DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE
DON LOUIS
Je vois bien que je vous embarrasse, et que vous vous passeriez fort aisément de ma venue. A dire vrai , nous nous incommodons étrangement l'un l'autre, et si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements. Hélas! que nous savons peu ce que nous faisons , quand nous ne laissons pas au ciel le soin des choses qu'il nous faut, quand nous voulons être plus avisés que lui , et que nous venons à l'importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées! J'ai souhaité un fils avec des ardeurs nou pareilles ; je l'ai demandé sans relâche avec des transports incroyables; et ce fils, que j'obtiens en fatiguant le ciel de vœa\ , est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyais qu'il devait être la joie et la consolation. De quel œil, à votre avis, pensez-vous que je puisse voir cet amas d'actions indignes, dont on a peine, aux yeux du monde , d'adoucir le mauvais visage , cette suite continuelle de méchantes affaires , qui nous réduisent à toute heure à lasser les bontés du souverain , et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services et le crédit de mes amis? Ah ! quelle bassesse est la vôtre! Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance? Étes-vous en droit, dites-moi, d'en tirer quelque vanité? et qu'avcz-vous