LA PRINCESSE DELIDE, ACTE V, SCÈNE IV
tînt ce discours , je ne sais pas ce que je ne ferais point !
IPHITAS.
Eii bien, oui , tu ne l'aimes pas. Tu le hais, j'y consens; et je veux bien pour te contenter, qu'il n'épouse pas la princesse Aglante.
LA PEIJiCESSE.
Ah ! seigneur , vous me donnez la vie !
IPUITAS.
Mais , afin d'empêcher qu'il ne puisse jamais être à elle , il ftiut que tu le prennes pour toi.
LA PniNCESSE.
Vous vous moquez , seigneur , et ce n'est pas ce qu'il demande.
EURYALE
Pardonnez-moi , madame , je suis assez téméraire pour cela , et je prends à témoin le prince votre père si ce n'est pas vous que j'ai demandée. C'est trop vous tenir dans l'erreur ; il faut lever le masque , et, dussiez-vous vous en prévaloir contre moi , découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon cœur. Je n'ai jamais aimé que vous, et jamais je n'aimerai que vous. C'est vous, madame, qui m'avez enlevé cette qualité d'insensible que j'avais toujours affectée ; et tout ce que j'ai pu vous dire n'a été qu'une feinte qu'un mouvement secret m'a inspirée , et que je n'ai suivie qu'avec toutes les violences imaginables. Il fallait qu'elle cessât bientôt, sans doute, et je m'étonne seulement qu'elle ait pu durer la moitié d'un jour; car enfin je mourais, je brûlais dons l'àme , quand je vous déguisais mes sentiments ; et jamais cœur n'a souffert une contrainte égale à la jiiienne. Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger; vous n'avez qu'à parler , et ma main sur-le-champ fera gloire d'exécuter l'arrêt que vous prononcerez.
LA PBINCESSE.
Non , non , prince , je ne vous sais pas mauvais gré de m'avoir abusée; et , tout ce que vous m'avez dit, je l'aime bien mieux une feinte que non pas une vérité.
IPHITAS.
Si bien donc, ma fille, que tu veux bien accepter re prince pour époux ?
LA PBINCESSE.
Seigneur , je ne sais pas encore ce que je veux. Donnez-moi le temps d'y songer, je vous prie, et m'épargnez un peu la confusion où je suis.
IPHITAS.
Vous jugez, prince, ce que cela veut dire , et vous pouvez vous fonder là-dessus
EUnVALE.
Je l'attendrai tant qu'il vous plaira . madame i cet
arrêt de ma destinée ; et , s'il me condamne à la mort, je le suivrai sans murmure.
IPHITAS.
Viens , Moron. C'est ici un jour de paix , et je te remets en grûce avec la princesse.
MOnON.
Seigneur , je serai meilleur courtisan une autre fois", et je me garderai bien de dire ce que je pense.