L'IMPROMPTU DE VERSAILLES, SCÈNE VII
paroles, mon ton de voix, et ma façon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira, s'ils en peuvent tirer quelque avantage. Je ne m'oppose point à toutes ces choses , et je serai ravi que cela puisse réjouir le monde ; mais eu leur abandonnant tout cela , ils me doivent faire la grâce de me laisser le reste, et de ne point toucher à des matières de la nature de celles sur lesquelles on m'a dit qu'ils m'attaquaient dans leurs comédies. C'est de quoi je prierai civilement cet honnête monsieur qui se mêle d'écrire pour eux, et voilà toute la réponse qu'ils auront de moi.
MADEMOISELLE BÉJABT.
Mais enfin...
MOLIÈRE
Mais enfin , vous me feriez devenir fou. Ne parlons point de cela davantage ; nous nous amusons à faire des discours , au lieu de répéter notre comédie. Oîi en étions-nous? Je ne m'en souviens plus.
MADEMOISELLE DE BBIE.
Vous en étiez à l'endroit.. .
MOLliîRE.
Mon Dieu ! j'entends du bruit ; c'est le roi qui arrive assurément ; et je vois bien que nous n'aurons pas le temps de passer outre. Voilà ce que c'est de s'amuser. Oh bien ! faites donc , pour le reste , du mieux qu'il vous sera possible.
MADEMOISELLE BÉJABT.
Par ma foi , la frayeur me prend ; et je ne saurais aller jouer mon rôle, si je ne le répète tout entier.
MOLIÈRE
Comment , vous ne sauriez aller jouer votre rôle ?
MADEMOISELLE BÉJABT.
Non.
MADEMOISELLE DUPABC.
Ni moi , le mien.
MADEMOISELLE DE BBIE.
Ni mol non plus.
MADEMOISELLE MOLIÈEE.
Ni moi.
MADEMOISELLE HERVÉ
Ni moi.
MADEMOISELLE DU CEOISY.
Ni moi.
MOLIÈRE
Que pensez-vous donc faire ? Vous moquez-vous toutes de moi ?