ACTE SECOND
Le théâtre représente une campagne au bord de la mer.
pour Vous épouser, je vous ai dérobée à la clôture d'un couvent , que vous avez rompu des vœux qui vous engageaient autre part, et que le ciel est fort jaloux de ces sortes de choses. Le repentir m'a pris et j'ai craint le courroux céleste. J'ai cru que notre mariage n'était qu'un adultère déguisé , qu'il nous attirerait quelque disgrâce d'en haut , et qu'enfin je devais tacher de vous oublier , et vous donner moyen deretournerà vospremières chaînes. Voudriez-vous, madame, vous opposer à une si sainte pensée, et que j'allasse, en vous retenant, me mettre le j;iel sur les bras; que par...
DONE ELVIBE.
Ah! scélérat, c'est maintenant que je te connais tout entier ; et pour mon malheur, je te connais lorsqu'il n'en est plus temps, et qu'une telle connaissance ne peut plus me servir qu'à me désespérer. Mais sache que ton crime ne demeurera pas impuni , et que le même ciel dont tu te joues me saura venger de ta perfidie.
DON JUAN
Sganarelle, le ciel !
SGANARELLE
Vraiment oui , nous nous moquons bien de cela , nous autres.
DON JUAN
Madame...
DONE ELVIBE.
Il suffit. Je n'en veux pas ouïr davantage, et je m'accuse même d'en avoir trop entendu. C'est une lâcheté que de se faire expliquer trop sa honte; et sur de tels sujets , un noble cœur, au premier mot , doit prendre son parti. N'attends pas que j'éclate ici en reproches et en injures ; non , non , je n'ai point un courroux à exlialer en paroles vaines , et toute sa chaleur se réserve pour sa vengeance. Je te le dis encore, le ciel te punira, perfide, de l'outrage que tu me fais ; et si le ciel n'a rien que tu puisses appréhender, appréhende du moins la colère d'une femme offensée.
DON JUAN, SGANARELLE
SGANABELLE, à part.
Si le remords le pouvait prendre!
DON JUAN, après un moment de réflexion. Allons songer à l'exécution de notre entreprise amoureuse.
SGANABELLE, Seul.
Ah! quel abominable maître me vois-je obligé de servir !