‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 547 sur 1284 · LE MIS.\NTIIROPE , .\CTE I, SCE.NE I · texte numérisé non relu

LE MIS.\NTIIROPE , .\CTE I, SCE.NE I

ALCESTE

Je me verrai trahir, mettre en pièces , voler,

Sans que je sois... Morbleu ! je ne veux point parler,

Tant ce raisonnement est plein d'impertinenc*!

PHILINTE

Ma foi , vous feriez bien de sarder le silence. Contre votre partie éclatez un peu moins, Et donnez au procès une part de vos soins.

ALCESTE

Je n'en donnerai point, c'est une chose dite.

PHILISTE

Mais qui voulez-vous donc qui pour vous sollio-'le?

ALCESTE

Qui je veux? La raison, mon bon droit, l'équité.

PHILINTE

Aucun Juge par vous ne sera visité?

ALCESTE

Non. Est-ce que ma cause est injuste ou douteuse?

PHILINTE

J'en demeure d'accord ; mais la brigue est fâcheuse. Et...

ALCESTE

Non. .l'ai résolu de n'en pas faire un pas. J'ai tort, ou j'di raison.

PHILINTE

Ne vous y fiez pas.

ALCESTE

Je ne remûrai point.

PHILINTE

Votre partie esl forte, Et peut, par sa cabale, entraîner...

Il n'importe.

PHILINTE

Vous vous tromperez.

ALCESTE

Soit. J'en veux voir le succès.

PHILINTE

Mais...

ALCESTE

J'aurai le plaisir de perdre mon procès.

PHILINTE

Mais enfin...

ALCESTE

Je verrai dans cette plaiderie Si les hommes auront assez d'effronterie. Seront assez méchants , scélérats et pervers. Pour me faire injustice aux yeux de l'univers.

PHILINTE

Quel lionime !

ALCESTE

Je voudrais, m'en coiltàt-il grand chose, Pour la beauté du fait , avoir perdu ma cause.

PHILINTE

On se rirait de vous, Alceste, tout de bon,

LE MISANTHROri'

Si l'on vous eiiteiulait parler de la façon.

ALCESTE

Tant pis pour qui rirait.

PHILINTE

Mais cette rectitude Que vous voulez en tout avec exactitude, Cette pleine droiture où vous vous renfermez , La trouvez-vous ici dans ce que vous aimez? Je m'étonne, pour moi, qu'étant, comme il le semble, Vous et le genre humain, si fort brouillés ensemble. Malgré tout ce qui peut vous le rendre odieux , Vous ayez pris chez lui ce qui charme vos yeux ; Et ce qxn me surprend encore davantage. C'est cet étrange choix où votre cœur s'engage. La sincère Éliante a du penchant pour vous , La prude Arsinoé vous voit d'un œil fort doux : Cependant à leurs vœux votre âme se refuse, Tandis qu'en ses liens Célimène l'amuse, De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant Semblent si fort donner dans les mœurs d'à présent. D'où vient que, leur portant une haine mortelle. Vous pouvez bien souffrir ce qu'en tient cette belle ? Ne sont-ce plus défauts dans un objet si doux ? Ne les voyez-vous pas, ou les excusez-vous.'

ALCESTE

Non. L'amour que je sens pour cette jeune veuve Ne ferme point mes yeuxauxdéfauts qu'on lui treuve ; Et je suis, quelque ardeur qu'elle m'ait pu donner, Le premier à les voir, comme à les condamner. Mais avec tout cela , quoi que je puisse faire. Je confesse mon faible , elle a l'art de me plaire : J'ai beau voir ses défauts, et j'ai beau l'en blâmer. En dépit qu'on en ait , elle se fait aimer ; Sa grâce est la plus forte; et sans doute ma flamme De ces vices du temps pourra purger sou âme.

PUILINTE.

Si vous faites cela, vous ne ferez pas peu. Vous croyez être donc aimé d'elle .'

ALCESTE

Oui , parbleu !

Je ne l'aimerais pas, si je ne croyais l'être.

PHILINTE

Mais si son amitié pour vous se fait paraître. D'où vient que vos rivaux vous causent de l'emiui ?

ALCESTE

C'estqu'un cœur bien atteint veut qu'on soit tout à lui. Et je ne viens ici qu'à dessein de lui dire Tout ce que là-dessus ma passion m'inspire.

PHILINTE

Pour moi , si je n'avais qu'à former des désirs, .Sa cousine Éliante aurait tous mes soupirs ; Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère; Et ce choix , plus conforme , était mieux votre affiiire.

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