pièces , j'en suis d'accord. Qu'ils s'en saisissent après nous; qu'ils les retournent conune un habit pour les melire sur leur théâtre , et tâchent a profiter de quelque agrément qu'on y trouve, et d'un peu de bonheur que j'ai ; j'y consens, ils en ont besoin; et je serai bien aise de contribuer à les faire subsister, pourvu qu'ils se contentent de ce que je puis leur accorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir des bornes, et il y a des choses qui ne font rire ni les spectateurs, ni celui dont on parie. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes

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